Julien Ganthier est le coordinateur de l’association Jeunesse en Développement JEDe. Parallèlement, du haut de ses 31 ans, il anime l’Espace Volontariats de France Volontaires Haïti. Apporter du bonheur aux enfants haïtiens est son oxygène. Originaire de Port-au-Prince, il vit désormais à Aquin. Aujourd’hui, il a formé plus de 5 000 enfants à des activités socio-sportives. Récemment, il a contribué à un projet innovant : « bibliomoto Liv Kap Woule » une bibliothèque mobile qui va parcourir la région d’Aquin. Education, transmission…Rencontre.

Nom: Ganthier            Prénom: Julien Age:  31 ans Couleur: Vert (nature)

Dicton : What you think you are, you become Activité professionnelle : Animateur culturel et comédien

Lieu de résidence : Port-au-Prince

Contact: Facebook de l’association de Jeunesse en Développement, Facebook de Julien

PARCOURS

"Maintenant je forme des jeunes qui eux vont accompagner des enfants dans leur propre village !"

Quelle a été ta formation ? Je suis diplômé de l’école de théâtre Le Petit Conservatoire. J’ai également un certificat d’études en relations internationales. Je n’ai pas été plus loin car on me demandait de porter des cravates, j’ai détesté ça (rires). J’ai reçu une formation en EPS. Je suis aussi formateur en APS activité physique et sportive. Il s’agit d’une formation pour compléter celle en EPS, c’est de la “playdagogie”, pour sensibiliser des enfants à travers les jeux sportifs.

Quand as-tu décidé de fonder l’association Jeunesse en Développement? Je travaille avec des enfants depuis 15 ans ! J’ai commencé à l’âge de 16 ans en tant que bénévole dans une association. Après 5 ans de bénévolat, je découvre l’existence de nombreuses magouilles. En 2009, je lance l’association Jeunesse en développement. Notre première activité se déroule à Pétion-Ville le 18/11/09, en lien avec la bataille de Vertières. Au programme : exposition/conférence-débat et une partie culturelle. Le 12 janvier 2010, jour de mon anniversaire et jour du séisme marque un tournant dans ma vie. J’ai frôlé la mort… J’ai failli mourir, j’étais stressé, cette période a été difficile. Un jour, une amie de ma sœur m’a proposé de m’évader de Port-au-Prince et m’a emmené dans le sud. Arrivé à la ville d’Aquin, ça m’a attristé de voir qu’il y avait beaucoup de jeunes, d’enfants mais qu’il n’y avait aucune activité, ni infrastructures dans la ville. C’est là que je décide de rester et d’implanter solidement l’association…

Parmi ses actions, il y a l’ouverture de deux bibliothèques: une à Aquin et l’autre dans le Plateau central (avec la Fondation Haïti Eco-Verte). Ces bibliothèques ouvertes au grand public sont des espaces loués qu’on a complété avec livres achetés, donnés.. Un autre projet de bibliothèque est prévu pour le mois d’Août, toujours à Aquin, cette fois-ci il s’agira d’une construction de A à Z. En septembre, la bibliomoto Liv Kap Woulé sera lancée officiellement. C’est une bibliothèque mobile qui va parcourir la région d’Aquin. Des ateliers d’écriture, de lecture, des formations, etc. seront donnés. 

Jeunesse en développement a organisé également des séances d’animations dans plusieurs départements et villages, conférences, des activités à partir de rien. Je ne gagne pas beaucoup… Actuellement, des milliers de jeunes comptent sur moi… J’ai déjà formé plus de 5000 jeunes haïtiens à travers les évènements socio-sportifs (moyen pour sensibiliser enfant ET parents). Pour certains parents en Haïti il ne faut pas mélanger les jeux et l’école. Mon rôle est de leur montrer que le jeu est parti intégrante de l’éducation. Je ne cherche pas à mettre sous les feux des projecteurs. Je suis derrière les jeunes pour qu’ils se sentent concernés, responsables. Le premier événement que j’ai organisé, projet JED les timoun, a réuni plus de 1 300 enfants.

En juillet, un forum de jeunesse et développement durable se tiendra à Aquin pour 100 jeunes. Il est né du constat que plus de 50 000 jeunes quittent Haïti pour aller au Brésil, Suriname, Chili. Beaucoup meurent sur les routes. Il y aura un module sur l’entreprenariat, la sensibilisation, le mentorat… Ce forum sera aussi un moyen de lutter contre le déplacement massif vers le chili, d’autres pays etc… car c’est triste. Un des objectifs est que l’année prochaine chaque jeune puisse accompagner et encadrer 10 autres jeunes et que chacun à leur tour puissent accompagner 15 enfants dans leurs villages respectifs.

Que défends-tu à travers ta position ? Que tous les enfants puissent jouir du même droit. En Haïti, il y a 150 000 écoles (des écoles pour les plus pauvres aux plus riches). Mais le système oublie qu’ils sont tous des enfants et qu’ils n’ont pas demandés d’être nés.

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"Le 12 janvier 2010, jour de mon anniversaire et jour du séisme marque un tournant dans ma vie. J’ai frôlé la mort"

Quels sont tes domaines d’expertise ? Animation et formation.

En tant que comédien, que cherches-tu à transmettre ? À la base, j’ai étudié le théâtre pour me rapprocher des enfants et non pour être comédien. Dans la formation théâtre, il y avait des cours de communication, psychologie ce qui m’a été très utile pour me rapprocher de la population. Avant je travaillais uniquement avec des enfants mais la demande est tellement forte que maintenant j’ai décidé de procéder autrement. Maintenant je forme des jeunes qui eux vont accompagner des enfants dans leur propre village !

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser ton rêve ? Monter une bonne équipe (moi, mon épouse Wadline, Jasmine, Junior, Farah, Schneiderson, Eunice…). Aujourd’hui beaucoup pensent en Haïti que dès que tu montes une association, c’est dans le but de gagner de l’argent, de faire du business. Je peux compter sur mon équipe. Si je meurs aujourd’hui, je sais que l’association va continuer de fonctionner.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré pour ta profession ? Quand j’ai annoncé à ma famille que j’allais étudier le théâtre, mes parents ont arrêté de payer mes études. Car pour eux le théâtre ce n’est pas un métier… pour moi, le théâtre est beaucoup plus que ça, c’est une science de la vie. Grâce à ma ténacité, j’ai réussi à leur démontrer la valeur de ces études qui m’ont servi à faire ce que je fais aujourd’hui. Je suis la seule personne de ma famille qui prend des risques énormes. Mon père est décédé et ma mère est très fière de moi.

Et dans ta vie ? À un moment donné je ne pouvais plus payer mes études. Mon père est décédé tôt et ma mère manquait de moyens pour subvenir à tous nos besoins en même temps. Si elle payait l’école, elle ne pouvait pas payer les transports scolaires. Moi ça me suffisait, je faisais avec.Pendant deux années, j’ai marché des kilomètres pour aller au lycée, soit plus de 2 heures chaque jour. Je passais des journées sans rien manger également, faute de moyens. Et heureusement que j’ai vécu cette expérience. Car ça m’a beaucoup aidé à voir la vie d’une autre façon, de voir qu’il y a trop d’indifférence envers les enfants (enfants qu’on vient chercher en voiture privé où il reste des places…

Quelle est ta plus grande peur ? De mourir sans accomplir mon plus grand rêve : arriver à égaliser l’inégalité entre les être humains.

Des projets futurs ? Trop (rires).

"J’ai déjà formé plus de 5000 jeunes haïtiens à travers les évènements socio-sportifs"

INSPIRATION

Qui est ton modèle dans la vie ? Dieuvela Etienne. Il y a quelques années, j’avais suivi un séminaire qu’elle organisait sur le théâtre. Elle avait une telle confiance en moi. C’est une combattante, elle a beaucoup d’audace. Elle m’inspire vraiment !

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Gandhi. Je me retrouve par rapport à la lutte qu’il menait.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Je n’ai pas beaucoup voyagé dans ma vie. Néanmoins, à travers mes voyages en Afrique, une partie des USA, en France, voir l’inégalité entre les Hommes, la souffrance ça me révolte, ça me frustre mais ça m’inspire à sensibiliser et mobiliser les gens face à ces problématiques.

"Si ma mère payait l’école, elle ne pouvait pas payer les transports scolaires...
Pendant deux années, j’ai marché des kilomètres pour aller au lycée, soit plus de 2 heures chaque jour. Je passais des journées sans rien manger"

MESSAGE

"Il ne faut jamais jamais jamais abandonner"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes haïtiens/caribéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? À tous mes jeunes frères et sœurs caribéens, il ne faut jamais jamais jamais abandonner. Il y a trop de choses à faire pour se laisser entrainer dans la corruption. La création c’est à tout le monde, ils ne peuvent pas nous la voler, heureusement qu’il y a ça.
Le réseautage aussi est important! Heureusement les réseaux sociaux existent il y en a pas mal, autant les utiliser pour faire du réseautage et non des commérages. Il ne faut pas rester bloqué, il faut qu’on s’entraide, qu’on réseaute. S’entraider pour changer est notre slogan à l’association…
En clair: réseautez, ne vous laissez pas avoir, croyez en vos idées.

Quelle route déjà tracée, en faveur du développement de la société haïtienne,  devrait-on suivre ?  L’éducation, c’est ce qui manque en Haïti. On n’a pas d’écoles, on a du business en Haïti. Les gens font du business ici. Si on arrive à avoir une éducation équilibrée, ce sera une réussite pour le pays.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Joel Widmaïer (Directeur artistique du Festival International de Jazz et batteur), Guy Registre Junior (Théâtre, festival quatre chemins)… Ce sont de bonnes actions pour permettre aux jeunes de passer leur frustration.

Un mot pour la fin ? Merci à cette initiative riche et noble. Persévérez dans le projet de Talan An Nou. Ça fait toujours du bien de parler de son association.


Message final aux jeunes : formez-vous, lancez-vous dans le bénévolat. En effet, propose ce que tu sais faire gratuitement, les gens verront de quoi tu es capable. Donner de son temps gratuitement est valorisant et nous ouvre à de belles opportunités. Par exemple : J’occupe un poste à France Volontaires. Il cherchait quelqu’un avec un master. Je n’en avais pas. Mais j’avais 5 années d’expériences de bénévolat…et grâce à elle, j’ai eu le poste !

"Réseautez, ne vous laissez pas avoir, croyez en vos idées"

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Bibliomoto Liv Kap Woulé, bibliothèque mobile qui va parcourir la région d’Aquin. Des ateliers d’écriture, de lecture, des formations seront donnés.

Avant de se quitter, découvrez Julien plus en détails: 

PORTRAIT

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Déterminé, ténacité. Dès que je me lance dans une activité, je vais jusqu’au bout.

Et en un mot ? À travers un animal : fourmi/abeille.

Que fais-tu de ton temps libre ? Je n’ai jamais de temps de libre. (Rires) Même quand je mange, je réfléchis et je travaille.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Je saute de joie.

Et une situation irritante? Ce n’est pas la fin, je réfléchis à de nouvelles stratégies.

Dans ta playlist, on trouve qui ? C’est difficile. Comme je suis dans le théâtre, on se rapproche vers des artistes africains…Musique slow engagée et aussi des musiques Racines d’Haïti.

Ton artiste préféré ? J’en ai plusieurs. Dieuvela Etienne (comédienne) Daniel Marcelin (comédien et mon ancien professeur), Mackenzie Orsel (écrivain haïtien) ça m’aide à m’inspirer. Je me rapproche de tout ce qui m’aide à avancer !

Ton repas préféré ? Riz blanc, sauce pois, touffé légumes (aussi appelé légume haïtien, recette ici).

Un voyage mémorable ? Au Burkina Faso, c’était wololoyyyy (Ndlr : expression utilisée par Julien quand quelque chose le dépasse) c’était en 2015 dans le cadre professionnel.

"Dès que je me lance dans une activité, je vais jusqu’au bout"

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines ? Tibétaine. Pour sa richesse, sa simplicité, la spiritualité. Je rajouterai aussi la culture haïtienne car elle est encore méconnue.

Des habitudes bizarres ? Oui par ex, je ris trop souvent… Un talent étrange ? Sur le plan stratégique oui. c’est de pouvoir faire deux activités différentes.

Dans la vie, qu’est-ce qui est important à tes yeux ? L’être humain.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Le sourire d’un enfant en détresse.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Continuer à aider mon prochain pour que tout le monde soit heureux.

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L’association Jeunesse en Développement en quelques mots :

C’est l’organisation d’un Camp d’été mais pas seulement ! Depuis 2010, installée dans la localité de Jonc Dodin d’Aquin, l’association, composée à la fois de jeunes de Port-au Prince et d’Aquin mène une multitude de projets : promotion du livre et de la lecture, mise en place d’une bibliothèque, soutien scolaire, séances d’animations socio-sportives, caravane théâtrale, évènements culturels, marches pour l’environnement, marche pour le doit des enfants, comédies musicales… Au fil des rencontres, l’association s’est structurée et elle s’enrichit de la contribution de tous, autant des amis étrangers qui viennent apporter une petite pièce à l’édifice, que des jeunes aquinois qui s’investissent au quotidien pour le développement de leur commune. Plus d’infos