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« Il faut se battre pour y arriver car il y a des obstacles, des chaînes à briser »

Pacman est un artiste graffeur et peintre décorateur. Dans les années 90, il découvre le Graffiti et depuis, on peut admirer les spots où il a posé dans toute la Guadeloupe. Messages sociétaux, BD, réalisme … impossible de rester insensible à son talent et à chacune de ses œuvres. 

En 2007, ALPACMAN CONCEPT, son entreprise spécialisée dans la décoration et la réalisation de fresques, voit le jour. Avec 20 ans de carrière au compteur, l’artiste dépose ses bombes le temps de répondre aux questions de Talan An Nou. 

Al Pacman

 

Nom: PACMAN   Prénom: Al        

Couleur: J’ai un assemblage couleurs préférées comme je suis dans l’art. J’aime les couleurs lumineuses qui apaisent comme le vert, l’orange. 

Dicton: « L’obéissance vaut mieux que les sacrifices » – 1 Samuel 15:22

Activité professionnelle: Artiste Graffeur  Lieu de résidence: Guadeloupe

Prix: 3ème Prix du Concours régional des Entreprises (2008), Lauréat du Concours Régional « Talents des Cités » (2008), Coup de coeur du Concours des Jeunes entrepreneurs organisé par la Boutique de Gestion de Guadeloupe (2008)

Contact: www.alpacman-gallery.com


PORTRAIT


Peux-tu te décrire en quelques mots ? Patience, sagesse, spirituel. 

Et en un mot ? Je suis dans le flou je ne sais pas me décrire en un seul mot.

Pacman, quelle est la signification ? C’est par rapport à l’idéologie du jeu vidéo. Le labyrinthe représentant la vie avec une porte d’entrée et une sortie. Les obstacles du jeu représentent ceux de la vie que l’on rencontre.

Que fais-tu de ton temps libre ? Voyager: découvrir pour déconnecter, c’est important pour les artistes psychologiquement de faire ça. Je lis ma bible aussi.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Humblement car faut pas trop que ça monte à la tête. Je me remets en question car faut jamais se satisfaire. Il y a toujours mieux.

Et une situation irritante ?  Avec discernement et sagesse car faut apprendre à discerner que « toute source de dispute ne vient pas de Dieu ». C’est à ce moment là ça qu’il faut rester calme.

Dans ta playlist, on trouve qui ? Du gospel (Juanita Bynum, Tasha Cobbs, Shirley Caesar etc.) et du reggae (Jah cure etc.). 

Ton artiste préféré ? Je n’en ai pas car c’est comme si je le glorifiais.

« La seule chose qui peut m’arrêter dans mon art c’est la mort. Je réalise déjà mon rêve »

Ton plat préféré ? Racines et chiktay de morue avec piment végétarien.

Un voyage mémorable ? Berlin en 2013. Le gouvernement m’avait invité pour les 50 ans de la Fraternité franco-allemande. J’ai réalisé des fresques avec d’autres artistes. J’en garde de bons souvenirs notamment grâce à l’échange entre cultures…

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? Caribéenne plus précisément anglophone. L’état d’esprit de juger, de regarder, de s’opposer est différent. Je suis d’origine dominiquaise.

Des habitudes bizarres ? Non.

Un talent étrange ? Un talent reste un talent.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? La foi car c’est une expérience des choses qu’on espère mais qu’on ne voit pas (ça vient de la bible).

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Je ne rêve plus. Aujourd’hui ce qui m’a toujours collé à la peau c’est le dessin et je l’exploite déjà. J’essaie de m’améliorer car il y a toujours quelque chose de nouveau qui arrive. Un rêve se réalise quand nous l’accomplissons. La seule chose qui peut m’arrêter dans mon art c’est la mort. Je réalise déjà mon rêve.

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PARCOURS


 

unnamed (3)Quand as-tu décidé de devenir graffeur ? Je l’ai pas décidé, c’est venu comme ça. C’est une PASSION artistique qui est devenu métier, ça se joue sur le talent et la personnalité. Avant, j’étais salarié dans un magasin. Je suis quelqu’un d’ambitieux.

Un jour, j’ai été appelé par Coca-cola pour réaliser une fresque en Guadeloupe. C’est là que j’ai eu le déclic et je suis revenu vivre au pays par amour. La tendance folle pour les fresques murales n’était pas encore d’actualité. La notoriété a beaucoup joué. Quand je suis revenu au pays c’était pour mon état d’être, pour le mal du pays, pour chercher un but dans le pays qui m’a vu grandir. Puis, petit à petit, les gens m’appelaient et là j’ai pris le wagon. C’est une passion qui est devenue profession mais ce n’était pas ma volonté. La vie en a fait ainsi.

« La rue a été ma formation, ainsi que les artistes croisés. La vie a été mon professeur! »

Quelle a été ta formation ? Autodidacte. La rue a été ma formation, ainsi que les artistes croisés. La vie a été mon professeur!

Avec le graffiti, que cherches-tu à transmettre ? Un message, de l’émotion, de l’espoir, un sourire. Un jour, une dame m’a appelé pour me remercier pour mon travail et tout le bien que ça lui apportait…

Comment te viens l’inspiration pour créer ? Mon entourage, le quotidien, ma vie passée et présente.

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser ton rêve ? C’est d’admettre qu’on a tord ou qu’on est dans l’erreur. C’est le plus souvent le problème des artistes c’est-à-dire faire le travail sur soi-même. Il est important alors de regarder sur soi-même avant tout.

« Enfant de la DDASS, je changeais souvent de famille d’accueil. Le graffiti était pour moi la seule thérapie pour oublier les moments de douleur »

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Grâce au graffiti, je suis là aujourd’hui. J’aurai pu être en prison, dans la rue, SDF, avoir un travail minable… Je remercie ce don que Dieu m’a donné.

Ma vie a été compliquée. Je n’ai pas vécu quelque chose de simple et donc je me défoulais sur le dessin… Enfant de la DDASS, je changeais souvent de famille d’accueil. Le graffiti était pour moi la seule thérapie pour oublier les moments de douleur. La vie était comme ça et fallait faire un choix. J’ai quitté le lycée après ma classe de seconde. Personne ne croyait en moi, ma famille me disait : « ou pé ké janmè fè ayen dè bon »1, « ou péké rivé lwen »2, « sa ja finn baw »3

De nombreuxe graffeurs, avec 20-30 ans d’expérience, ont connu une histoire complexe ou un drame psychologique personnel. Clek, Kongo, Warner et Pwoz m’ont beaucoup encadrés dans ma vie d’artiste. Ils étaient comme des grands frères, ils m’ont beaucoup aiguillés.

De façon générale, mon principal obstacle a été l’humain car je n’avais pas d’argent, pas d’école et j’y suis quand même parvenu. Il y a des hommes qui n’aiment pas t’aider pour te faire avancer par peur kè ou pran plas a yo.

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Comment les as-tu surmonté ? L’envie de réussir. Ça faisait mal sur le moment. Ou ka tann dè movè biten é ou ni sèlman uitan, trèzan, katorzan, vi aw pa mèm trasé4. Je ne pouvais pas partir en France par manque d’argent. En 1998, le département m’a offert, ainsi qu’à d’autres jeunes, un voyage à Paris pour aller voir le match France/Jamaïque lors de la coupe du Monde. Comme je ne pouvais pas m’acheter de magazines, alors pour rester connecté avec le monde du graffiti, connaître les styles du moment, les artistes, des amis me ramenaient des magazines de France tels que Radikal, RER, Innercity Graffiti Magazine etc.

J’entendais ce que l’on me disait, ça me faisait mal sur le coup mais ça ne me touchait pas. J’avais déjà emmagasiné le fait d’être trimbalé de familles en familles… et ça ne m’a pas empêché de réussir.

« La vie était comme ça et fallait faire un choix »

Quelle est ta plus grande peur ? Je ne me suis jamais posé la question, j’ai toujours foncé. Il faut briser les chaines et elles sont là pour que quelqu’un viennent les briser. Il ne faut pas avoir peur, il faut briser les chaînes. Prenons l’exemple du graffiti. Aujourd’hui, on te paie 500 € pour ton travail alors qu’avant, c’était plus le côté négatif du graffiti qui était mis en avant. Aujourd’hui, grâce à plusieurs artistes qui propagent le positif, le graffiti a changé. Le jeune graffeur ne connaitra pas le stress des policiers qui te poursuivent, le gardien de parking, les amendes lourdes car d’autres sont passés par là et ont brisé les chaînes. Chacun doit porter sa croix. La seule crainte c’est envers l’éternel car on est de passage sur Terre.

Des projets futurs ? Une exposition aux USA pour 2016 (date à déterminer).

1: Tu ne feras rien de ta vie.

2: Ton avenir n’est pas assuré

3: C’est fini pour toi.

4: Tu entends des choses difficiles à 8, 13, 14 ans. Alors que ta vie n’est même pas encore tracée.


INSPIRATION


unnamed (2)Qui est ton modèle dans la vie ? Non sé modèl an pé ni sé Bondié, Jézi. L’homme n’est pas un modèle car il a été créé et c’est l’être le plus désordonné parmi les êtres vivants sur la Terre.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Je n’en ai pas car je ne suis pas très axé sur les Hommes. Martin Luther King c’était Martin Luther King, Mandela c’était Mandela. Je fais le mien. Ils ont agi, c’était leur travail. Moi, j’apporte le mien.

 


MESSAGE


« S’imposer, affirmer « oui je sais faire ça, laissez-moi faire ». Il faut déjà croire en soi puis faire un travail sur soi »

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Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Mèt bondié an vi a zòt et la réponse se fera. Moi, ça m’a aidé et je suis là aujourd’hui. Quand j’étais enfant, on me l’avait dit é an pa té ka konprann sa… alors qu’aujourd’hui, oui. Il faut se battre pour y arriver car il y a des obstacles, des chaines à briser. S’imposer, affirmer « oui je sais faire ça, laissez-moi faire ». Il faut déjà croire en soi puis faire un travail sur soi.

« S’analyser soi-même car ce n’est pas l’autre qui a un problème, c’est soi »

Quelle direction devrait-on suivre, en faveur de notre société guadeloupéenne ? Je ne sais pas… S’analyser soi-même car ce n’est pas l’autre qui a un problème, c’est soi. Si je suis aigri, c’est à cause de ma réaction au comportement de l’autre. Sois tu avances, sois tu recules… En clair, s’analyser soi-même pour pouvoir avancer et accepter. 

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? La solidarité telle que celle du pasteur Raymond Johnson. Il n’a pas hésité de prendre de son temps pour habiller, nourrir les plus démunis. Il a laissé son confort en Guadeloupe pour aider des dominiquais après Erika (NDLR: tempête qui a ravagé l’île de la Dominique en Août 2015). Je bénis ce pasteur, un Homme de grand cœur.

Un mot pour la fin ? Ce n’est pas le départ qui important, c’est l’arrivée. A méditer.

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ALPACMAN CONCEPT Bâtiment A 102 résidence les Nénuphars 97139 LES ABYMES. Téléphone: 06 90 72 30 43

Contacts: www.alpacman-gallery.com

 

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