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Megguy Bordée est chargée de projet, chorégraphe de gwoka et fondatrice de la Compagnie l’Essens. FEMME Talentueuse, découvrez-la…

“Chercher la difficulté pour devenir courageux” 

 

Nom: BORDÉE Prénom: Megguy

Âge: 28 ans Couleur préférée: Rouge

Dicton: « C’est lorsque l’homme parle en son nom qu’il est le moins lui-même donné lui un masque il vous dira la vérité » Oscar Wilde

Activité professionnelle: Chargée de projet

Lieu de résidence: Baie-Mahault, Guadeloupe

Contacts: La page Facebookle site

 


PORTRAIT 


 

Peux-tu te décrire en quelques mots ? J’ai espoir en demain, je mets ma volonté au service de cette cause future. Je suis une femme claire et déterminée.

Et en un mot ? Précise.

Que fais-tu de ton temps libre ? Je prépare mon temps plein !

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et une situation irritante ? Je suis ravie des situations positives, mais je les trouve plus ou moins fausses, car après le beau temps il y a la pluie, je pardonne mais je n’oublie pas, je crois qu’il est important de rester sur ses gardes, surtout après la victoire et durant les moments joyeux. Les situations irritantes sont la raison de mon combat, ce pourquoi je travaille. Il n’y aura de véritables situations positives que quand nous aurons fait disparaître toutes les situations irritantes.

Dans ta playlist, on trouve qui ? London Grammar, Kolo Barst , Edith Lefel, Withney Houston, Schubert, Mozart, l’Opéra Rock de Mozart.

Ton artiste préféré ? Edith Lefel, car je trouve passionnante sa vision artistique : elle a une manière élégante d’aborder de la vie, une musicalité parlante, un art de dire les choses. J’apprécie également sa présence féminine, son imposante éloquence. 

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Edith Lefel, 1992

Ton repas préféré ? Malgré les grands plaisirs que j’ai à déguster certaines spécialités, le repas que je pourrais manger tous les jours est simplement à base de bananes jaunes, patates douces et court-bouillon de poisson.

 

“Il y a en moi une force, une Megguy non palpable, qui se souvient de tout et m’apporte une aide nouvelle au moment opportun.”

Un voyage mémorable ? Mon voyage en Italie fut marquant car il m’a permis d’apprécier une architecture flamboyante, et de me plonger véritablement dans un cadre historique. Ce fut un voyage d’art très parlant pour moi, me permettant de revisiter et d’imaginer cette conquête de l’Homme, qui est celle du travail, de la grandeur, du pouvoir, et sa recherche de la beauté.

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? J’ai une profonde fascination pour la culture nippone. Les japonais sont vraiment marqués par une sagesse dont ils ne se vantent pas, et que personne n’oserait mettre en cause. J’apprécie son rapport à la matière et l’exclusivité de leur culture artistique.

Des habitudes bizarres ? Un talent étrange ? J’ai l’habitude de donner, et l’habitude bizarre de ne pas comprendre le souhait de l’autre, quand il veut me donner en retour. Je perçois ce geste assez difficilement à vrai dire, et j’émets souvent une réaction de rejet. Parfois, quand mon moral est à zéro, après des moments durs ou de grandes difficultés, une période d’errance de l’esprit s’impose et il s’opère en moi, comme une régénération, au cours de laquelle apparaît une nouvelle personne, qui a pardonné, et se retrouve au final, à remercier ces moments qui lui ont permis de grandir davantage. 

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©Kafé Foto – Spectacle de danse l’Apocalypse “La fin de rien…”, Mai 2015

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Il y a en moi une force, une Megguy non palpable, qui se souvient de tout et m’apporte une aide nouvelle au moment opportun.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Je referai ma vie, car au final je fais ce que je veux vraiment, et quand je voudrais autre chose, je me donnerai les moyens pour y arriver.


PARCOURS


Quelle a été ta formation ? Je ne conçois pas la formation d’une manière identique à la plupart des gens : pour moi il s’agit d’un état d’esprit, voire plus que cela, c’est un plan qui existait bien avant moi et dont je ne suis que le produit. C’est quelque chose qui me dépasse, le chemin par lequel je « deviens », et je m’ « accomplis » avec le temps. 

Comment est née ton école de gwoka Kleth-Nika ?  L’apparition de Kleth-Nika est due à une histoire de destin : on peut dire qu’elle marque le franchissement d’un pallier dans ma vie. J’ai ressenti que le moment était arrivé pour réaliser ce projet.

Comment te vient l’inspiration pour créer ? Il est important de savoir que je suis solitaire, tout en appréciant le contact à l’autre. Ces moments passés avec moi-même sont très importants, ils me permettent d’entendre la voix de mon corps, j’ai d’ailleurs écrite une pièce nommée « La voix du corps ». C’est cette errance de l’esprit, semblable à un voyage indispensable, qui me permet de percevoir ma musicalité essentielle, et qui m’invite à partir dans une dérision artistique, qui échoue aux rives de la nature humaine. Cette nature humaine que je pense parvenir à percevoir par ma sensibilité, et ue je retranscris dans mes œuvres.

Avant le milieu associatif, que faisais-tu ? Pendant ma jeunesse, à huit ans, j’étais à la chorale de mon église, ma voix s’est mise à la disposition du chant et au service des autres. A onze ans j’étais chef de chœur de cette même chorale, où j’ai pu observer les différentes voies de la musicalité. Ce sont ces souvenirs qui résonnent encore dans mes démarches, de manière anachronique on peut dire que ce fut véritablement une expérience bénéfique pour mon art actuel. Du chemin a été fait, je ne le nie pas. Mais quand je vois la place qu’on propose aux musiciens de gwoka, les cachets parfois indécents, le fait que les gens s’en tapent. Le fait aussi que ça paraisse normal à ces mêmes gens de payer une fortune et de remplir un stade pour un artiste national ou international en vogue, alors qu’il leur est inconcevable de supporter leurs artistes locaux. Je ne tire pas que sur le peuple guadeloupéen, c’est un phénomène mondial. Mais chez nous, il faut aussi compter avec l’aliénation culturelle qui fait encore des ravages.

“Mes actions s’insèrent dans la continuité de mon art : c’est mon devoir, je ne fais que les dire.”

Que défends-tu à travers tes projets ? Je ne défends rien. Si c’était le cas je serai déjà dans un rapport conflictuel avec un point de vue émis, et avec lequel je ne suis pas d’accord. Plutôt que de m’y opposer, je cesse juste de lui donner vie dans mon existence. Se défendre, ce serait accepter d’être sous l’emprise, d’être soumise à cette justice que je trouve inadaptée. Je peux juste dire que mes actions s’insèrent dans la continuité de mon art : c’est mon devoir, je ne fais que les dire.

La reconduite de ton spectacle L’apocalypse, ta collaboration avec Romuald Seremes, Directeur artistique de Djòk … comment cela s’est passé ? J’observais Romuald Seremes silencieusement, je crois que le moment n’étais pas encore arrivé pour que nous puissions collaborer, mais peu à peu nous nous sommes rapprochés, et c’est sur le projet l‘Apocalypse que nous avons pu véritablement débuter notre travail ensemble. Aujourd’hui les choses prennent forme, il y a des hauts et des bas. Les choses sont juste ce qu’elles sont, et plutôt que d’entrer dans une logique de « norme », je fais tout pour m’adapter à la situation.

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Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser ton rêve ? Dire que j’ai atteint mon rêve serait me limiter à mon passé. En réalité j’ai un plan de vie dans mon esprit, qui évolue, il est immuable tout en étant changeant, et vice versa, je m’adapte aux aléas de la vie mais je ne crois pas à la notion d’ « arrivée », juste au « chemin ».

Quelle est ta plus grande peur ? Ma plus grande peur vient d’autrui : lorsque je rencontre des personnes, je me trouve rapidement imprégnée de leurs problèmes et je suis alors parfois bien trop investie.

Des projets futurs ? Les choses viennent à moi, de plus je ne pense pas qu’il soit bon de parler des choses encore immatérielles, il vaut mieux attendre leur réalisation.

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©Photo Alain – Romuald Seremes, Megguy Bordée et Stella Moutou (De Gauche à Droite), Spectacle de danse l’Apocalypse “La fin de rien…”, Mai 2015


INSPIRATION


Qui est ton modèle dans la vie ? C’est celui qui a accepté de me conter mon moi en me révélant des choses que j’ignorais, et en me rappelant des choses que j’oubliais à mon propos ; celui qui m’a donné confiance en moi : il vient équilibrer l’atmosphère qui m’entoure, compléter mon être, tout en étant opposition, il est idéal.  

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Il est parfois bon d’aller à l’essentiel, ainsi, je reviens sur la question précédente en la définissant en un mot : ma moitié.


MESSAGE


 

“Profiter des difficultés, des personnes qui nous barrent la route, et de tous les obstacles, pour viser encore plus haut”

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ?  Je leur dirai de chercher la difficulté pour devenir courageux. Je pense qu’il faut avoir un plan dans sa vie, se fixer des objectifs, puis mettre toute notre force et notre sérieux (sincérité) à les mettre en œuvre. Je pense qu’il faut voir les choses avec un point de vue constructif, et qu’il faut profiter des difficultés, des personnes qui nous barrent la route, et de tous les obstacles, pour viser encore plus haut, travailler encore plus. Tout ce travail passe par une foi certaine, et une conviction pour la mettre en forme. Tout dans la vie répond à une logique d’organisation, de gestion, et ne pas agir de la sorte, c’est avoir un destin semblable à une boule qui dégringole jusqu’au néant.

Quelle direction devrait-on suivre pour améliorer notre société guadeloupéenne ? Maryse Condé est pour moi un véritable exemple de l’investissement ; à travers ses œuvres on a clairement pu reconnaître une rythmique antillaise : en plus d’ouvrir le monde à nous, elle nous ouvre au monde, j’ai envers elle une grande admiration.

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Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? J’admire le déroulement de l’histoire haïtienne et le courage dont fait preuve le peuple de cette île, et ce malgré toutes les difficultés auxquelles il est confronté.

Un mot pour la fin ? Je n’aime pas parler de fin, je suis la première à parler de la « fin de rien », parce que selon moi, les choses s’inscrivent dans une chronologie qui se bonifie à chaque instant davantage. Chaque seconde nouvelle, remplie d’espoir et de l’expérience que nous apporte l’histoire passée, nous pouvons tout changer, ce qui est un véritablement cadeau. Pour moi, il n’y a pas de problème, que des solutions, pas de fins, que des débuts. Il est important de ne pas accepter tous les cadres que l’on nous propose, et véritablement s’inscrire dans l’unicité, tout en étant dans l’harmonie, et d’avancer sereinement vers la continuité, demain, l’éternité…

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COMPAGNIE L’ESSENS

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Propos recueillis en Avril 2015

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