"Le Maré Tèt, tel que je le conçois est un état d'esprit, la connaissance de nous-mêmes et l'ouverture sur le monde"

Emmanuelle Soundjata est une styliste éco-designer. Cette serial entrepreneure est experte en maré tèt et body wrap. Son talent participe à sublimer l’art afro-caribéen, art qu’elle souhaite international. Elle valorise aussi d’autres créateurs du bassin caribéen dans sa boutique Tématik. Sur les réseaux sociaux elle partage, avec sa communauté de plus de 11 000 fans, les photos de ses shootings audacieux.  Rencontre avec cette jeune révolutionnaire de la mode et, altermondialiste!

Nom: Soundjata     PrénomEmmanuelle     Âge:  33 ans Couleur: J’aime toutes les couleurs

Dicton: “Je ne perds jamais, soit j’apprends, soit je gagne” – Nelson MANDELA « MADIBA » 

Activité professionnelle: Styliste éco-designer / Créatrice Maré Tèt

Lieu de résidence: Martinique  

Contact: Facebook Atelier Maré Tèt – Facebook Tématik Boutikwww.ateliermaretet.com  – +596 696 16 21 91 – ateliermaretet@hotmail.com

Prix: Médaille de Bronze MPPF 2015

PARCOURS

"Ne vous laissez pas influencer. Restez fidèles à vous-mêmes"

Le Maré tèt! Raconte-nous comment tu as commencé. Mon parcours a été atypique, dans la mesure où j’ai d’abord effectué des études de droit puis j’ai bifurqué pour atterrir dans le milieu de la mode et singulièrement la mode qualifiée d’ethnique, qui dans mes années d’étudiante n’était pas encore tendance.

Égérie du 1er concept store Ethnique de Paris durant trois ans, parallèlement j’organisais des Atelier Maré Tèt (anciennement appelé T-URBAN STYLE) à Paris. C’est alors que j’avais constaté que de plus en plus de femmes trouvaient cela très intéressant, mes ateliers étaient beaucoup recherchés. J’ai décidé de lancer le concept Atelier Maré Tèt en 2012 et de le lancer aussi en Martinique. De plus, j’ai ouvert le premier concept store Multi Ethnik, TEMATIK, de Martinique basé à Fort de France. L’objectif est mettre en vitrine des artistes afro caribéens issus de la Martinique mais également de différentes régions du monde.

Aujourd’hui, cela fait 11 ans que j’anime mes ateliers. Le Maré Tèt, tel que je le conçois est un état d’esprit, la connaissance de nous-mêmes et l’ouverture sur le monde. Autrement dit, il n’est pas communautaire, ni sectaire, il est multiculturel. La tradition doit pouvoir évoluer avec son époque pour pouvoir perdurer dans le temps.

J’ai toujours eu du mal avec la routine! Je ne pouvais concevoir ma vie entière dans un bureau avec des horaires fixes. Faire de ma passion mon métier, c’est ce que j’avais décidé pour ma vie. Ce virage n’est pas facile, surtout sur le plan financier. Il faut avoir un “grain de folie”, de la détermination, de l’endurance et être bien entouré. Ma mère m’a beaucoup aidée. Et surtout savoir saisir sa chance !

"Il faut avoir un grain de folie, de la détermination, de l'endurance et être bien entouré"

2014 marque l’ouverture de Tématik Boutik. Quelle était ta personnalité à cette époque ? Comment as-tu réussi à te lancer ? C’est après avoir eu cette expérience avec la première boutique ethnique de Paris que j’ai voulu faire découvrir à mes compatriotes les créateurs de la mode ethnique qui renvoie à une réelle ouverture sur les autres cultures. Il ne s’agit pas d’exotisme.

Tématik, c’est un condensé de mon prénom, de la mode Ethnique et les différents thèmes abordés par le concept, au travers de bijoux-accessoires, de pièces de créateurs et d’objets art déco. Un concept store qui réunit au sein d’un même espace des produits ethniques.

Cette boutique est née de l’envie de militer et de contribuer à des échanges plus justes et de proposer une altermondialisation. Tématik, c’est aussi la revalorisation des richesses culturelles. C’est un lieu qui réuni mon goût artistique et mon engagement pour l’éthique dans un même lieu. Le concept store allie le commerce équitable, le bio, le développement durable tout en soutenant les jeunes créateurs de la zone caribéenne souvent en difficulté au niveau de la visibilité. C’est une vitrine qualitative pour les jeunes créateurs d’ici et d’ailleurs.

Plateforme Bèl Chivé, Atelier Bèl chivé. Dis-nous tout. Bèl Chivé, est une plateforme sur Facebook destinée aux femmes et hommes désirant obtenir des informations sur les soins pour les cheveux naturels. Le choix de l’appellation Bèl Chivé, signifie qu’à partir du moment où l’on soigne ses cheveux on aura de beaux cheveux quelque soit sa nature de cheveu.

Dans la continuité de la plateforme, j’ai mis en place des Ateliers Bèl Chivé qui avaient lieu essentiellement à Fort-de-France. Ils permettaient de mettre en relation des professionnels du cheveu naturel et des femmes désireuses de mieux connaître leur cheveu, comment les soigner, comment les coiffer… Ces ateliers ont été les premiers en Martinique sur le cheveu naturel ouvert à au grand public.

Que défends-tu à travers ta position ? Il est important que nous soyons les ambassadeurs de notre patrimoine, de notre richesse culturelle… Nous devons nous réapproprier notre Histoire sans fausses notes et transmettre aux générations qui arrivent.

© Facebook Atelier Maré Tèt

"Soyons les ambassadeurs de notre patrimoine, de notre richesse culturelle"

Quel pouvoir donnes-tu à ton travail de stylisme? Il s’agit d’un style qui nous ressemble avec de belles matières, colorées, des coupes originales et intelligentes. C’est un style original, mêlant créativité et notre diversité culturelle. C’est un trait d’union entre l’Afrique et les Antilles.

Que souhaites-tu à travers ton travail de stylisme pour la Femme, le peuple afrodescendant ? Je souhaiterais que mon stylisme contribue au fait que la Femme Afro s’aime t’elle qu’elle est. Que nous soyons fiers de notre Patrimoine, de notre Histoire .

Comment se déroule une journée typique dans la peau d’Emmanuelle Soundjata ? Généralement, c’est direction la boutique Tématik. Je vérifie tous mes mails, coups de fils etc… Ce sont des journées extrêmement pleines, et d’une heure à l’autre, le programme prévu peut changer. Je booke aussi mes shootings, je réfléchis à la direction artistique.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Comment les as-tu surmontés ? Oui, en effet, je suis passée par des hauts et des bas comme tout le monde. Je peux dire que dans mon domaine d’activité je me suis construite toute seule… Bien entendu j’ai évolué, j’en connais un peu plus sur la nature humaine. Certaines choses s’apprennent lors de grosses déceptions. Ce que je retiens c’est qu’il ne faut pas se laisser influencer, il faut rester fidèle à soi-même coûte que coûte. J’ajouterais que ce qui a été difficile ce sont les moqueries, les préjugés que certains ont pu avoir sur le Maré tèt. Il a fallu faire preuve de détermination et de persévérance. De plus, la difficulté que rencontre tout jeune entrepreneur c’est toujours les finances. Trouver un financement n’est pas facile.

Ainsi, il faut être exigeant avec soi-même. Avoir une discipline de fer. Être femme en 2017 c’est être libre, s’ouvrir au monde, ne jamais dire que ce n’est pas possible parce qu’on est une femme. Au contraire, cela peut être un atout d’ailleurs.

Quelle est ta plus grande peur ? Tomber malade et de ne pas pouvoir continuer ma passion.

Des projets futurs ? Continuer à développer mon activité et faire une Fashion Week.

Nadine Ramin alias Ayden, créatrice de GLAM ETNIK en plein essayage à Tématik © Facebook Tématik Boutik

INSPIRATION

"Être femme en 2017 c'est être libre, s'ouvrir au monde, ne jamais dire que ce n'est pas possible"

Qui est ton modèle dans la vie ? Ma mère est mon modèle, c’est une femme superbe!

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Je serais Paulette Nardal (NDLR: (1896-1985) Femme de lettres et journaliste martiniquaise, Paulette est la première femme noire à étudier à la Sorbonne. Militante de la cause noire, elle est une des inspiratrices du courant littéraire de la négritude).

Quelle est ta principale source d’inspiration ? La vie.

MESSAGE

"Avoir la foi et une passion, croire en soi, être observateur..."

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes martiniquais/caribéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Le monde s’est construit grâce à ceux qui ont su réaliser leurs rêves. Nous avons une chance immense d’habiter le bassin caribéen par sa diversité. Il est important d’avoir la foi, de s’instruire, d’avoir une passion, de croire en soi, d’être observateur… Il faut toujours se dépasser et avoir beaucoup de patience car le chemin qui mène à la réussite est souvent tortueux.

Quelle route déjà tracée, en faveur du développement de la société martiniquaise,  devrait-on suivre ?  Il y a de plus en plus de manifestations culturelles et artistiques locales et internationales qui se produisent à la Martinique, ce qui est une bonne chose. Cependant, on peut constater que certains secteurs du monde artistique sont encore élitistes. Il faudrait plus de projets impliquant les jeunes dans l’expression artistique. Quant à la mode caribéenne, il y a beaucoup de jeunes créateurs caribéens très talentueux, qui sont pour la plus part installés à l’étranger. Ils devraient venir plus souvent sur dans la Caraïbe.

"Une grande partie de notre de patrimoine s'éteint en l'absence de transmission entre générations"

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? J’admire tous les projets menés par les compatriotes qui ont pour but la revalorisation de notre richesse culturelle. Par exemple : tous les projets concernant la sauvegarde de l’agriculture biologique, la préservation de notre environnement.

Concernant nos artistes, leur force est qu’ils sont afro caribéens. Nous avons un paradigme différent des autres et donc des choses à proposer très intéressantes avec une vision différente. Néanmoins, il serait bien d’utiliser les moyens modernes de communication (internet, réseaux sociaux, etc.) de manière plus efficace .

Un mot pour la fin ? J’aimerai tout d’abord mettre l’accent sur le fait qu’il est important de TRANSMETTRE. Une grande partie de notre de patrimoine s’éteint en l’absence de transmission de nos savoir-faire traditionnels et ancestraux entre générations. Enfin à mon niveau, j’apporte ma pierre à l’édifice culturel de mon île aussi petite soit elle car comme en dit chez nous: sé grèn diri ka fè sak diri!

© Emmanuelle Soundjata
© Emmanuelle Soundjata

Avant de se quitter, découvrez Emmanuelle plus en détails: 

PORTRAIT

© Emmanuelle Soundjata
© Emmanuelle Soundjata

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Femme dynamique, déterminée, indépendante et amoureuse de sa culture. Je suis une artiste engagée.

Et en un mot ? Simple.

Que fais-tu de ton temps libre ? J’aime faire du sport, voyager et refaire le monde.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et une situation irritante? Face à une situation positive, je remercie Dieu de m’avoir donnée ces opportunités .. Irritante, je me dis que les choses vont finir par s’arranger. Ne jamais se contrarier contre une contrariété…Et je remercie Dieu pour la leçon.

Dans ta playlist, on trouve qui ? Eugène Mona, Whitney Houston, Nina Simone, Billie Holliday, Bob Marley.

Ton artiste préféré ? Nina Simone.

Ton repas préféré ? Un bon court-bouillon de poisson, avec des légumes.

Un voyage mémorable ? Sénégal. C’est un pays magnifique.

"L'espoir...Ces petites choses du quotidien, le soleil qui brille, une parole positive, un sourire"

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? La culture noire me fascine de par ses différentes expressions.

Un talent étrange ? Savoir instinctivement élaborer des stylismes complexes et différents dans le maré tèt en fonction de la forme du visage du modèle, de sa personnalité. Il en va de même pour ce qui est du Body Wrap (extension de l’art de nouer le turban extrapolé aux vêtements avec un paréo ou un pagne) technique que j’ai inventée pour compléter mon activité.

Dans la vie, qu’est-ce qui est important à tes yeux ? La liberté et le bien-être de mes proches.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Ce sont les petites choses du quotidien, le soleil qui brille, une parole positive, un sourire.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Je voyagerais et aiderais les plus démunis.

"Je souhaiterais que mon stylisme contribue au fait que la Femme Afro s'aime t'elle qu'elle est"

Emmanuelle Soundjata © Facebook Tématik Boutik