A 18 ans, elle quitte sa Guadeloupe natale pour vivre son “propre rêve”: étudier aux USA et devenir journaliste. Vingt ans plus tard, Jessy Schuster est une journaliste aguerrie, ainsi qu’une productrice et présentatrice reconnue par ses pairs. Celle qui oscille entre Miami et la Guadeloupe, est avant toute une amoureuse de la vie…et du Carnaval. Son dernier (et 4ème) documentaire, MAS, crée le pont entre le Carnaval de son île et celui de Trinidad-et-Tobago. Il était d’ailleurs en lice à l’édition 2018 du Nouveaux Regards Film Festival de Guadeloupe. Rencontre avec ce Talan on fire.

Nom: Schuster Prénom: Jessy

Age:  38 ans  Couleur: Bleu

Dicton: You have one life, there is only one you. Make it count.

Activité professionnelle : Journaliste/Présentatrice/Productrice

Lieu de résidence: Miami/Guadeloupe

Contact: son instagram @jessy.schuster

Prix: Best Journalism Student – Nomination au Soca Award for Best New Artist – Who’s Who list

PARCOURS

"Atteindre les buts fixés est parfois amer quand on ne peut pas célébrer ces moments de réussite avec ceux qui comptent dans sa vie"

Quand as-tu décidé d’être journaliste? Dès l’âge de 7 ans. J’étais fascinée par la télévision et les reporters. La manière dont ils racontaient des faits divers ou « breaking news » et que le monde était à leur écoute. Ils donnaient une voix à ceux qui n’en avaient pas. Je me créais mes propres émissions imaginaires, j’interviewais ma famille, mes amis, des étrangers. C’est devenu concret le jour où j’ai reçu ma première caméra à 14 ans. Je filmais tout autour de moi. 

Comment te viens l’inspiration pour créer? Elle vient quand je regarde autour de moi et que je garde mon esprit ouvert aux autres, quand j’écoute les histoires de vie, quand je vois les gens interagir, discuter, danser, parler. La nature m’inspire aussi. Et bien sûr les émissions, les films et le cinéma sont des sources d’inspiration constantes.

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser tes rêves ? Être loin de mes proches. Atteindre les buts fixés est parfois amer quand on ne peut pas célébrer ces moments de réussite avec ceux qui comptent dans sa vie. Devoir faire les bons choix aussi a été difficile, car parfois on veut tellement une chose que l’on ne prend pas le temps de se demander si cette chose est faite pour soi.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie? Comment les as-tu surmonté? L’apprentissage d’une nouvelle langue a été difficile au début car s’exprimer dans la vie de tous les jours en anglais est une chose, mais refaire toute une scolarité dans une langue étrangère en est une autre! Imaginez les cours de biologie et physique en anglais! Les Etats-Unis sont une terre d’opportunité mais c’est un travail acharné avec en plus, une dose de compétition extrême. Parfois, il faut faire les choix de sacrifier ses valeurs et ses principes mais j’ai décidé très tôt dans ma carrière de ne pas le faire, donc certaines opportunités se sont fermées à moi. J’ai pu affronter cela car j’ai toujours su ce que je voulais accomplir et j’ai réalisé que la base de mon éducation en Guadeloupe est ce qui me démarquait aux USA. Me fondre dans ce moule et rentrer dans la Matrix Américaine n’était pas la solution pour moi. Donc je suis restée fidèle à mon essence tout en évoluant et apprenant des expériences autour de moi.

Quelle a été ta formation? Je suis diplômée de l’Université de Miami d’une Licence en Journalisme et Science Politiques avec option en Business et Multimedia. L’an dernier, j’ai obtenu un Certificat de Spécialiste en Communication Intégrée.

"La base de mon éducation en Guadeloupe est ce qui me démarquait aux USA"

Quelle est ta plus grande peur ? De ne pas avoir eu le temps de faire tout ce que je voulais entreprendre dans ma vie. J’avais une liste que je voulais finir avant mes 30 ans. Je l’ai faite, et parfois je me dis que prendre son temps est aussi une bonne chose sinon on peut devenir un peu blasée ou stressée à force de courir derrière les choses comme une « check-list » à finir. La vie en elle-même est l’aventure à vivre.

Des projets futurs? Oh oui! Plein. Partir au Pérou, mon émission télévisée, du bénévolat, un 5ème documentaire.

INSPIRATION

Qui est ton modèle dans la vie ? Ma mère. Elle a le don de relativiser, ce qui lui donne la force de toujours essayer de nouvelles choses quelque soit les défis. Essayez donc de dire «non, ce n’est pas possible» à ma mère… Elle vous démontrera par a+b comment, non seulement c’est possible, mais avec le sourire et la gaîté.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui? Pourquoi? C’est une question difficile car nous avons toutes nos propres destins et j’ai du mal à subtiliser celui d’une autre et me l’approprier. Ce serait une femme si je devais choisir.

Quelle est ta principale source d’inspiration? La femme de manière générale. Je suis épatée par tout ce que nous accomplissons tous les jours. Dès que j’ai besoin d’inspiration, j’ouvre mon livre des Everyday Women Extraordinary Things, les histoires des femmes de tous les jours qui ont fait des choses extraordinaires. Je me dis si elles y arrivent, je ne peux pas me plaindre, donc je peux le faire. Yes I can!

Interview de l'historien trinidadien Gérard Besson pour le documentaire MAS de Jessy

MESSAGE

"Le monde ne s’arrête pas a nos soucis quotidien, à notre ile, à nos problèmes. Il y a beaucoup plus et on peut accomplir beaucoup en ouvrant son esprit"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves? Apprendre à se connaître soi-même et surtout d’ouvrir leur esprit. Le monde ne s’arrête pas à nos soucis quotidiens, à notre île, à nos problèmes. Il y a beaucoup plus et on peut accomplir beaucoup en ouvrant son esprit. N’ayez pas peur de penser différemment, d’être moins conforme, de montrer vos émotions et de vous servir de votre particularité pour accomplir vos rêves. Oubliez le «mais ici, c’est comme ça», soyez l’instrument du changement sociétal que vous demandez. Oui, il faut bosser, oui il faut donner pour recevoir. La vie des réseaux sociaux est une vitrine, n’oubliez pas que tout ce qui brille n’est fait d’or. Vous avez un trésor en main, vous avez été élevés en Guadeloupe, et les valeurs que vous avez acquises vous serviront toute votre vie.

Quelle direction devrait-on suivre en faveur de notre société guadeloupéenne? Revaloriser qui nous sommes. Pour avoir voyagé, travaillé ailleurs et côtoyé des étudiants internationaux, entrepreneurs, collègues et autres, nous avons une force incroyable en Guadeloupe. Une connaissance que nous ne réalisons même pas, car pour nous c’est normal. Notre éducation scolaire jusqu’au lycée est bien meilleure que celle des Etats Unis, notre débrouillardise nous permets de trouver de solutions à des problèmes plus rapidement dans la vie de tous les jours. On côtoie la nature et on a un respect de l’environnement que l’on ne retrouve pas ici. Exemple concret: après les cyclones à Miami, les gens devenaient fous au bout de 2 jours sans clim et électricité avec les magasins fermés. J’ai coupé des cocos, dormi à la belle étoile et j’ai fait un petit feu pour cuisiner ce qui me restait de mon frigo! Merci Guadeloupe. Protégeons notre ile, construisons ensemble, consommons local, soutenons les artisans, aidons vos voisins, conseillons les plus jeunes, et arrêtons de nous battre entre nous car ça nous empêche de regarder l’horizon et de construire des projets ensemble.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu? J’admire ma voisine qui continue à faire son marché chaque matin sur la place de la Victoire. J’admire mes amies qui sont revenus en Guadeloupe et ont ouverts leurs entreprises alors que tout le monde leur disait qu’elles «étaient folles de rentrer». J’admire les jeunes qui osent dire «non» quand il le faut. J’admire la jeune fille Guadeloupéenne qui a compris qu’elle n’a pas à suivre ce rôle que notre société nous a imposé pendant si longtemps, et qu’elle aussi a droit de poursuivre ses rêves. J’admire ceux qui demandent de l’aide psychologique quand ils en ont besoin, j’admire l’homme qui pleure car il n’a pas honte de montrer ses sentiments. J’admire la personne qui va aider son compatriote qui se fait agresser, celui qui aide la personne âgée à traverser la rue, celui qui emmène des vêtements et des repas à St Vincent de Paul par exemple.

Un mot pour la fin? Faites de vos vies un tableau de collection et si vous pouvez toucher d’autres tableaux avec les couleurs de vos peintures, assurez-vous que c’est pour les embellir et non les détruire.

Avant de se quitter, découvrez Jessy Schuster plus en détails: 

PORTRAIT

Présentatrice de la parade du Mardi Gras 2018 sur la chaîne Guadeloupe 1ère

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Optimiste, tenace, créative, têtue, “don’t take no for an answer”.

En un mot? Fire (NDLR: anglais de feu).

Que fais-tu de ton temps libre ? Découvrir de nouveaux restaurants (elle en parle davantage à Food’îles ici), faire du yoga, sortir danser, faire du volontariat et rêver en regardant le ciel.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Tout d’abord la reconnaissance, ensuite je prends le temps de savourer la sensation de bonheur.

Et une situation irritante ? D’abord respirer plusieurs fois et essayer de régler le problème tout en le mettant en perspective par rapport à des choses beaucoup plus graves.

Dans ta playlist, on trouve qui ? FreshlyGround, Salif Keïta, Machel Montano, Dominique Coco, Annie Martin, Otis Redding, Sting, Moune de Rivel, Nicky Jam.

Ton artiste préféré ? J’en ai un pour chaque style de musique…

Ton repas préféré ? Fricassée de lambi pour le Guadeloupéen et Pfannis pour l’Allemand..

Un voyage mémorable ? La Thaïlande. J’ai même songé à y déménager.

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? L’histoire de l’Egypte Ancienne. J’ai grandi avec cette fascination de l’Egypte et j’ai ensuite étudié l’archéologie. L’avancée technologique et surtout le rôle essentiel de la femme de l’Egypte Ancienne m’inspirent. Je m’y suis rendue aussi et je me suis sentie connectée à ce lieu.

Des habitudes bizarres ? (rires) Quand je mange des cookies, je les mets d’abord au congélateur! J’ai le talent de dormir en transport de manière instantanée! Ca compte comme talent étrange, non ?

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Voir le soleil se lever chaque jour, la pluie tomber et écouter le vent. Quelque que soit ce qui se passe dans le monde, ces trois choses se produiront toujours donc ça me donne l’espoir en la nature et donc la vie.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Voyager pendant 1 an avec un sac au dos et écrire un livre.

jessy schuster
jessy schuster

Teaser de "MAS" par Jessy Schuster