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Romuald Seremes traduit la nature en mouvements TRANScendants. Qu'il espère résonneront assez fort pour participer à la mondialisation du gwoka.

Chorégraphe, metteur en scène et fondateur de la technique de danse KA KWE, Romuald Seremes nous offre une expérience unique à chaque représentation grâce à sa démarche holistique!

Nom: Seremes  Prénom: Romuald 

Age:  49 ans   

Couleur: J’aime toutes les couleurs mais il y des couleurs qui viennent plus à moi. C’est le bleu.

Profession: Chorégraphe, metteur en scène

Lieu de résidence: Abymes, Guadeloupe

Contact: Facebook, Youtube

PORTRAIT

"J’utilise la tradition pour faire ma révolution"

Peux-tu te décrire en quelques mots ? J’utilise la tradition pour faire ma révolution, j’ai mon inspiration de la nature et les grands. J’étudie beaucoup la spiritualité, l’Égypte Ancienne, l’esclavage de différents pays (Brésil, Haïti, Guadeloupe). J’aime beaucoup l’humain, la nature et j’y crois.

Et en un mot ? Ka kwè.

Que fais-tu de ton temps libre ? Je me repose, je me libère, j’essaye de m’envoler, je vais à la mer, dans les bois, je fais de la méditation.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Je vais de l’avant et je regarde qu’est-ce qu’on peut faire pour aller plus loin. 

Et irritante? J’essaie de contrôler mon émotion et transformer mon énergie négative en positif, si c’est possible, pour trouver un équilibre. 

Dans ta playlist, on trouve qui ? J’aime toutes les musiques. Notamment, celles par rapport à la colonisation et ce que nous sommes aujourd’hui. J’écoute les musiques du monde. J’écoute aussi beaucoup de gwoka ancien. Il y a des artistes qui m’inspirent plus que d’autre ça dépend du style que je travaille.

Ton artiste préféré ? Guy Konkèt, Robert Loyson, Cab Calloway, Michael Jackson.

Ton plat préféré ? Je n’en ai pas.

Un voyage mémorable ? Cuba NYC et Inde. Le festival de Carifiesta à Cuba et Trinidad (années 90). C’est là que j’ai compris ce que je dois faire avec le gwoka pour faire ma révolution.

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? Ancienne Egypte. Car pour moi c’est le début c’est la 1ère civilisation. La civilisation chinoise me fascine également.

"J’aime tout ce qui est étrange"

Des habitudes bizarres ? Je suis assez bizarre par rapport à la société. Il y a des trucs qui me vont pas et je me retire.

Un talent étrange ? J’aime tout ce qui est étrange. Si le monde me propose un pays, je l’étudie par rapport à ma culture, j’aime l’étrange pour prendre je vais chercher ce que l’on comprend pas pour qu’on puisse le comprendre. Ce que l’on ne voit pas avec l’œil on peut le voir avec l’esprit, l’âme car on n’est pas habitué avec.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? La respiration.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Pour moi rien ne s’arrête car même si on fait rien dans le passif on voit encore autre chose à faire, on peut progresser et aller encore plus loin. Rien ne s’arrête tout continue.

Ludovic Bibeyron, Romuald Seremes et Nelson Rogier
Ludovic Bibeyron, Romuald Seremes et Nelson Rogier (de gauche à droite)

PARCOURS

Djok Romuald Seremes Adéola Bambé
© Adéola Bambé

Quand as-tu décidé de devenir danseur? Et chorégraphe? J’avais une énergie. Cela a commencé quand je regardais des show variétés, des films de danse classique à la TV à 7 ans. J’essayais d’imiter tout ça avec euphorie. Et quand j’allais voir les films de karaté au cinéma Plaza (NDLR: ancien cinéma situé à Pointe-àPitre), je reproduisais tous les gestuels à la fin du film dehors. Les gens m’entouraient et me regardaient. Mon frère dansait aussi. Et de là c’est parti, on faisait des chorés et on montait sur scène. Puis, avec les clips de Michael Jackson, Lionel Richie, James Brown,… j’ai commencé à bosser plus des danses de rue.

Quelle a été ta formation ? J’ai commencé en tant que danseur de rue. Puis j’ai fait la formation pour obtenir mon Diplôme d’Etat. Ensuite, j’ai continué à l’école de danse Deshauteurs, à l’école de danse Scherrer et aussi chez Léna Blou. J’ai également reçu une formation professionnelle à Paris. reda puis J’ai gagné une bourse pour me former chez Alvin Ailey à NYC. Mon premier groupe a été celui avec Tony Mumba.

Avec la danse, que cherches-tu à transmettre ? La danse, en partant de l’Afrique, c’est quelque chose de noble. C’est thérapeutique, c’est un message, c’est quelque chose de divin. C’est être habité par quelque chose qui est invisible. Tu es obligé d’apporter un message à quelqu’un qui te voit à l’œuvre. Cela dépasse un truc social, c’est quelque chose de divin.

"Quand tu danses tu sors de toi [...] Dans la danse il y a tout. La danse peut transformer un peuple, les mentalités."

Comment te viens l’inspiration pour créer ? J’ai appris à regarder la nature, un arbre et comment le faire bouger. La transformation! Quand quelqu’un parle, observer comment son corps bouge, ses mots. Elle vient aussi de la poésie pour que la danse ait une expression qui peut tracer les mémoires, des trucs qui ont disparus, pour avoir un repère. Par exemple, les jeunes qui n’ont pas vu certaines choses, quand tu répètes certains mouvements c’est un truc ancestral, c’est la mémoire enfouie.

Quand tu danses tu sors de toi, tu vas chercher quelque chose?! Je libère mon corps, je fais des choses que je ne contrôle pas. Mon corps l’enregistre et après je fais un code avec. Je vais vraiment au fond de l’être. Dans la danse il y a tout. La danse peut transformer un peuple, les mentalités.

Comment est née l’association Djòk ? Il y a la compagnie Ki 3D Ka et il y a l’association Djòk.

  • Association Djòk

Pourquoi Djòk? Car je suis resté pendant longtemps sans rien faire, j’étais dans l’incapacité de faire des choses. Ce qui veut dire que même si je suis allongé, malade mon esprit doit rester djòk. C’est être courageux, être debout, c’est la verticalité. Un gwoka vertical..pou nou pa ka lagé. Djòk c’est rester créatif. L’association a été créée en 2007.

  • La compagnie Ki 3D Ka

C’est l’énergie du ka en 3D. Je prends les bases du gwoka traditionnel, la gestuelle stérétoypée, un gwoka improvisé/instantané et je le transcende. Je prends un truc à partir de la diversité car le gwoka c’est l’Inde, l’Afrique et l’Europe. Alors je cherche un pas par rapport au passé des ethnies, la yo soti, jan yo té yé. Je prends les 3 peuples, je fais des recherches an ka bay nivo grafik, nivo a ko ay. Je fais un mélange!

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser ton rêve ? Faire transmettre toute cette philosophie aux danseurs. Le gwoka n’est pas seulement une danse de rimé bonda. C’est une manière de vivre, c’est être véloce. Le gwoka c’est une transformation. Quand on souffre et qu’on danse/chante on transforme l’être pour être bien équilibré pou i pa soufé twop an lanm ay é an lespri ay. Il n’y a rien de difficile, il faut travailler. Si i fèt i bon ,si i pa fèt sé on dòt ki ké fèy. Gwoka sé on biten universèl, sé pa tradisyonèl, i pa ni fren i pa ni bayè i ka-y odela dè tout pansé, form. (Longue respiration) « J’utilise la tradition pour faire la révolution ». José Marty.

"Le gwoka n’est pas seulement une danse de rimé bonda. C'est une manière de vivre, c'est être véloce. Le gwoka c'est une transformation"

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Comment les as-tu surmonté ? Par rapport à un choix, on a toujours des obstacles. Moi c’est de sublimer le spectacle gwoka il suffit de rassembler les éléments. Fò-w travay an kachèt é soti an sèl kou.

Quelle est ta plus grande peur ? Des peurs j’en ai plein. La plus grande : la perfection. Puis j’ai compris que la perfection me mettait trop de barrières. Par exemple quand tu as des références comme des américains alors qu’il te manque du parcours pour faire comme eux. J’ai compris une chose: ne pas me battre pour la perfection mais me battre pour faire les choses.

Des projets futurs ? Faire connaître le gwoka à travers le monde entier. 

© IDLineStudio

INSPIRATION

Djok Romuald Seremes Adéola Bambé
© Adéola Bambé

Qui est ton modèle dans la vie ? J’aime bien Gandhi, Martin Luther King, le Christ, Cheik Anta Diop.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Les Mawons, ceux qui ont bati, osé car c’était interdit. Yo ozé !

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Le visible (la nature).

djok
© Facebook Djok Asosyasyon

MESSAGE

Djok Romuald Seremes
© Facebook Djok Asosyasyon

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Rêver c’est bien c’est la moitié d’une existence, s’asseoir réfléchir et agir. Réfléchir, regarder comment emmener l’action et ne pas lâcher. Faire une chose à la fois. Ne pas faire que rêver. Ne pas aller trop vite. Ne pas vouloir faire les choses en grand comme à la TV. Rester soi et ne pas lâcher, vivre sa vie. Choisir son rêve. L’action c’est beaucoup. Quand tu agis, pa palè onlo.

Quelle direction devrait-on suivre en faveur de notre société guadeloupéenne ? Je suis guadeloupéen et français par la colonisation. Je dois vivre avec mes plantes et mes arbres. Papa yaya, vélo tous les intellectuels guadeloupéens., travailler société pour y ay pli lwen.

" Je suis guadeloupéen et français par la colonisation"

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Quand il y avait des cyclones à l’époque on était vraiment fraternels. Il y avait des groupes qui se battaient contre l’injustice. On était plus compatriotes : sé an lanmen ka lavé lot. Aujourd’hui c’est l’individualisme et l’argent qui priment. La fraternité n’est plus pareil. Mais, ill y a quand même de l’espoir…

Un mot pour la fin ? Travaillons tous ensemble pour une économie guadeloupéenne, pou lè moun rèkonnèt nou, an nou travay tout ansanm, mantalité a kroch pa no plas a-y la. An nous amblé!

(Il rajoute) Fouté égo la an bwè car i pa ka méné nou pon koté.

"Travaillons tous ensemble pour une économie guadeloupéenne"

Qu'est-ce que le Kakwè ?

Le KAKWÈ est une Technique de Danse hybride originale et typiquement Guadeloupéenne. Créée par Romuald SEREMES à l’issue de ses nombreuses années de recherches et d’observations, cette danse gagne perpétuellement en maturité.

À l’instar du jazz, qui a pris naissance de la symbiose de différentes influences artistiques : jeux de jambes, claquettes, “Bounce”, et autres danses de rue, il fait naître une sorte de filiation entre la danse traditionnelle et la danse moderne, s’inspirant du courant Américain dans sa globalité.

Le Chorégraphe Romuald SEREMES va de fait cibler 5 pistes de recherches:

  • La Nature (la Faune et la Flore) et les Danses sacrées (Spiritualité, Postures du Yoga Egyptien)
  • Les Danses Sociales ou Populaires : La Biguine, le Gwo ka traditionnel, le Jazz, Le quadrille, les Danses de combat, les Jeux dits « de société » …
  • La Danse moderne
  • Le Théâtre et la Poésie créole
  • Les codes de la vie quotidienne (Gestuelle de travail, postures, manières typiques…)

Il découle du mariage de ces Danses, Pratiques spirituelles, Guerrières, Martiales et Populaires, une Danse Gwo ka plus riche, revigorée, dont le vide cognitif est comblé et dont la noblesse qu’elle mérite est réattribuée.

LA TECHNIQUE DE DANSE: Le Kakwè de Romuald SEREMES dépeint un Gwo ka en perpétuel mouvement. En effet, avant de récolter pléthore d’éléments du milieu culturel, le chorégraphe s’est construit sa propre « matrice » de réflexion. Il a commencé par faire du “Rapport au sol” le principe élémentaire de son travail: Trépignements, sauts, transferts de poids du corps, changements de niveaux etc.

Ces éléments vont lui permettre d’explorer d’autres constructions graphiques mettant en jeu distinctement le corps dans sa globalité et ses différentes parties : le bassin (siège de l’utérus chez les femmes, il est l’élément moteur de tout mouvement), les hanches, le buste, le port de tête etc. Cependant, le fondement de son travail, même s’il passe par des exigences techniques de base anatomique d’alignement et de connexions articulaires, il va au-delà de tout formalisme et touche ce qui nous relie au plus profond de nous-même, c’est à dire à une véritable énergie ancestrale : “le Ka ancestral” ou ce qu’il appelle encore la “Mémoire enfouie”.

LE CONCEPT DU “KA ANCESTRAL”

LA MÉMOIRE ENFOUIE C’est le paroxysme, l’état d’ivresse, d’improvisation, de spontanéité où le danseur est habité et entre dans une sorte de « transe » sans exécuter de pas stéréotypés ou acquis. Au-delà de toute exécution préméditée ou chorégraphiée, il s’agit ici d’une Résonnance des origines et de l’environnement qui sont propres à l’individu. C’est l’écho même de nos racines. « La Mémoire enfouie ressurgit de façon inconsciente dans le mouvement du corps. » Romuald SEREMES.

© Facebook Espace Danse Wargnier

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