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De marin pêcheur à restaurateur, Yann Arphexad défend l'importance du travail et du "konsomé lokal"

Ancien marin pêcheur, Yann a cru en ses rêves et est aujourd’hui un entrepreneur exemplaire qui est parti de rien. Ce jeune ambitieux, originaire de Chauvel et Mortenol, a géré son premier restaurant Bèl Zasyèt en 2011. Le BZ Snack lève son rideau à Mortenol pour la première fois en 2013. Sur place ou à emporter, vous pourrez savourer un agoulou lambi, de la langouste grillée ou encore d’autres produits de la mer sous les instructions de ce cuisinier autodidacte. Sans le savoir, l’emplacement du restaurant participe à redynamiser le quartier très souvent réduit à un “ghetto”. 

Nom: Arphexad  Prénom: Yann  

Age:  29 ans   Couleur: Orange

Profession: Restaurateur

Lieu de résidence: Abymes, Guadeloupe

PORTRAIT

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Je n’aime pas rester inactif. Je suis toujours en mouvement, au restaurant, mais aussi pour développer d’autres projets professionnels et culturels. Je suis quelqu’un de très ouvert. J’aime beaucoup la musique.

Et en un mot ? Energie.

Que fais-tu de ton temps libre ? Je n’en ai pas beaucoup!

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et irritante?Lorsque je rencontre une situation irritante, j’essaie d’en tirer du positif. Du coup, je reste serein. Je garde le positif et j’essaie de trouver des solutions à ce qui est moins bon.

Dans ta playlist, on trouve qui ? Beaucoup de gwoka, de soca, de zouk… De musiques caribéennes en général. Je suis ouvert à tous les styles.

Ton artiste préféré ? J’en ai plusieurs.

Ton plat préféré ? Aucun en particulier mais j’aime beaucoup les fruits de mer.

Un voyage mémorable ? New York: on y trouve de tout, c’est une véritable jungle où règne la différence. On passe sans transition du quartier italien au quartier chinois. Son coté melting pot me plait. Je compte y retourner.

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? La culture caribéenne car elle est riche. Malgré la barrière de la langue, on retrouve des similitudes. Par exemple, certains plats se ressemblent. Il y règne un esprit convivial et chaleureux. 

Des habitudes bizarres ? Un talent étrange ? Je travaille peut-être un peu trop. Non.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? En général, je fais avant tout les choses pour moi. Cependant j’ai beaucoup de respect pour ma famille. Donc lorsqu’elle est fière de moi, ça me fait très plaisir et me donner envie de poursuivre.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Je vis déjà mon plus grand rêve. Sinon, je ferais le tour du monde.

PARCOURS

Quand as-tu décidé d’ouvrir ton restaurant ? C’était en 2011. Mon premier restaurant, « Bèl Zasyèt » à Chauvel, n’ouvrait que le week-end. On constituait une cagnotte entre amis, et ma mère m’aidait à cuisiner . Mon projet initial était d’ouvrir à Mortenol donc j’ai ouvert BZ (contraction de Bèl Zasyèt) en 2013. Pendant 6 à 8 mois, j’ai fait fonctionner les deux adresses.

"J’ai une façon particulière de griller le poisson, la langouste. J’ai finalement décidé de me lancer"

Comment est né le BZ ? J’aime découvrir les restaurants de la Guadeloupe et j’avais l’idée de faire de la restauration rapide. C’est rapidement devenu une passion et ceux qui goûtaient à ma cuisine appréciaient bien. J’ai une façon particulière de griller le poisson, la langouste. J’ai finalement décidé de me lancer.

Quelle a été ta formation ? J’ai suivi une formation sur l’hygiène dans la restauration puis j’ai obtenu mon permis d’exploitation. Mais ce qui concerne la cuisine, je suis un autodidacte.

Que défends-tu à travers ton entreprise ? Dans mon domaine, l’hygiène est le point clé. J’accorde aussi beaucoup d’importance au respect du client : il doit se sentir comme chez lui.

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser ton rêve ? Financer mon projet a été un parcours laborieux. Quand tu veux créer ton entreprise en ayant moins de 30 ans, ça représente un gros investissement. J’ai travailler dur pour mettre de l’argent de coté. Je n’ai pas pu profiter du programme Projet Initiative Jeune car ma formation littéraire ne concordait pas assez avec mon projet dans la restauration. Heureusement j’ai pu compter sur l’aide de mes parents, de mon parrain, et sur des « coups de main ». Aujourd’hui, je continue à travailler pour développer mon affaire…

(Après réflexion, il rajoute) Généralement, les clients sont satisfaits de mon travail et me félicitent. Cependant les plus jeunes restent les plus difficiles à convaincre. J’inspirent certains mais d’autres semblent être déjà formatés par la mondialisation, par la société de consommation.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? J’ai eu un accident grave à moto. Pour le reste, je parlerais d’avantage d’expériences que d’obstacles.

Quelle est ta plus grande peur ? Perdre ma mère, ma famille.. ceux qui comptent énormément pour moi.

Des projets futurs ? Donner toujours plus d’envergure à mon entreprise.

"Financer mon projet a été un parcours laborieux. Quand tu veux créer ton entreprise en ayant moins de 30 ans, ça représente un gros investissement"

INSPIRATION

"Je suis né dans le tambour, je vis pour le tambour"

Robert Loyson

Qui est ton modèle dans la vie ? Mon parrain. Il a toujours été présent et à travers son évolution professionnelle, il est devenu un véritable modèle. Pour moi, il représente le travail. Je lui dois aussi ma passion pour le gwoka. Dès mon plus jeune âge, je l’entendais chanter et jouer chez ma mamie. Loyson, Chaben, Kristen… j’essayais de reproduire les morceaux avec les seaux, les canaris (casseroles). Je suis né dans le tambour, je vis pour le tambour.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Un grand maître ka. J’aime beaucoup Robert Loyson car j’ai l’impression d’assister aux scènes dont il parle dans ses chansons. Il n’a pas été à l’école mais à travers sa musique il arrive à transmettre des émotions. Il était fort, ce n’est pas expliquable. Personne n’a la science particulière qu’avaient les maîtres ka comme lui, Chaben ou encore Guy Konkèt. Aujourd’hui, seul Wozan Monza me transcende.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Mon but est de réussir mon projet donc j’évite les addictions. Je réussis aujourd’hui donc je n’ai pas de barrières et j’en veux toujours plus . Disons que je suis sur la deuxième marche d’une échelle qui en a dix. Mon objectif est d’arriver au 10 niveau, step by step, en fournissant les efforts nécessaires.

MESSAGE

Yann Arphexad, Restaurateur du BZ Snack

"Tout est possible. Il faut avoir beaucoup de volonté et ne pas céder à la facilité"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Je pense que tout est possible. Il faut avoir beaucoup de volonté et ne pas céder à la facilité. Même quand les choses sont compliquées, il faut trouver de retourner la situation pour réussir. Il y aura toujours des barrières, mais à l’image des athlètes et des haies, on doit pouvoir les surmonter.

Quelle direction devrait-on suivre en faveur de notre société guadeloupéenne ? Le peuple guadeloupéen devrait être plus solidaire. Il devrait consommer local pour soutenir les petits commerces plutôt que d’aller vers les firmes étrangères. Aussi, la société de consommation nous pousse à jeter, gaspiller. On pourrait redistribuer certains produits aux restaurateurs locaux.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? A Antigua, Trinidad, en Jamaïque, il y a des coopératives de pêcheurs. Elles permettent d’éviter que les artisants soient démotivés par par du poisson importé beaucoup moins cher. Fanswa Ladrézo dit dans l’une de ses chansons « yenki bétiz bato la méné »… La coopérative de pêcheurs en Guadeloupe a coulé mais il faut tenter de resister à ce système qui ne laisse aucune chance aux plus petits. Le LKP n’a pas changé grand chose. Les compatriotes doivent favoriser préférer les actions guadeloupéennes à celles venant de l’extérieur.

"Le peuple guadeloupéen devrait consommer local pour soutenir les petits commerces plutôt que d’aller vers les firmes étrangères"


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BZ Snack, bar-restaurant,
Galerie commerciale, Mortenol Nord.
Tél. 05 90 48 03 12 ou 06 90 74 41 17.
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