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Âgée de 35 ans, Laurence Maquiaba est un chef de projet. Considérant la communication comme un moyen, et non une fin en soi, elle l’utilise avec brio et donne vie à tous types de projets. En 2006, la guadeloupéenne crée Neeya, son agence de conseil en stratégie et développement de projets. Moteur de l’ascension du Slam sur l’île, passionnée d’histoire, cette jeune femme est aussi connue pour sa diction incisive. Parmi ses nombreux activités, Laurence co-produit le Festival « Éritaj, Mémoires Vivantes » pour la commémoration du 27 Mai depuis trois ans. Entretien.

Nom: Maquiaba  PrénomLaurence

Age:  35 ans Couleur: Gris

Dicton : « It always seems impossible until it’s done »   Activité professionnelle : Chef d’entreprise

Lieu de résidence : Guadeloupe

Contact : Son facebook, son twitter

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PARCOURS

"La Guadeloupe gagnerait à faire plus confiance à ses jeunes et à leur confier des responsabilités"

Quand as-tu décidé de devenir entrepreneur ? Chef de projet ? D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours imaginé ma vie professionnelle comme indépendante. Enfant, je m’imaginais en « Perry Mason », en avocate. Ma mère a compris bien avant moi que la communication serait bien plus pour moi que le droit. Après quelques années d’expérience, je me suis rendue compte que « Chargée de communication » n’était pas vraiment mon métier. La communication arrive à un moment sur les projets sur lesquels je travaille, mais ce n’est pas le coeur de mon activité. Je suis de fait plus chef de projet que communicante.

Slams session, Wilson Café, Allo La France, Be Black, Bouquet Africa TV, Kolèktif Jénès Gwadloup, Festival éritaj, management d’artistes… comment tu as géré/gères tout cela ? Les choses se sont faites assez naturellement. J’ai commencé à organisé les slams sessions avec Josué Léguier qui a vécu longtemps à Porto Rico. Ça m’a mis le pied à l’étrier pour commencer mon réseau professionnel, mettre un pied dans le monde culturel et surtout l’organisation d’évènements. En 2007, mon cousin Charly et moi nous sommes lancé le défi de reprendre le bar que tenait mes grands-parents et mes oncles… Le WILSON CAFÉ fût une belle expérience mais qui s’est avéré éreintante.

En 2009, je suis partie à Paris… j’avais besoin de m’éloigner de la Guadeloupe que je n’avais pas voulu quitter pour les études. Ce changement m’a conduit à travailler sur le lancement de la chaîne BEBLACK qui était un projet très ambitieux à la base. Cela m’a surtout donné l’occasion de travailler avec la communauté africaine, j’y ai fait de très belles rencontres.

En 2013, je suis rentrée chez moi. La Guadeloupe me manquait. La Ville de Petit-Canal m’a fait confiance et le festival ÉRITAJ est né de la volonté affichée de valoriser le patrimoine historique de la ville. Pour la 3ème année, nous avons ce rendez-vous pour parler d’Histoire: c’est à dire de comment ceux qui nous ont précédé ont vécu, quels ont été leurs choix et ce dont nous avons hérité. Il s’agit ensuite de voir comment nous faisons fructifier cet héritage.

Le Kolektif Jénès Gwadloup est une association importante pour moi, j’y suis arrivée après sa création après avoir assisté au 1er bik. Travailler avec des plus jeunes sur des projets qui concernent la jeunesse me donne espoir en l’avenir, la Guadeloupe gagnerait à faire plus confiance à ses jeunes et à leur confier des responsabilités.
En fait, mes expériences sont surtout des rencontres. Souvent les gens parlent des mauvaises rencontres, de bâtons mis dans les roues. Je retiens au contraire ceux qui m’ont tendu des perches, ceux qui m’ont présenté aux décideurs, ceux qui m’ont fait confiance.

Raconte-nous les débuts de Neeya ? Que défends-tu à travers ton agence de communication? Neeya est née en 2006. J’étais encore étudiante, j’avais organisé un Forum des communicants qui était en fait un devoir, ça m’a permis de voir ce que c’était de faire les choses par soi-même, de dépasser sa timidité pour aller vers l’autre. Neeya veut dire en swahili l’objectif, le but et en arabe « celle qui fait confiance à la vie ». C’est surtout le réceptacle des challenges que je tente de relever. Je pense vraiment que c’est à chacun de faire sans attendre sur les politiques, sur les organisations représentatives etc… c’est à nous de porter ce qui nous tient à coeur. Ainsi j’ai espoir que ces projets soient un peu de ciment pour cette Guadeloupe que nous construisons aujourd’hui.

Laurence Neeya Maquiaba
Affiche de la 3è édition du Festival « Eritaj, Mémoires Vivantes » pour la commémoration du 27 Mai qui aura lieu le 26 et 27 Mai 2017.

Quelle a été ta formation ? J’ai une licence en science de l’information et de la communication..

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser tes rêves ? Me faire confiance. On a vite fait de se trouver des excuses pour ne pas bouger, rester dans sa zone de confort. Comprendre que j’étais capable a été le déclencheur.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Comment les as-tu surmonté ? J’estime que j’ai plutôt été chanceuse. Mon plus grand problème a été de « paraître » crédible: en étant femme, souvent la plus jeune, il a fallu parfois insister pour qu’on entende ma voix.

Quelle est ta plus grande peur ? Que mes projets, le festival, ne servent à rien… Maintenant que je suis Maman, j’ai peur de ne pas donner à mon fils suffisamment de force pour demain; de ne pas pouvoir lui donner tout ce que j’ai moi-même reçu de mes parents. On ne résiste pas à une passion… 

Des projets futurs ? Je suis en train de travailler sur des documentaires, j’espère pouvoir commencer à filmer à la fin de l’année.

"C’est à chacun de faire sans attendre sur les politiques"

SON PARCOURS EN DÉTAIL

2006: Organisation du Premier Forum des Communicants de Guadeloupe (pendant ses études Licence Science de l’Information & Communication).
 
2006: Avec Josué LEGUIER, Organisation des premières Slam Session et tournoi Slam en Guadeloupe : SLAMBLAG’.
Création de l’agence Neeya, conseil en stratégie et développement de projets.
 
2007/2008: SLAM’Arts au Centre des Arts (spectacles autour des expressions artistiques).
 
2008: Ouverture du « Wilson Café », Bar d’ambiance ouvert avec un associé Charly ANNICETTE.
 
2009: Départ pour Paris.
 
2010-2011: Collaboration avec BEBLACK, du Projet à la négociation CSA puis ouverture de l’antenne.
 
2011-2012: Mobilisation ALLO LA FRANCE pour la Téléphonie mobile.
 
2011-2013: Rédactrice en chef BOUQUET AFRICA TV (Magazine TV spécialisé sur les chaines africaines et diaspora).
 
2013: Retour au pays.
 
2013: Intégration du Kolektif Jénès Gwadloup.
 
2014: Organisation avec le Kolèktif Jénès Gwadloup sur l’Or Vert: permettre aux jeunes de découvrir les richesses et les potentialités du secteur en Guadeloupe.
 
2014: Intégration du groupe de Réflexion multidisciplinaire pour la Biodiversité et le Changement climatique qui se réunit autour du CAGI.
 
2015: Co-production du Festival « Eritaj, Mémoires Vivantes » pour la commémoration du 27 Mai. Évènement qui répond à une stratégie globale du territoire.
Rédaction du Plan Opérationnel Tourisme de la commune de Petit-Canal.
Direction de son agence de conseil en stratégie et développement de projets (à ce jour).
 
2016: Co-production de la 2ème édition du Festival « Eritaj, Mémoires Vivantes ».
 
2017: Co-production de la 3ème édition du Festival « Eritaj, Mémoires Vivantes ».
 

INSPIRATION

"Je serais Rosa Park car je pense qu’il faut savoir défier les règles et les lois quand elles sont injustes"

Qui est ton modèle dans la vie ? En dehors de mes parents? Mandela. Ce qui m’impressionne c’est la capacité qu’il a eu de garder son cap sans jamais se laisser tenter même quand il a remporté quelques victoires. Et en même temps, sa lucidité qui l’a fait reconnaitre qu’il s’était trompé à certains moments et même de comprendre les motivations des tenants du système qu’il combattait.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Dany Bebel Gisler, on ne parle pas assez de son travail, de l’empreinte qu’elle a laissé dans le combat pour la langue créole.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Babier! Lol! Sans rires, souvent ma motivation pour un projet vient d’un agacement, l’envie de changer une situation irritante.

MESSAGE

"N'attendez pas le messie, des conditions favorables ou qu'on vienne vous tenir la main"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens/caribéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Que Rosa Parks était assise seule au fond du bus. De ne pas attendre de messie, des conditions favorables ou qu’on vienne tenir leur main. Il y a beaucoup à faire en Guadeloupe, c’est l’occasion pour eux de créer la Guadeloupe qu’ils veulent.
En un mot donner corps à ses rêves dans la fraternité avec les autres.

Quelle route déjà tracée, en faveur du développement de la société guadeloupéenne,  devrait-on suivre ? Se faire confiance. Comprendre que nous sommes tout aussi valeureux que les autres, et que nous sommes les seuls à nous limiter. Soyons bienveillants envers nous-mêmes et envers les autres. Ce qui me désespère c’est le débat politique en Guadeloupe. Le fait qu’on ne puisse parler d’indépendance, d’autonomie ou d’évolution institutionnelle en dehors des dogmes… qu’on ne puisse simplement se poser la question de ce qui est le meilleur choix pour nous, quelles sont les entraves que nous devons lever.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Il y en a beaucoup, que ce soit des combats pour l’intérêt général ou des combats individuels. Je pense à Henry Joseph et son combat pour la pharmacopée et la biodiversité en Guadeloupe, Ti Malo qui met sa créativité au service du créole en écrivant le premier roman de science-fiction en créole (que je conseille à tous) qui met en mouvement notre imaginaire, Florence Naprix ou G’ny qui décident de sortir de leurs zones de confort pour aller au bout de leurs objectifs, la ténacité de Naomi Martino, Mark-Alexandre Montout qui sillonne la Guadeloupe avec son documentaire Karukéra, le travail de Jean-Paul Quicko pour valoriser les jouets traditionnels, l’artiste Paille qui lance une bourse pour les jeunes martiniquais… je pourrais continuer encore longtemps. Je suis fière par ricochet de ces gens que rien n’arrêtent, qui se dépassent et dont les combats rendront assurément demain meilleur.

Un mot pour la fin ? An nou! C’est un cri qu’on répète en défilant avec le mythique groupe Akiyo, pour se donner de l’élan. Imaginez des milliers de personnes très différentes, qui ne se connaissent pas, qui déboulent comme un seul homme, presqu’en transe. C’est juste impressionnant, cette masse que rien n’arrête… à l’image de la Guadeloupe quand elle l’a décidé. Alors, An nou!!!

Laurence Maquiaba Grand Corps Malade Slam
Concert de Grand Corps Malade lors du Slam'Arts 2, Guadeloupe - 2010 © IDLineStudio

Avant de se quitter, découvrez Laurence plus en détails: 

PORTRAIT

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Je suis une guadeloupéenne, chef d’entreprise et aujourd’hui une maman!

Et en un mot ? Babyèz!

Que fais-tu de ton temps libre ? Quel temps libre? J’ai beaucoup de mal à déconnecter… Y’a toujours un dossier en cours ou une urgence à gérer. Heureusement, mon compagnon arrive à me décoller de l’ordinateur pour une randonnée ou un week-end à Marie-Galante (sans wifi). Ces moments dans la nature sont salvateurs.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et une situation irritante? Face à une situation positive, je remercie Dieu, l’Univers, le Très-Haut quelque soit son nom de permettre que les choses se déroulent favorablement. Face à une situation irritante… je babie (lol) … seule dans ma voiture, je m’énerve dans mon coin… j’ai appris à prendre du recul, être moins impulsive et ne pas réagir immédiatement sur la source d’irritation (mais faut pas me chercher longtemps hein). Après le coup de chaud, je me demande quelles pourraient être les conséquences de cette situation irritante et souvent je me rends compte que ce n’est pas si grave donc je relativise.

Dans ta playlist, on trouve qui ? De tout, je me promets de l’organiser depuis longtemps: on peut passer de Ray Charles, les Fugees, Beyoncé, Damian Marley à Dr Dre en passant par des chants traditionnels sud africains et quelques titres de zouk avec Jocelyne Béroard ou TSV, tout cela entremêlé de soul créole/ Kako Mizik avec Érik, G’ny, Florence Naprix, Dominik Coco, Meemee Nelzy et de Hip-Hop Kréyol Tysmé, Star Jee, Misyé Sadik, j’aime beaucoup la voix de Warped… Des titres récents comme de plus anciens, ce n’est pas la nouveauté qui fait la qualité de la musique.

Ton artiste préféré ? Jocelyne Béroard, ses mots disent tellement de nous! Sans jamais être larmoyante, avec une poésie indéniable, elle touche au coeur. Et j’aime ce qu’elle dégage de femme forte, inébranlable mais pas froide, les pieds sur terre mais le coeur grand ouvert.

Ton repas préféré ? Mon coeur balance entre un bon court-bouillon de poisson et un dombré et ouassous.

Un voyage mémorable ? L’Afrique du Sud, c’était un premier voyage seule et je m’attendais à ce que l’intitulé « Nation Arc-en-ciel » soit juste un slogan marketing au vu de l’histoire de l’apartheid qui est quand même très récente! J’ai eu un choc, j’ai été très surprise de me sentir à l’aise alors qu’à Paris on te suit dans les rayons des grands magasins ou qu’en Guadeloupe il y’a des séparations qui ne disent pas leurs noms.

"La culture guadeloupéenne me fascine…ce mélange entre chauvinisme et auto-flagellation qui produit de l’extraordinaire à coté de non-sens."

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? La nôtre…ce mélange entre chauvinisme et auto-flagellation qui produit de l’extraordinaire à coté de non-sens.

Des habitudes bizarres ? Une mauvaise habitude… Beaucoup trop de sucre dans mon café, mon père dit que c’est un sirop..

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir? La nature… Le bruit des vagues ou une cascade qui te rappelle que demain est un autre jour, que la vie est un cycle et les tribulations du moment ne sont qu’une étape du voyage.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Ce que je fais aujourd’hui… et si je gagnais au loto pareil… j’ai la chance de faire ce que j’aime.

Laurence Neeya Maquiaba
© Facebook Laurence Neeya Maquiaba
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