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Julien Ganthier, Animateur culturel et comédien

Julien Ganthier est le coordinateur de l’association Jeunesse en Développement JEDe. Parallèlement, du haut de ses 31 ans, il anime l’Espace Volontariats de France Volontaires Haïti. Apporter du bonheur aux enfants haïtiens est son oxygène. Originaire de Port-au-Prince, il vit désormais à Aquin. Aujourd’hui, il a formé plus de 5 000 enfants à des activités socio-sportives. Récemment, il a contribué à un projet innovant : « bibliomoto Liv Kap Woule » une bibliothèque mobile qui va parcourir la région d’Aquin. Education, transmission…Rencontre.

Nom: Ganthier            Prénom: Julien Age:  31 ans Couleur: Vert (nature)

Dicton : What you think you are, you become Activité professionnelle : Animateur culturel et comédien

Lieu de résidence : Port-au-Prince

Contact: Facebook de l’association de Jeunesse en Développement, Facebook de Julien

PARCOURS

"Maintenant je forme des jeunes qui eux vont accompagner des enfants dans leur propre village !"

Quelle a été ta formation ? Je suis diplômé de l’école de théâtre Le Petit Conservatoire. J’ai également un certificat d’études en relations internationales. Je n’ai pas été plus loin car on me demandait de porter des cravates, j’ai détesté ça (rires). J’ai reçu une formation en EPS. Je suis aussi formateur en APS activité physique et sportive. Il s’agit d’une formation pour compléter celle en EPS, c’est de la “playdagogie”, pour sensibiliser des enfants à travers les jeux sportifs.

Quand as-tu décidé de fonder l’association Jeunesse en Développement? Je travaille avec des enfants depuis 15 ans ! J’ai commencé à l’âge de 16 ans en tant que bénévole dans une association. Après 5 ans de bénévolat, je découvre l’existence de nombreuses magouilles. En 2009, je lance l’association Jeunesse en développement. Notre première activité se déroule à Pétion-Ville le 18/11/09, en lien avec la bataille de Vertières. Au programme : exposition/conférence-débat et une partie culturelle. Le 12 janvier 2010, jour de mon anniversaire et jour du séisme marque un tournant dans ma vie. J’ai frôlé la mort… J’ai failli mourir, j’étais stressé, cette période a été difficile. Un jour, une amie de ma sœur m’a proposé de m’évader de Port-au-Prince et m’a emmené dans le sud. Arrivé à la ville d’Aquin, ça m’a attristé de voir qu’il y avait beaucoup de jeunes, d’enfants mais qu’il n’y avait aucune activité, ni infrastructures dans la ville. C’est là que je décide de rester et d’implanter solidement l’association…

Parmi ses actions, il y a l’ouverture de deux bibliothèques: une à Aquin et l’autre dans le Plateau central (avec la Fondation Haïti Eco-Verte). Ces bibliothèques ouvertes au grand public sont des espaces loués qu’on a complété avec livres achetés, donnés.. Un autre projet de bibliothèque est prévu pour le mois d’Août, toujours à Aquin, cette fois-ci il s’agira d’une construction de A à Z. En septembre, la bibliomoto Liv Kap Woulé sera lancée officiellement. C’est une bibliothèque mobile qui va parcourir la région d’Aquin. Des ateliers d’écriture, de lecture, des formations, etc. seront donnés. 

Jeunesse en développement a organisé également des séances d’animations dans plusieurs départements et villages, conférences, des activités à partir de rien. Je ne gagne pas beaucoup… Actuellement, des milliers de jeunes comptent sur moi… J’ai déjà formé plus de 5000 jeunes haïtiens à travers les évènements socio-sportifs (moyen pour sensibiliser enfant ET parents). Pour certains parents en Haïti il ne faut pas mélanger les jeux et l’école. Mon rôle est de leur montrer que le jeu est parti intégrante de l’éducation. Je ne cherche pas à mettre sous les feux des projecteurs. Je suis derrière les jeunes pour qu’ils se sentent concernés, responsables. Le premier événement que j’ai organisé, projet JED les timoun, a réuni plus de 1 300 enfants.

En juillet, un forum de jeunesse et développement durable se tiendra à Aquin pour 100 jeunes. Il est né du constat que plus de 50 000 jeunes quittent Haïti pour aller au Brésil, Suriname, Chili. Beaucoup meurent sur les routes. Il y aura un module sur l’entreprenariat, la sensibilisation, le mentorat… Ce forum sera aussi un moyen de lutter contre le déplacement massif vers le chili, d’autres pays etc… car c’est triste. Un des objectifs est que l’année prochaine chaque jeune puisse accompagner et encadrer 10 autres jeunes et que chacun à leur tour puissent accompagner 15 enfants dans leurs villages respectifs.

Que défends-tu à travers ta position ? Que tous les enfants puissent jouir du même droit. En Haïti, il y a 150 000 écoles (des écoles pour les plus pauvres aux plus riches). Mais le système oublie qu’ils sont tous des enfants et qu’ils n’ont pas demandés d’être nés.

jeunesse en développement haïti julien ganthier liv kap woulé bibliomoto

"Le 12 janvier 2010, jour de mon anniversaire et jour du séisme marque un tournant dans ma vie. J’ai frôlé la mort"

Quels sont tes domaines d’expertise ? Animation et formation.

En tant que comédien, que cherches-tu à transmettre ? À la base, j’ai étudié le théâtre pour me rapprocher des enfants et non pour être comédien. Dans la formation théâtre, il y avait des cours de communication, psychologie ce qui m’a été très utile pour me rapprocher de la population. Avant je travaillais uniquement avec des enfants mais la demande est tellement forte que maintenant j’ai décidé de procéder autrement. Maintenant je forme des jeunes qui eux vont accompagner des enfants dans leur propre village !

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser ton rêve ? Monter une bonne équipe (moi, mon épouse Wadline, Jasmine, Junior, Farah, Schneiderson, Eunice…). Aujourd’hui beaucoup pensent en Haïti que dès que tu montes une association, c’est dans le but de gagner de l’argent, de faire du business. Je peux compter sur mon équipe. Si je meurs aujourd’hui, je sais que l’association va continuer de fonctionner.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré pour ta profession ? Quand j’ai annoncé à ma famille que j’allais étudier le théâtre, mes parents ont arrêté de payer mes études. Car pour eux le théâtre ce n’est pas un métier… pour moi, le théâtre est beaucoup plus que ça, c’est une science de la vie. Grâce à ma ténacité, j’ai réussi à leur démontrer la valeur de ces études qui m’ont servi à faire ce que je fais aujourd’hui. Je suis la seule personne de ma famille qui prend des risques énormes. Mon père est décédé et ma mère est très fière de moi.

Et dans ta vie ? À un moment donné je ne pouvais plus payer mes études. Mon père est décédé tôt et ma mère manquait de moyens pour subvenir à tous nos besoins en même temps. Si elle payait l’école, elle ne pouvait pas payer les transports scolaires. Moi ça me suffisait, je faisais avec.Pendant deux années, j’ai marché des kilomètres pour aller au lycée, soit plus de 2 heures chaque jour. Je passais des journées sans rien manger également, faute de moyens. Et heureusement que j’ai vécu cette expérience. Car ça m’a beaucoup aidé à voir la vie d’une autre façon, de voir qu’il y a trop d’indifférence envers les enfants (enfants qu’on vient chercher en voiture privé où il reste des places…

Quelle est ta plus grande peur ? De mourir sans accomplir mon plus grand rêve : arriver à égaliser l’inégalité entre les être humains.

Des projets futurs ? Trop (rires).

"J’ai déjà formé plus de 5000 jeunes haïtiens à travers les évènements socio-sportifs"

INSPIRATION

Qui est ton modèle dans la vie ? Dieuvela Etienne. Il y a quelques années, j’avais suivi un séminaire qu’elle organisait sur le théâtre. Elle avait une telle confiance en moi. C’est une combattante, elle a beaucoup d’audace. Elle m’inspire vraiment !

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Gandhi. Je me retrouve par rapport à la lutte qu’il menait.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Je n’ai pas beaucoup voyagé dans ma vie. Néanmoins, à travers mes voyages en Afrique, une partie des USA, en France, voir l’inégalité entre les Hommes, la souffrance ça me révolte, ça me frustre mais ça m’inspire à sensibiliser et mobiliser les gens face à ces problématiques.

"Si ma mère payait l’école, elle ne pouvait pas payer les transports scolaires...
Pendant deux années, j’ai marché des kilomètres pour aller au lycée, soit plus de 2 heures chaque jour. Je passais des journées sans rien manger"

MESSAGE

"Il ne faut jamais jamais jamais abandonner"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes haïtiens/caribéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? À tous mes jeunes frères et sœurs caribéens, il ne faut jamais jamais jamais abandonner. Il y a trop de choses à faire pour se laisser entrainer dans la corruption. La création c’est à tout le monde, ils ne peuvent pas nous la voler, heureusement qu’il y a ça.
Le réseautage aussi est important! Heureusement les réseaux sociaux existent il y en a pas mal, autant les utiliser pour faire du réseautage et non des commérages. Il ne faut pas rester bloqué, il faut qu’on s’entraide, qu’on réseaute. S’entraider pour changer est notre slogan à l’association…
En clair: réseautez, ne vous laissez pas avoir, croyez en vos idées.

Quelle route déjà tracée, en faveur du développement de la société haïtienne,  devrait-on suivre ?  L’éducation, c’est ce qui manque en Haïti. On n’a pas d’écoles, on a du business en Haïti. Les gens font du business ici. Si on arrive à avoir une éducation équilibrée, ce sera une réussite pour le pays.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Joel Widmaïer (Directeur artistique du Festival International de Jazz et batteur), Guy Registre Junior (Théâtre, festival quatre chemins)… Ce sont de bonnes actions pour permettre aux jeunes de passer leur frustration.

Un mot pour la fin ? Merci à cette initiative riche et noble. Persévérez dans le projet de Talan An Nou. Ça fait toujours du bien de parler de son association.


Message final aux jeunes : formez-vous, lancez-vous dans le bénévolat. En effet, propose ce que tu sais faire gratuitement, les gens verront de quoi tu es capable. Donner de son temps gratuitement est valorisant et nous ouvre à de belles opportunités. Par exemple : J’occupe un poste à France Volontaires. Il cherchait quelqu’un avec un master. Je n’en avais pas. Mais j’avais 5 années d’expériences de bénévolat…et grâce à elle, j’ai eu le poste !

"Réseautez, ne vous laissez pas avoir, croyez en vos idées"

jeunesse en développement haïti julien ganthier liv kap woulé bibliomoto
Bibliomoto Liv Kap Woulé, bibliothèque mobile qui va parcourir la région d’Aquin. Des ateliers d’écriture, de lecture, des formations seront donnés.

Avant de se quitter, découvrez Julien plus en détails: 

PORTRAIT

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Déterminé, ténacité. Dès que je me lance dans une activité, je vais jusqu’au bout.

Et en un mot ? À travers un animal : fourmi/abeille.

Que fais-tu de ton temps libre ? Je n’ai jamais de temps de libre. (Rires) Même quand je mange, je réfléchis et je travaille.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Je saute de joie.

Et une situation irritante? Ce n’est pas la fin, je réfléchis à de nouvelles stratégies.

Dans ta playlist, on trouve qui ? C’est difficile. Comme je suis dans le théâtre, on se rapproche vers des artistes africains…Musique slow engagée et aussi des musiques Racines d’Haïti.

Ton artiste préféré ? J’en ai plusieurs. Dieuvela Etienne (comédienne) Daniel Marcelin (comédien et mon ancien professeur), Mackenzie Orsel (écrivain haïtien) ça m’aide à m’inspirer. Je me rapproche de tout ce qui m’aide à avancer !

Ton repas préféré ? Riz blanc, sauce pois, touffé légumes (aussi appelé légume haïtien, recette ici).

Un voyage mémorable ? Au Burkina Faso, c’était wololoyyyy (Ndlr : expression utilisée par Julien quand quelque chose le dépasse) c’était en 2015 dans le cadre professionnel.

"Dès que je me lance dans une activité, je vais jusqu’au bout"

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines ? Tibétaine. Pour sa richesse, sa simplicité, la spiritualité. Je rajouterai aussi la culture haïtienne car elle est encore méconnue.

Des habitudes bizarres ? Oui par ex, je ris trop souvent… Un talent étrange ? Sur le plan stratégique oui. c’est de pouvoir faire deux activités différentes.

Dans la vie, qu’est-ce qui est important à tes yeux ? L’être humain.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Le sourire d’un enfant en détresse.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Continuer à aider mon prochain pour que tout le monde soit heureux.

jeunesse en développement haïti julien ganthier liv kap woulé bibliomoto

L’association Jeunesse en Développement en quelques mots :

C’est l’organisation d’un Camp d’été mais pas seulement ! Depuis 2010, installée dans la localité de Jonc Dodin d’Aquin, l’association, composée à la fois de jeunes de Port-au Prince et d’Aquin mène une multitude de projets : promotion du livre et de la lecture, mise en place d’une bibliothèque, soutien scolaire, séances d’animations socio-sportives, caravane théâtrale, évènements culturels, marches pour l’environnement, marche pour le doit des enfants, comédies musicales… Au fil des rencontres, l’association s’est structurée et elle s’enrichit de la contribution de tous, autant des amis étrangers qui viennent apporter une petite pièce à l’édifice, que des jeunes aquinois qui s’investissent au quotidien pour le développement de leur commune. Plus d’infos


Beonard Kervens Monteau, Écrivain, Slameur & Comédien

Beonard Kervens Monteau est un écrivain, slameur, comédien. À 25 ans, il inonde le papier de son esprit poétique à la recherche de “justice, tendresse et générosité”. Né à Port-au-Prince, il a voulu être critique littéraire. Finalement il préfère écrire pour vaincre la mort, notamment! Rencontre avec ce jeune haïtien, ô combien passionné!

Nom: Monteau PrénomBeonard Kervens Age:  25 ans Couleur: J’ai plutôt tendance à être caméléon, mais il me semble que j’ai beaucoup d’affinité avec le rouge.  

Dicton : ni dieu, ni maitre Activité professionnelle : Ecrivain, Slameur, Comédien

Lieu de résidence : Haïti  Contact: Facebook: Beo Monteau, Twitter: @woklobeonard, Instagram: Beo Monteau

PORTRAIT

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Je suis un emmerdeur professionnel. J’ai beaucoup de complicité avec le risque. Je pense que je suis très généreux. Je suis un fonceur et je ne suis pas du tout sur de moi. Je me tâte toujours. J’adore l’aventure.

Et en un mot ? Passionner.

Que fais-tu de ton temps libre ? Je le passe surtout à vivre, après il m’arrive de beaucoup lire, de rire et de faire à manger.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et une situation irritante? Dans les deux cas, j’angoisse. Je suis un écorché vif qui a toujours peur. J’angoisse et quand l’angoisse cannibale me mange les tripes, je finis par vomir et puis, ça va mieux. Je suis content face a la situation positive et pour l’irritante, je me prépare à faire des bonds, ne pas gaspiller ma vie à me morfondre.

Dans ta playlist, on trouve qui ? Il y a un super DJ que je ne me lasse pas d’écouter : Jonas Blue. Après, on trouve un peu de tout sur mon Deezer : Zachary Kibbee, Stevy Mahy, Sylvan Esso, Souleymane Diamanka, Rihanna, Ricky Blaze, PIC, Pharell Williams, Misié Sadik, Leo Ferré, Erol Josué, James Germain, Izolan, Christophe Maé, Beyoncé, les colocs, les sœurs Boulay, Edgar Sekloka, Emeline Michel, les Chainsmokers, Shawn Mendes. Je ne veux pas oublier le « Only for you » de Phyllisia Ross. Finalement je pense que je ne pourrais pas tous les citer, mais de la musique ce n’est pas ce qui me manque.

Ton artiste préféré ? Miss Lauryn, Lauryn Hill. The Miseducation est le meilleur album de tous les temps, passé et à venir. J’ai eu la chance de la voir en concert dans le festival de jazz de Montréal en 2016, Miss Lauryn me fait tout simplement frémir tellement elle est sublime.

Ton repas préféré ? Riz blanc et sauce chili. Je ne sais pas pourquoi. J’ai mangé du riz blanc avec de la sauce de chili chez mon ami Allenby Augustin et depuis c’est mon plat préféré.

Un voyage mémorable ? Je pense à Montréal, l’été 2016. J’étais venu pour deux mois pour me ressourcer finir mon recueil de nouvelles. Je suis reste finalement cinq mois et j’ai l’impression que j’aurais pu rester 40 ans. De mémoire de vagabond, j’ai retrouvé à Montréal quelque chose que je n’ai jamais vu, ni senti ailleurs. Quelque chose de l’ordre de l’impalpable, une magie. J’ai respiré la ville, la littérature, cette curieuse façon qu’ont les langues de s’emmêler, la musique, les gens, les festivals. Et puis cette possibilité de pouvoir se jeter dans le risque.

"Lauryn Hill. The Miseducation est le meilleur album de tous les temps, passé et à venir"

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? J’adore découvrir. Je n’ai pas une culture particulière.

Des habitudes bizarres ? Un talent étrange ? Des habitudes bizarres, voyons, je suis capable de mourir de faim à côté du sandwich qui est là, sur ma table de travail. J’arrive tellement à oublier les besoins de mon corps quand j’écris. Talent étrange : je plais aux chiens, j’établis très vite de très grand rapport de tendresse avec les chiens.

Dans la vie, qu’est-ce qui est important à tes yeux ? La vie, pardi. Il me manque un certain contrôle sur l’espérance de vie. Encore que je suis athée, grâce à Dieu (rires). Je ne crois pas à aucune arrière monde où je vais continuer à vivre avec une robe blanche et une trompette. Je pense pouvoir dire, non merci a n’importe quel quantité de vierges qu’on m’offrirait, alors je brule ma vie par les deux bouts ici avant de redevenir poussière, poussière sans aucun dieu de cacher a l’intérieur. La vie, parce que la mort m’obsède. C’est pour ça que j’écris, pour sauver ma vie et celle de ceux que j’aime.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Le désespoir n’est pas une mauvaise chose. Je préfère le désespoir à l’espoir, ça vous pousse à essayer de savoir votre limite le désespoir et à le surpasser, une course contre vous-même. Je ne veux pas d’espoir, c’est un beau mensonge qui nous fait stagner.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? J’ai une obsession de la solitude. Une maladie, je dirais. Mon rêve sera d’avoir mon bateau et de partir seul sur la mer pour me redécouvrir, faire la paix avec mes paysages intérieurs. Je pense qu’il y a un prix à payer pour faire un métier qui te rend aussi insupportable. Qui te fait ménager les autres sans arriver a bien les aimer. Il n’y a que la mer comme espace illimité ou le regard se noie, en se perdant pour retrouver sa propre identité.

"La vie, parce que la mort m’obsède. C’est pour ça que j’écris, pour sauver ma vie et celle de ceux que j’aime"

Beonard Kervens Monteau
©Pierre Michel Jean

PARCOURS

"Il y a un recueil de nouvelles qui va sortir bientôt, plus d’une quarantaine de texte de slam"

Quelle a été ta formation ? J’ai étudié les lettres modernes à l’école normale supérieure de l’université d’état d’Haïti.

Quand as-tu décidé de devenir écrivain ? slameur ? comédien ? Quelles sont tes œuvres ? Je ne crois pas que j’en ai eu conscience. Il y a une impossibilité à définir le moment d’un choix, où l’on comprend qu’entre mille autre chose on ne peut faire que celle-là. Je savais ce que je ne voulais pas devenir, mais je ne savais pas ce que je voulais devenir. J’avais une certaine attirance pour l’extravagance et le vagabondage. Ce qui m’intéressait, c’était le sens de la rébellion. J’avais besoin de quitter le code et je me suis mis comme ça à écrire, très tôt, sans ambition, pour remplir un vide.

Un camarade après un cours au lycée, m’avais emmené voir une répétition de la troupe Dram’art et je suis resté travailler sur un récital et ça a été le grand amour avec le metteur en scène Rolando Etienne et Gregory Alexandre. Et à cette même espace de la Bibliothèque Etoile Filante où l’on répétait, l’écrivain Bonel Auguste faisait les «Dimanches en poésie », j’y allais pour dire mes textes un peu bizarre qui empruntait et à ma culture hip-hop et à la poésie conservateur, un mixte bizarre qui plaisait aux gens. Un dimanche, Guezz Eliezer m’a dit que l’on appelait ce que je faisais du slam et on a monte un collectif : Feu Vers, pour sortir le public de sa zone confort.

Il y a un recueil de nouvelles qui va sortir bientôt, plus d’une quarantaine de texte de slam. J’ai travaillé sur plusieurs pièces de théâtre, sur plusieurs spectacles aussi, animé des ateliers d’écriture, des concerts et un long métrage avec le réalisateur François Marthouret, tourné entre Guadeloupe et Haïti. Je pense à plein de chose très varié tel que Slamasutra avec Feu Vers ou la mise en espace d’ « A l’ouest rien de nouveau » de Erich maria Remarque. Je pense à ma collaboration avec Emeline Michel sur le concert « Cœur à Cœur ». Je pense au projet Vwalye, la tournée Nationale et après une autre international, je pense à un Festival en France « Les accroches-cœur d’Angers » avec la brigade d’intervention théâtrale haïtienne (BITH).

Tu voulais être critique littéraire, pourquoi ce changement ? Je pense qu’il y a eu un appel, une envie de donner ce que j’avais, que de rester qu’à légitimer ce qu’écrivent les autres. J’ai répondu à une nécessité qui ne venait pas de moi et qui ne concernait pas que moi. Quelque chose qui tire la parole de moi et qui m’appelle à dire.

Beonard Kervens Monteau
©Gio Casimir

"J’écris pour contrer la mort. Tenter de me sauver, moi et quelques autres. Tuer le pathétique de la disparition des hommes."

Que défends-tu à travers ta position ? Quels sont tes domaines d’expertise ? Je ne défends pas quelque chose de précise. J’écris pour contrer la mort. Tenter de me sauver, moi et quelques autres. Tuer le pathétique de la disparition des hommes. Et il arrive de temps en temps aussi que la littérature face respirer le monde alors je continue.

Te considères-tu comme un porte-parole des jeunes Haïtiens ? Non, je suis une aspirine pour eux le temps d’une chanson, d’un roman ou d’un poème, c’est une part de don. Je n’ai pas une parole, une idée arrêté, un message, je ne suis pas le facteur. Je cherche comme tout le monde une certaine idée de la justice, de la tendresse et de la générosité.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Comment les as-tu surmontés ? J’ai le goût des obstacles, le goût du naufrage. Les atmosphères de décadence, d’écroulement, d’apocalypse ne m’a jamais découragé. Cela me donne envie d’être attentif pour le raconter dans un livre. Je suis doté d’un mécanisme psychologique particulier, tout déplaisir, peur, crainte, dette, obligation, se transforme en matière à raconter. C’est chanceux comme cynisme, penser venir au monde seulement pour le raconter aux autres. Je suis d’un narcissisme affreux, expansif, mais quand même généreux, parce que je ne peux pas la fuir.

Quelle est ta plus grande peur ? J’ai peur d’être heureux, de cesser de griffer comme un chat pour de la tendresse. Ce sera finit de moi. Je perdrai la voix et perdre la voix est analogue à être enterré vivant. Je veux encore trainer mes angoisses et n’avoir pas de prédisposition au bonheur. Curieux, quand avec mes deux meilleurs potes, j’ai crée la communauté du bonheur pour faire l’éloge du vivre ensemble.

Des projets futurs ? Me faire un café et attendre la chose inattendu qui façonnera mon avenir. J’attends un magicien, pour me faire lire ce que j’écrirais dans quelques années. Je suis en train d’écrire remplis d’incertitude que je ne veux pas en parler.

"Je savais ce que je ne voulais pas devenir, mais je ne savais pas ce que je voulais devenir. J’avais une certaine attirance pour l’extravagance et le vagabondage. Ce qui m’intéressait, c’était le sens de la rébellion"

INSPIRATION

Vidéo “Debout dans la vie (Beo et Jeh)”

Qui est ton modèle dans la vie ? Je suis assez narcissique pour être mon propre modèle. Un créateur parle de lui-même. Il est obligé de parler seulement de lui-même. Mais en même temps, il y a tellement d’autres voix en moi. Je dois à Brel, à Fellini, à Marguerite Duras, à Tupac et à tant d’autre.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Je n’ai pas trouvé pour l’instant mais il y a des jours ou j’en ai des tas. Aujourd’hui, je n’ai que des clichés dans la tête.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? L’inspiration c’est d’avoir l’envie de faire quelque chose. La source est intarissable. Et je trouve que la vie à toujours beaucoup d’imagination, il suffit de la regarder.

"La vie à toujours beaucoup d’imagination, il suffit de la regarder"

MESSAGE

"Il faut qu’ils se perdent pour retrouver d’autres chemins"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes haïtiens/caribéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Ce serait de leur dire de ne pas être prudent. Il n’y a pas d’intensité sans risque. Il faut qu’ils se perdent pour retrouver d’autres chemins. Qu’ils se jettent corps perdu dans leur tentation impossible sans carte, ni boussole. Seule la prudence les égarera dans leur quête.

Quelle route déjà tracée, en faveur du développement de la société haïtienne,  devrait-on suivre ? Tracée par qui ? Ne m’en voulez pas, je suis un grand pessimiste. Mais je pense à la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal), je pense à Michelle Duvivier Pierre-Louis, je me dis qu’il reste quelque chose, une trace. J’admire beaucoup cette grande dame.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Je pense aux endroits où les copains se rencontrent, je pense à la soupe de la gauche chez Rodolphe Mathurin. Un espace de rencontre avec un dénominateur commun de tendresse

Un mot pour la fin ? Trois petits points de suspension pour laisser tourner et ne pas finir…

Beonard Kervens Monteau
©Sephora Monteau

Talan An Nou s’ouvre à la Caraïbe

Après des portraits de Guadeloupe, direction Martinique et Haïti

En Mars 2016, la fondatrice a décidé de couvrir les îles de la Martinique et d’Haïti. Depuis, de nombreux interviews de martiniquais et haïtiens ont été réalisés. Pourquoi cette ouverture géographique ? Trois raisons.

1. Forte demande dès sa création

Tout d’abord, dès le lancement de Talan An Nou en Octobre 2015, de nombreuses personnes souhaitaient que des Talents de la Martinique soient également présentés sur Talan An Nou. Cependant, à cette époque, Talan An Nou était uniquement réservé à la Guadeloupe. De plus, gérant ce site internet et ses réseaux sociaux (Facebook, Instragram, Twitter) seule, il était impossible de répondre favorablement à cette forte demande.

 

2. Évolution positive

Ensuite, Talan An Nou connait une belle évolution! En effet, Talan An Nou c’est près de 20 000 visites par mois, 22 portraits publiés de Guadeloupéens, une communauté de plus de 2 500 Talan sur les réseaux sociaux, un débat à succès avec près de 250 participants sur le thème de l’estime de soi levier de réussite (rétrospective ici).

Cette évolution entraine une activité de travail plus importante. L’équipe de Talan An Nou s’est donc agrandie (Enfin! Vous la découvrirez bientôt).

Tout cela représente une occasion parfaite pour Yasmyn Camier de concrétiser sa volonté de travailler pour la Caraïbe.

3. La Caraïbe, notre région voisine

Enfin, pourquoi la Caraïbe? Car cet arc-archipel est une zone géographique extraordinaire, hétérogène, diversifiée grâce à ces îles si différentes et uniques. Quelle frustration de constamment la réduire à une destination de vacances/carnaval ou d’en parler uniquement lors de catastrophes naturelles. N’est-ce pas ?

Voyager dans la Caraïbe rappelle que malgré nos différences (linguistiques, culturelles, socioéconomiques, etc.), notre « way of life » est la même… Il existe un esprit propre à cette région du monde que ni une langue, ni une nation, ni un statut colonial ne peuvent altérer. Nous sommes voisins mais vivons cloisonnés par nos limites territoriales.  (Pour approfondir vos connaissance sur la Caraïbe, le blog de la talenteuse journaliste Guadeloupéenne, Mylène Colmar, est à suivre)

Présenter des portraits de Guadeloupe, de Martinique, d’Haïti réunis sur un seul site participera fortement à:

  • Créer un pont entre ces îles et les rapprocher entre elles (bye le racisme anti-haïtien…) ;
  • Mettre en avant ces îles francophones de la Caraïbe si souvent oubliées (langue, statut) ;
  • Abattre les nombreux stigmates rattachés à ces régions (Caraïbe= exotisme, couleurs, fête, etc. Haïti= pauvreté, immigration, etc. Antilles françaises= France hexagonale, rhum, la coco, etc.) ;
  • Renforcer la coopération caribéenne et l’identité régionale caribéenne (très souvent négligée au détriment de l’identité nationale) ;
  • Valoriser ces territoires et ses habitants ;
  • Partager le succès, la réussite et inspirer, motiver via le portraits d’afrodescendants ;
  • Détruire l’idéologie du « Noir » incapable.

Il s’agit d’une nouvelle aventure excitante qui s’annonce riche et intéressante. On espère que vous continuerez d’adhérer avec autant d’engouement. On souhaite également la bienvenue aux nouveaux lecteurs qui nous rejoignent (il y a de la place pour toute le monde 😆 ).

La méthode restera la même. Si vous connaissez des Talan (dont vous), n’hésitez pas à nous contacter.

Encore merci à tous pour votre soutien, NOU ka travay.

I pati !

L’équipe Talan An Nou