Category: Musique
Flo, Auteur et Entepreneure

Basée à Miami depuis plus de 10 ans, FLO est une rappeuse qui démontre que le hip-hop n’a pas de frontière. Anglais, créole, français…ses lyrics sont toujours gage d’un flow original. Artiste guadeloupéenne tombée dans le mouvement depuis les années 90, devant un mic ou encore des jeunes américains, son objectif reste le même: transmettre son amour de la musique et de sa culture. Le 23 Mars 2018 sortait son premier opus “A long time coming”, savoureux mélange de rap/hip-hop/kako/electro… Rencontre avec ce Talan incroyable du rap game

Nom: FLO Couleur: Pink et turquoise pour le summer, j’aime bien la couleur corail aussi.. sinon les couleurs de terre, le vert le marron, mais aussi le noir!

Dicton: Sé kouto sèl ki sav sa ki ni an kè a jiromon

Activité professionnelle :Auteur & Entrepreneure

Lieu de résidence: Miami

Contact: son Instagram, son Twitter, son YouTube, son Facebook @gwadaflo

Prix: Participation aux Bet Hip Hop Awards 2007,  dans la Cypher (freestyle) #3

PARCOURS

"Arriver à mélanger toutes mes sources d’inspirations musicales était le challenge"

Quand as-tu décidé de devenir rappeuse et pourquoi? Je n’ai pas vraiment décidé… Quand la culture Hip Hop est arrivée à moi fin des années 90, j’y ai vraiment adhéré puis progressivement j’ai participé à cette culture en tant que rappeuse. Après pourquoi j’ai choisi de m’investir de façon plus professionnelle au fil des années, c’est parce que j’en avais fait une discipline qui regroupait pas mal de choses qui m’intéresse. De l’écriture au design ou de mon travail en tant qu’éducatrice au marketing. Et puis surtout, je prends mon pied. Tant que créer de la musique restera un kiff, je continuerai à en faire.

Trois mixtapes, plus de 10 années aux États-Unis, des programmes éducatifs*, etc. Comment gères-tu cela ? Le 23 Mars, j’ai sorti mon premier album commercial il s’intitule « A Long Time Coming » on y retrouve des featurings tels que Dominik Coco, Jean-Michel Rotin ou Wozan Monza sur des compositions d’Exxòs et de Staniski sur un titre. Le 31 Mai à Lakasa (Guadeloupe), j’ai invité du beau monde à un showcase privé de présentation du projet, qui a reçu un accueil très chaleureux. Alors tout cela est la consécration de pas mal de projets effectivement: 3 mixtapes et un premier projet street album « Aflowdiziak » qui a vraiment laissé sa marque sur l’underground Hip Hop Kréyòl Gwada. Beaucoup de singles aussi sur toutes les plateformes digitales et des clips de qualité avant la sortie de l’album « A Long Time Coming » m’ont permis de créer ce momentum pour mon premier album. La gestion c’est surtout de savoir s’adapter car aujourd’hui les choses bougent vite surtout dans l’industrie de la musique. Et puis, bien s’entourer. Big up au passage à Naïka d’Ikone Caraïbes, au Kako Label, à Reedan, Xavier Dollin et Street Jam!

Raconte la genèse de ton projet. J’avais effectivement sorti pas mal de mixtapes sur des instru connues (Face B) ou aussi des titres originaux. Cependant, quand j’ai pensé à cet album, je voulais réussir à créer des sonorités qui me représentent vraiment (pas que mon côté Américaine ou Caribbean). Arriver à mélanger toutes mes sources d’inspirations musicales était le challenge. Petit à petit, en créant j’ai filtré les choses jusqu’à ce que je me retrouve avec beaucoup de morceaux qui fonctionnaient bien avec Exxòs. Alors on s’est concentré sur notre alchimie et tout naturellement l’album a pris forme progressivement…C’est ainsi qu’on retrouve le titre « When you come around » avec Jean-Michel Rotin qui a une influence Zouk R&B, « An Rèv An Mwen » avec Dominik Coco qui mélange un son Kako avec des batteries Rock ou des vibes Reggae-Hip Hop avec Djahibre sur le titre « One Love ». La fondation Hip Hop est bien là, avec une couleur Electro et Afrobeat Kako style !

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser tes rêves ? Je suis encore en train de rêver de pas mal de choses que je n’ai pas encore accomplies. Mais jusqu’à présent, le plus dur je trouve c’est vraiment d’être le leader de son propre rêve tout en arrivant à bien s’entourer, enfiler plusieurs casquettes à la fois dans des projets en auto-prod… Sans relâche, s’armer de patience et de persévérance pour arriver au bout de chaque étape. Pas toujours évident sans label ou de trouver des partenaires qui jouent le jeu.

 

*Reportage de France Ô “FLO, la rappeuse militante” à visionner ici

"Les principaux obstacles que j’ai pu rencontrer venaient plutôt de moi-même"

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie? Comment les as-tu surmonté? Les principaux obstacles que j’ai pu rencontrer venaient plutôt de moi-même. Certaines peurs, des doutes qui ont bloqué ma progression, ont pu parfois me faire perdre de belles opportunités. Je les ai surmontés en devenant de plus en plus consciente de tout cela justement, et en arrêtant de pointer le doigt sur les autres quand les choses n’allaient pas dans le sens que je voulais.

Quelle a été ta formation? J’ai un Bachelor en Journalisme et Communication de masse. Je suis également autodidacte en infographie.

Quelle est ta plus grande peur ? Pas fan du tout des animaux rongeurs en tous genres, pour ne pas citer mon ennemi principal lol.

Des projets futurs? Pour le moment le développement de cet album « A Long Time Coming » avec de nouveaux marchés à conquérir, tels que les States, l’Afrique, la France ou encore le reste de la Caraïbe. Ainsi que, la préparation de la sortie du prochain single « Work it », titre composé par Staniski!

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Crédits photo: Xavier Dollin

INSPIRATION

Qui est ton modèle dans la vie ? Dans la vie, mes parents avant tout. Je peux toujours me référer aux valeurs qu’ils m’ont inculquée pour prendre certaines directions ou gérer des situations difficiles. Puis, plein d’autres personnes m’inspirent: certains amis pour leur façon admirative d’élever leurs enfants et des créatifs en tous genres qui poussent leurs limites. 

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui? Pourquoi? Je dirais Assata Shakur pour le coté révolutionnaire à n’importe quel prix de cette militante ou Angela Davis pour le féminisme black et la résistance par le savoir.

Quelle est ta principale source d’inspiration? Comme mon écriture est relativement introspective, du coup quand je prends le temps de faire face à certains sentiments, des peurs ou juste des situations qui peuvent être difficiles ou pas, c’est à ce moment que je suis plutôt inspirée. Ma principale source d’inspiration me vient des interactions que j’ai avec les gens, de mes sentiments sur certains sujets de société, de mes propres cheminements.

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Crédits photo: Adéola Bambé

MESSAGE

"Nos peurs sont nos limites, donc c’est important aussi de ne pas négliger la construction d’une belle spiritualité pour nous accompagner dans nos rêves"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves? Les plans sont les plans et c’est bien d’en avoir. Mais la capacité d’acceptation et d’adaptation aux plans qui n’ont pas marché comme on voulait est selon moi la clé pour atteindre certains rêves. Chacun son timing, on dit souvent « sky is the limit » mais je crois que nos peurs sont nos limites, donc c’est important aussi de ne pas négliger la construction d’une belle spiritualité pour nous accompagner dans nos rêves.

Quelle direction devrait-on suivre en faveur de notre société guadeloupéenne? En un mot je dirai responsabilisation, car personne ni aucun système ne le fera pour nous. Travail et amour, écoute et tolérance…la base quoi!

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu? J’aime beaucoup les actions associatives de proximité qui favorisent le lyannaj intergénérationnel et la santé publique.

Un mot pour la fin? Merci à TAN pour cet entretien et à vos lecteurs. Je vous invite à découvrir mon univers à travers mes clips vidéos sur youtube.com/freemyflo. Take care!

Album disponible en physique en Guadeloupe à la Fnac de Collin Petit-Bourg ainsi que sur iTunes,
Spotify et Deezer.

Avant de se quitter, découvrez FLO plus en détails: 

PORTRAIT

Flo
Crédits photo: http://thesystemlife.com

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Small island girl with big city dreams!

En un mot? F.L.O. (F.or L.overs O.nly)

Que fais-tu de ton temps libre ? J’essaie d’être libre de mon temps Freemyfloo! (rires) En général j’en profite pour me reposer, me mettre à jour sur mes séries Hulu, regarder des interviews, des clips et quelques gossips sur YouTube. Cette année, j’ai commencé le crossfit donc c’est ma routine sportive, je cuisine un peu… J’aime bien faire des concerts, des festivals, un petit match NBA de temps en temps, des expo d’art. Les plages et rivières, la famille… si je suis au péyi c’est un must!

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et une situation irritante ? Les énergies positives et négatives coexistent donc je crois que maintenant plus ça va plus j’essaie de prendre du recul sur des situations irritantes, et de me nourrir des expériences positives. Heureusement que chaque jour on peut toujours faire mieux qu’hier… ou pas! Lol.

Dans ta playlist, on trouve qui ? Ces temps-ci j’écoute tous les derniers projets avec Kanye (Nas, PushaT, Kid Cuddi…) Le dernier de Rae Sremmurd, le ASAP Rocky, et j’ai commencé á écouter Book of Ryan de Royce Da 5’9 … Sinon j’adore le dernier album de Solange, j’aime bien SZA, la bande sonore de Black Panther, beaucoup de west coast… Kendrick, Nipsey Husslte, YG, The Game… aussi du Dave East, Cardi B, A Booggie, Rapsody, Jhené Aiko, Miguel, Anderson .Paak, Chonixx, Jidena, Jean-Michel Rotin, Fabolous, du jazz du reggae et plein d’autres…

Ton artiste préféré ? Beaucoup pour n’en citer qu’un alors, Lauryn Hill, Nas, Tupac, Missy etc.

Ton repas préféré ? J’aime beaucoup la cuisine thaï… Pas vraiment de repas préféré, je suis gourmande j’aime beaucoup de choses… En cuisine locale, je dirais le fricassée de lambi. Et tout ce qui est poisson et fruits de mer en général.

Un voyage mémorable ? Un voyage en Californie á Oakland quand j’étais ado. Je crois que c’est vraiment à ce moment que mon envie de vivre aux USA s’est renforcée. J’étais dans une famille afro à la Cosby show avec 2 filles dont une un peu plus âgée que moi qui voulait me montrer la life! J’ai vraiment aimé la vibe à Oakland.

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? A travers mon expérience je réalise vraiment la richesse de chaque culture et comment elles coexistent en général et aussi en nous. Beaucoup des cultures du continent Africain et des régions de la diaspora où la colonisation a eu lieu me fascinent car on peut s’y retrouver soi-même d’une autre manière…

Des habitudes bizarres ? (Rires) Je peux être un peu maniaque en tant que bonne vierge née en Septembre, mais rien de bizarre…Enfin pas à ma connaissance, lol!

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Les enfants et Mère Nature.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Un peu cliché mais je me dis qu’au final chaque matin, quand je me réveille je vis mon plus grand rêve. Nous vivons tous une réalité unique par la nature même de nos génomes. Donc le plus grand rêve qu’on peut vivre est celui qu’on se laisse à imaginer. Pour être pragmatique, je dirais que de pouvoir voyager sans limites et voir du pays, des cultures c’est quelque chose qui pourrait représenter «vivre mon plus grand rêve».


Beonard Kervens Monteau, Écrivain, Slameur & Comédien

Beonard Kervens Monteau est un écrivain, slameur, comédien. À 25 ans, il inonde le papier de son esprit poétique à la recherche de “justice, tendresse et générosité”. Né à Port-au-Prince, il a voulu être critique littéraire. Finalement il préfère écrire pour vaincre la mort, notamment! Rencontre avec ce jeune haïtien, ô combien passionné!

Nom: Monteau PrénomBeonard Kervens Age:  25 ans Couleur: J’ai plutôt tendance à être caméléon, mais il me semble que j’ai beaucoup d’affinité avec le rouge.  

Dicton : ni dieu, ni maitre Activité professionnelle : Ecrivain, Slameur, Comédien

Lieu de résidence : Haïti  Contact: Facebook: Beo Monteau, Twitter: @woklobeonard, Instagram: Beo Monteau

PORTRAIT

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Je suis un emmerdeur professionnel. J’ai beaucoup de complicité avec le risque. Je pense que je suis très généreux. Je suis un fonceur et je ne suis pas du tout sur de moi. Je me tâte toujours. J’adore l’aventure.

Et en un mot ? Passionner.

Que fais-tu de ton temps libre ? Je le passe surtout à vivre, après il m’arrive de beaucoup lire, de rire et de faire à manger.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et une situation irritante? Dans les deux cas, j’angoisse. Je suis un écorché vif qui a toujours peur. J’angoisse et quand l’angoisse cannibale me mange les tripes, je finis par vomir et puis, ça va mieux. Je suis content face a la situation positive et pour l’irritante, je me prépare à faire des bonds, ne pas gaspiller ma vie à me morfondre.

Dans ta playlist, on trouve qui ? Il y a un super DJ que je ne me lasse pas d’écouter : Jonas Blue. Après, on trouve un peu de tout sur mon Deezer : Zachary Kibbee, Stevy Mahy, Sylvan Esso, Souleymane Diamanka, Rihanna, Ricky Blaze, PIC, Pharell Williams, Misié Sadik, Leo Ferré, Erol Josué, James Germain, Izolan, Christophe Maé, Beyoncé, les colocs, les sœurs Boulay, Edgar Sekloka, Emeline Michel, les Chainsmokers, Shawn Mendes. Je ne veux pas oublier le « Only for you » de Phyllisia Ross. Finalement je pense que je ne pourrais pas tous les citer, mais de la musique ce n’est pas ce qui me manque.

Ton artiste préféré ? Miss Lauryn, Lauryn Hill. The Miseducation est le meilleur album de tous les temps, passé et à venir. J’ai eu la chance de la voir en concert dans le festival de jazz de Montréal en 2016, Miss Lauryn me fait tout simplement frémir tellement elle est sublime.

Ton repas préféré ? Riz blanc et sauce chili. Je ne sais pas pourquoi. J’ai mangé du riz blanc avec de la sauce de chili chez mon ami Allenby Augustin et depuis c’est mon plat préféré.

Un voyage mémorable ? Je pense à Montréal, l’été 2016. J’étais venu pour deux mois pour me ressourcer finir mon recueil de nouvelles. Je suis reste finalement cinq mois et j’ai l’impression que j’aurais pu rester 40 ans. De mémoire de vagabond, j’ai retrouvé à Montréal quelque chose que je n’ai jamais vu, ni senti ailleurs. Quelque chose de l’ordre de l’impalpable, une magie. J’ai respiré la ville, la littérature, cette curieuse façon qu’ont les langues de s’emmêler, la musique, les gens, les festivals. Et puis cette possibilité de pouvoir se jeter dans le risque.

"Lauryn Hill. The Miseducation est le meilleur album de tous les temps, passé et à venir"

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? J’adore découvrir. Je n’ai pas une culture particulière.

Des habitudes bizarres ? Un talent étrange ? Des habitudes bizarres, voyons, je suis capable de mourir de faim à côté du sandwich qui est là, sur ma table de travail. J’arrive tellement à oublier les besoins de mon corps quand j’écris. Talent étrange : je plais aux chiens, j’établis très vite de très grand rapport de tendresse avec les chiens.

Dans la vie, qu’est-ce qui est important à tes yeux ? La vie, pardi. Il me manque un certain contrôle sur l’espérance de vie. Encore que je suis athée, grâce à Dieu (rires). Je ne crois pas à aucune arrière monde où je vais continuer à vivre avec une robe blanche et une trompette. Je pense pouvoir dire, non merci a n’importe quel quantité de vierges qu’on m’offrirait, alors je brule ma vie par les deux bouts ici avant de redevenir poussière, poussière sans aucun dieu de cacher a l’intérieur. La vie, parce que la mort m’obsède. C’est pour ça que j’écris, pour sauver ma vie et celle de ceux que j’aime.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Le désespoir n’est pas une mauvaise chose. Je préfère le désespoir à l’espoir, ça vous pousse à essayer de savoir votre limite le désespoir et à le surpasser, une course contre vous-même. Je ne veux pas d’espoir, c’est un beau mensonge qui nous fait stagner.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? J’ai une obsession de la solitude. Une maladie, je dirais. Mon rêve sera d’avoir mon bateau et de partir seul sur la mer pour me redécouvrir, faire la paix avec mes paysages intérieurs. Je pense qu’il y a un prix à payer pour faire un métier qui te rend aussi insupportable. Qui te fait ménager les autres sans arriver a bien les aimer. Il n’y a que la mer comme espace illimité ou le regard se noie, en se perdant pour retrouver sa propre identité.

"La vie, parce que la mort m’obsède. C’est pour ça que j’écris, pour sauver ma vie et celle de ceux que j’aime"

Beonard Kervens Monteau
©Pierre Michel Jean

PARCOURS

"Il y a un recueil de nouvelles qui va sortir bientôt, plus d’une quarantaine de texte de slam"

Quelle a été ta formation ? J’ai étudié les lettres modernes à l’école normale supérieure de l’université d’état d’Haïti.

Quand as-tu décidé de devenir écrivain ? slameur ? comédien ? Quelles sont tes œuvres ? Je ne crois pas que j’en ai eu conscience. Il y a une impossibilité à définir le moment d’un choix, où l’on comprend qu’entre mille autre chose on ne peut faire que celle-là. Je savais ce que je ne voulais pas devenir, mais je ne savais pas ce que je voulais devenir. J’avais une certaine attirance pour l’extravagance et le vagabondage. Ce qui m’intéressait, c’était le sens de la rébellion. J’avais besoin de quitter le code et je me suis mis comme ça à écrire, très tôt, sans ambition, pour remplir un vide.

Un camarade après un cours au lycée, m’avais emmené voir une répétition de la troupe Dram’art et je suis resté travailler sur un récital et ça a été le grand amour avec le metteur en scène Rolando Etienne et Gregory Alexandre. Et à cette même espace de la Bibliothèque Etoile Filante où l’on répétait, l’écrivain Bonel Auguste faisait les «Dimanches en poésie », j’y allais pour dire mes textes un peu bizarre qui empruntait et à ma culture hip-hop et à la poésie conservateur, un mixte bizarre qui plaisait aux gens. Un dimanche, Guezz Eliezer m’a dit que l’on appelait ce que je faisais du slam et on a monte un collectif : Feu Vers, pour sortir le public de sa zone confort.

Il y a un recueil de nouvelles qui va sortir bientôt, plus d’une quarantaine de texte de slam. J’ai travaillé sur plusieurs pièces de théâtre, sur plusieurs spectacles aussi, animé des ateliers d’écriture, des concerts et un long métrage avec le réalisateur François Marthouret, tourné entre Guadeloupe et Haïti. Je pense à plein de chose très varié tel que Slamasutra avec Feu Vers ou la mise en espace d’ « A l’ouest rien de nouveau » de Erich maria Remarque. Je pense à ma collaboration avec Emeline Michel sur le concert « Cœur à Cœur ». Je pense au projet Vwalye, la tournée Nationale et après une autre international, je pense à un Festival en France « Les accroches-cœur d’Angers » avec la brigade d’intervention théâtrale haïtienne (BITH).

Tu voulais être critique littéraire, pourquoi ce changement ? Je pense qu’il y a eu un appel, une envie de donner ce que j’avais, que de rester qu’à légitimer ce qu’écrivent les autres. J’ai répondu à une nécessité qui ne venait pas de moi et qui ne concernait pas que moi. Quelque chose qui tire la parole de moi et qui m’appelle à dire.

Beonard Kervens Monteau
©Gio Casimir

"J’écris pour contrer la mort. Tenter de me sauver, moi et quelques autres. Tuer le pathétique de la disparition des hommes."

Que défends-tu à travers ta position ? Quels sont tes domaines d’expertise ? Je ne défends pas quelque chose de précise. J’écris pour contrer la mort. Tenter de me sauver, moi et quelques autres. Tuer le pathétique de la disparition des hommes. Et il arrive de temps en temps aussi que la littérature face respirer le monde alors je continue.

Te considères-tu comme un porte-parole des jeunes Haïtiens ? Non, je suis une aspirine pour eux le temps d’une chanson, d’un roman ou d’un poème, c’est une part de don. Je n’ai pas une parole, une idée arrêté, un message, je ne suis pas le facteur. Je cherche comme tout le monde une certaine idée de la justice, de la tendresse et de la générosité.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Comment les as-tu surmontés ? J’ai le goût des obstacles, le goût du naufrage. Les atmosphères de décadence, d’écroulement, d’apocalypse ne m’a jamais découragé. Cela me donne envie d’être attentif pour le raconter dans un livre. Je suis doté d’un mécanisme psychologique particulier, tout déplaisir, peur, crainte, dette, obligation, se transforme en matière à raconter. C’est chanceux comme cynisme, penser venir au monde seulement pour le raconter aux autres. Je suis d’un narcissisme affreux, expansif, mais quand même généreux, parce que je ne peux pas la fuir.

Quelle est ta plus grande peur ? J’ai peur d’être heureux, de cesser de griffer comme un chat pour de la tendresse. Ce sera finit de moi. Je perdrai la voix et perdre la voix est analogue à être enterré vivant. Je veux encore trainer mes angoisses et n’avoir pas de prédisposition au bonheur. Curieux, quand avec mes deux meilleurs potes, j’ai crée la communauté du bonheur pour faire l’éloge du vivre ensemble.

Des projets futurs ? Me faire un café et attendre la chose inattendu qui façonnera mon avenir. J’attends un magicien, pour me faire lire ce que j’écrirais dans quelques années. Je suis en train d’écrire remplis d’incertitude que je ne veux pas en parler.

"Je savais ce que je ne voulais pas devenir, mais je ne savais pas ce que je voulais devenir. J’avais une certaine attirance pour l’extravagance et le vagabondage. Ce qui m’intéressait, c’était le sens de la rébellion"

INSPIRATION

Vidéo “Debout dans la vie (Beo et Jeh)”

Qui est ton modèle dans la vie ? Je suis assez narcissique pour être mon propre modèle. Un créateur parle de lui-même. Il est obligé de parler seulement de lui-même. Mais en même temps, il y a tellement d’autres voix en moi. Je dois à Brel, à Fellini, à Marguerite Duras, à Tupac et à tant d’autre.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Je n’ai pas trouvé pour l’instant mais il y a des jours ou j’en ai des tas. Aujourd’hui, je n’ai que des clichés dans la tête.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? L’inspiration c’est d’avoir l’envie de faire quelque chose. La source est intarissable. Et je trouve que la vie à toujours beaucoup d’imagination, il suffit de la regarder.

"La vie à toujours beaucoup d’imagination, il suffit de la regarder"

MESSAGE

"Il faut qu’ils se perdent pour retrouver d’autres chemins"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes haïtiens/caribéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Ce serait de leur dire de ne pas être prudent. Il n’y a pas d’intensité sans risque. Il faut qu’ils se perdent pour retrouver d’autres chemins. Qu’ils se jettent corps perdu dans leur tentation impossible sans carte, ni boussole. Seule la prudence les égarera dans leur quête.

Quelle route déjà tracée, en faveur du développement de la société haïtienne,  devrait-on suivre ? Tracée par qui ? Ne m’en voulez pas, je suis un grand pessimiste. Mais je pense à la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal), je pense à Michelle Duvivier Pierre-Louis, je me dis qu’il reste quelque chose, une trace. J’admire beaucoup cette grande dame.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Je pense aux endroits où les copains se rencontrent, je pense à la soupe de la gauche chez Rodolphe Mathurin. Un espace de rencontre avec un dénominateur commun de tendresse

Un mot pour la fin ? Trois petits points de suspension pour laisser tourner et ne pas finir…

Beonard Kervens Monteau
©Sephora Monteau

Akuji, Compositeur

« Il n’y a que vous qui pouvez d’abord croire en vous-même »

Krs One, Erik Pédurand, Osmojam, Benaja, Sébastien Drumeaux ont tous un point commun. Lequel? Ils ont tous collaborés avec l’apprenti magicien de Yubaba dans le Voyage de Chihiro, Haku, Akuji, plus communément appelé Célio Chomereau-Lamotte.

Ce jeune beatmaker a déjà sorti deux projets: F.L.A.V.O.U.R.I.T.E.S (2013) et Oceans (2014). Fils du grand percussionniste Charly Chomereau-Lamotte, il arpente avec brio les pavés de la nu soul avec des sonorités électroniques à la clé et de bons samples. Envie de réussir à vous évader? C’est l’objectif de sa musique. Allez, c’est l’heure d’en savoir plus sur ce Lauréat du Beatmaker Contest (édition 2014) qui a gentiment répondu à Talan An Nou. 

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Nom: CHOMEREAU-LAMOTTE  PrénomCélio  Pseudo: Akuji

Age: 32 ans   Couleur: Rouge

Dicton: « Sa ki la pou’w dlo pa ka chayé’y »

Activité professionnelle: Compositeur

Lieu de résidence: Paris

Contact: Soundcloud, Bandcamp, Facebook 

Prix : Demi-­finaliste Beatmaker contest (2012), Vainqueur Beatmaker contest par équipe (2014)


PORTRAIT


Peux-tu te décrire en quelques mots ? Sensible, empathique, passionné.

Et en un mot ? « Force tranquille ».

Que fais-tu de ton temps libre ? Le cinéma, le sport.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et irritante? Dans les deux situations, je garde toujours mon sang-­froid car je suis plutôt introverti.

Dans ta playlist, on trouve qui ? En ce moment: Cory Henry, Jean-Michel Rotin, Hiatus Kaiyote.

Ton artiste préféré ? Question piège car il y en a tellement…

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Ton plat préféré ? Le migan de fruit à pain.

Un voyage mémorable ? La première fois où, petit, j’ai pris l’avion tout seul pour me rendre à Paris.

Des habitudes bizarres ? Un talent étrange ? Boire quelque chose de très glacé tout de suite après avoir bu quelque chose de très chaud. Talent étrange : bouger les doigts de chaque main de façon désynchronisée.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? La gentillesse.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Le fait de vivre de ma passion est déjà mon plus grand rêve (lol) donc tout arrêter n’aurait aucun sens pour moi.

 


PARCOURS


Quand as-tu décidé de devenir beatmaker? Il y a une dizaine d’années, tout simplement par amour de la musique et pour concilier mon besoin de créer.

Quelle a été ta formation ? Principalement autodidacte. Mais c’est mon père qui est lui même musicien qui m’a appris la musique. Plus tard, j’ai suivi une formation à la Reason School pour me perfectionner en M.A.O (musique assistée par ordinateur).

Accepter que l’on n’a jamais fini d’apprendre des autres, et que l’on sera toujours perfectible

Avec le beatmaking, que cherches-tu à transmettre ? De l’émotion. J’essaie juste d’aider les gens qui écoutent ma musique à s’évader. Et si jamais elle leur permet d’arriver à un stade introspectif, c’est encore mieux.

Comment te viens l’inspiration pour créer ? Par des idées qui me traversent l’esprit et bien souvent en écoutant d’autres artistes; l’émulation vient de là. Mes influences artistiques viennent principalement du jazz, puis du hip hop sans oublier, l’ensemble de la musique caribéenne.

 

HIGHER de Sébastien Drumeaux. Directed by Yannis Ste-Rose & Jonathan Drumeaux (On vous l’a présenté  déjà sur Talan An Nou. Oui souvenez-vous, son portrait est ici)

Suivant ton expérience, quelle a été le plus dur pour réaliser ton rêve ? Accepter que l’on n’a jamais fini d’apprendre des autres, et que l’on sera toujours perfectible.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Comment les as-tu surmonté ? Principalement d’être toujours un peu dans ma bulle, et je l’ai surmonté en m’ouvrant un peu plus aux autres.

Quelle est ta plus grande peur ? De mourir en ayant une frustration d’inachevé.

Des projets futurs ? Continuer à être inspiré et à collaborer avec de nombreux artistes.

 


INSPIRATION


Qui est ton modèle dans la vie ? Ma mère.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? George Nicolo. Car c’est grâce à lui que l’on peut avoir plusieurs chaînes sur nos télévisions.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Ecouter, observer les inconnus, les gens, ma famille vivre autour de moi.

 

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MESSAGE


Le développement de notre société guadeloupéenne passe par l’éducation

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Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Qu’il n’y a qu’eux qui peuvent d’abord croire en eux-­mêmes avant leur proches ou amis, et c’est là que se trouve la clef de la réussite.

Quelle direction devrait-on suivre, en faveur de notre société guadeloupéenne ? Prenons simplement l’exemple de nos parents, car si nous sommes là c’est qu’ils ont réussi. Pour moi, le développement de notre société guadeloupéenne passe par l’éducation.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? En grande partie, des actions menées par Lilian Thuram pour son île natale, que ce soit dans le développement culturel de l’île ou dans le développement de l’encadrement sportif chez les jeunes. Car il est toujours resté fidèle à ses racines et a constitué un bon relai et exemple de réussite pour les générations qui lui succèdent.

Un mot pour la fin ? La meilleure musique ne se trouve pas qu’à la radio… C’est agréable de découvrir aussi des choses par soi-­‐même ;).

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Merci Akuji !

Retrouvez son univers sur: Soundcloud, Bandcamp, Facebook 

Propos recueillis en Août 2015


Stéphane Servant DJ Fano, DJ

Stéphane Servant alias DJ Fano est rentré dans le monde du DJing depuis plus de 20 ans. Maître incontesté des platines, il détient la recette pour attirer le plus réticent d’entre nous sur la piste. Avec humilité, il se livre à Talan An Nou.

« Quelque soit le domaine, quelque soit le rêve, il ne faut jamais baisser les bras »

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Nom: SERVANT  Prénom: Stéphane Âge: 36 ans Couleur préférée: Bleu Lieu de résidence: Petit-Bourg

Dicton: « Sans musique, la vie serait une erreur » Activité professionnelle: Technicien Vidéo 

Contacts: son Site, son Facebook, son Twitter (@djfano971), son Instagram (@djfano), sa chaîne Youtube, sa chaîne Viméo

Prix: 3ème (sur 22 participants) d’un concours de Dj organisé en 1997 à Morne-à-L’Eau.


PORTRAIT


 

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Originaire de la commune de Morne-A-L’eau, j’ai toujours été bercé par la musique dans son ensemble et à travers toutes ses variantes. Déconneur parfois, mais de nature simple, j’essaye de refléter d’abord une image positive et sérieuse, aussi bien dans mon travail que dans ma famille.

Et en un mot ? « Humble », mais le dire serait peut-être contradictoire, donc on va dire… « Potentiellement humble ».

Que fais-tu de ton temps libre ? Un maître mot: équilibre familial. Au delà du fait que j’aime voyager, j’apprécie aussi beaucoup d’être de temps en temps au calme, sans être agressé par les décibels. Enfin, je m’intéresse aussi aux nouvelles technologies (caméras, informatique, numérique, etc.).

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Une situation positive peut être vue sous différents angles (aide, civilité, respect, partage…), mais généralement, j’essaye de féliciter et d’encourager dans cette voie. 

Et une situation irritante ? Par contre là, c’est un peu plus particulier. Par nature, j’intériorise beaucoup, je « ronge mon frein à main », mais quand il faut le dire, j’essaye d’être le plus pragmatique possible, car de nos jours, un simple regard peut avoir malheureusement de lourdes conséquences. Donc on se dit que si la ou les personnes à l’origine de cette situation irritante, ont un peu de bon sens…

© Ydnar Photo

© Ydnar Photo

Dans ta playlist, on trouve qui ? Dans ma playlist, on peut trouver en écoute des artistes vraiment différents en terme de styles et de genres: Bruno Mars, Bob Marley, Jm Harmony, Caméo, Fuse, House Of Pain, Sanchez, Michel Berger, Machel Montano, Tanya St-Val, Victor Ô…

Ton artiste préféré ? Je ne peux pas avoir d’artiste préféré, tout simplement parce que chacun d’entre eux a une particularité qui les caractérise et qui fait qu’on les apprécie. Exemple: Admiral T pour son parcours et ses messages véhiculés, Tanya St-Val car c’est l’une des rares à rester en haut de l’affiche depuis bien longtemps maintenant, Kassav’ car on les connait partout, James Brown pour « I’m Black and Proud » etc. Alors s’il y a une possibilité de mixer toutes ces personnes positives afin d’en créer une seule…Bim partez!! Je suis preneur!

Un plat préféré ? Mon plat préféré est le Colombo.

Un voyage mémorable ? Je garde un excellent souvenir des mes différents voyages aux Etats-Unis: New-York, Orlando, Vegas, Miami, Los Angeles, Washington. A chaque ville sa particularité.

Vj Fano: After Mix 2 Soca Azonto Merengue

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? Même si je n’ai jamais été en Asie, cette région du globe me fascine et m’intrigue à la fois. Japon, Chine, Corée du Sud… Dans le style: « je suis discret, je ne fais pas trop de vagues, et j’avance doucement mais surement !! » Et puis au-delà de tout cela, ce sont des territoires tellement chargés d’histoire.

Des habitudes bizarres ? Un talent étrange ? Non, rien de tout cela.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Si on applique à la lettre l’adage « L’espoir fait vivre »… Je dirais donc que souhaitant vivre le plus longtemps possible, j’ai de l’espoir ! Mais plus sérieusement, quel que soit le domaine, en cas de problème quelconque, on se dit qu’il a toujours pire, donc ça donne de l’espoir.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Partir avec ma petite famille dans un lieu où : Education, Bien être / Santé, Sécurité, Bonne économie, travail prolifique, diversité en terme d’activités, forte musicalité seraient réunis.


PARCOURS


 

Quelle a été ta formation ? J’ai eu un Bac Littéraire Option Anglais renforcé, puis un BTS Audiovisuel Option Gestion Production. Avec les équivalences, je suis entré à l’Université pour un DEUG Arts Option Cinéma, pour terminer par une Licence de Cinéma.

Quand as-tu décidé de devenir DJ ? Depuis tout petit, j’ai toujours été entouré de personnes adeptes de musique. Cela m’a permit donc d’apprécier différents types musicaux. Ensuite je me suis dit, quelle est la meilleure fonction qui permet de sélectionner et de diffuser de nombreux genres musicaux, tous différents les uns des autres: Le Dj-ing. 

© Daniel "Dapho" Baptistide - Bik Kréyol, 2005

© Daniel “Dapho” Baptistide – Bik Kréyol, 2005

Comment ça s’est passé ? J’ai commencé par réunir tout ce que je pouvais avoir comme supports audios (Vinyles, cassettes et cd’s). Ensuite, j’ai rassemblé ce qui me servirait de support de diffusion (enceintes / platines / ampli (Tous de salon)) et enfin j’ai saisi l’opportunité lors d’une fête familiale pour commencer. J’avais 13/14 ans.

Comment te viens l’inspiration pour mixer ? Du moment où je maitrise mes séquences musicales, l’inspiration est créée par le public. Je ne pars jamais avec un déroulé prédéfini. Selon le public, j’aviserais.

Avant d’être DJ, que faisais-tu ? Je poursuivais mes études secondaires.

Avec la musique, que cherches-tu à transmettre ? Eventuellement une émotion, un souvenir (agréable de préférence) mais pas du tout de revendication.

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser tes rêves ? Pas de difficulté particulière, juste de l’organisation ponctuée d’une ambition réaliste.

Quelle est ta plus grande peur ? De perdre l’un de mes sens…surtout la vue…le toucher, l’ouïe…tous en fait !! 

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Dans ma vie professionnelle et personnelle, j’essaye d’anticiper certains événements qui pourraient être définis comme “obstacles”. Après, le facteur imprévu fait que je ne peux naturellement avoir main mise sur tout. Un obstacle peut se transformer en atout ou en vecteur de motivation. Ainsi, les critiques ou mensonges infondés auxquels j’ai eu droit (simplement par jalousie ou par hypocrisie) m’ont motivé à aller de l’avant.

Des projets futurs ? En toute discrétion pour l’instant.

 


INSPIRATION


 

 

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© Ladograve

Qui est ton modèle dans la vie ? Ma mère, battante malgré les épreuves de la vie.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui? Pourquoi ? Louis Delgrès. Jusqu’à la fin, il n’a jamais capitulé. Ne jamais baisser les bras.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Ma famille et les vrais amis qui m’entourent. Pas besoin de se voir ou de s’entendre tous les jours, mais les moments partagés sont sains et sincères.

 

 

 

 

 

 


MESSAGE


« Ce sont les épreuves qui nous forcent à nous surpasser et à évoluer.

Il n’y a pas de chemin intéressant sans grandes difficultés » – Bernard Werber 

 

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Quelque soit le domaine, quelque soit le rêve (encore faut-il qu’il soit réalisable !), il ne faut jamais baisser les bras. « Ce sont les épreuves qui nous forcent à nous surpasser et à évoluer. Il n’y a pas de chemin intéressant sans grandes difficultés. » – Bernard Werber.

Quelle direction devrait-on suivre, en faveur de notre société guadeloupéenne ? A l’origine de la départementalisation en 1946, Aimé Césaire à militer pour la voie fraternelle de la négritude. Son combat mérite d’être poursuivi pour l’ensemble des sociétés noires.

 

© Daniel "Dapho" Baptistide

© Daniel “Dapho” Baptistide

« Ne jamais oublier d’avoir un maximum de positivité dans la vie! »

 

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Ceux qui n’oublient pas leur origine et qui n’hésitent pas au moment opportun de le souligner. Cela peut rendre tout un peuple fier et faire connaitre à autrui nos péninsules.

Un mot pour la fin ? Merci pour cette interview pas si facile quand même ☺ ! Ne jamais oublier d’avoir un maximum de positivité dans la vie! Cela ne peut être au final que profitable. Longue vie à Talan An Nou. 

 

© Ydnar Photo

© Ydnar Photo

DJ FANO

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis en Août 2015


Sohad Magen, Makèz

Sohad Magen, Enseignante de Lettres et Philosophie et Musicienne de Gwoka notamment au sein du groupe féminin, Fanm Ki Ka. 

“Fè sa fo-w fè pou divini sa-w yé ! Fais ce que tu as à faire pour devenir ce que tu es, personne ne s’y appliquera à ta place.” 

 

Nom: MAGEN Prénom: Sohad

Âge: 33 ans Couleur préférée: Noir

Dicton: La ki ni blès tini longan (s’il y a blessure il y a remède)

Activité professionnelle: Professeur de Philosophie  

Lieu de résidence: Ste rose, Guadeloupe

Contacts: Soso Mwen Pa Mandé’w

Prix, distinctions: Poésie et dessin

 

 

 


PORTRAIT


Peux-tu te décrire en quelques mots ? Curieuse de la vie, pas toujours évidente a vivre, parfois même un peu « sauvage » j’aime la solitude ! Mais quand j’aime, je donne sans compter, c’est valable en amour comme en amitié.

Et en un mot ? Passionnée

Que fais-tu de ton temps libre ? Tout ! Je suis incapable de m’ennuyer ! Lecture, musique, net, films, séries, aimer … je n’ai pas assez de temps libre !!! 😉

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et une situation irritante ? Je suis très entière donc lorsque c’est positif, c’est l’euphorie ! Du coup dans le cas contraire c’est dramatique. Je gère très mal la colère, je peux la ruminer jusqu’a ce que j’explose et en général il vaut mieux ne pas me croiser dans ces périodes la. Je m’isole délibérément d’ailleurs.

Dans ta playlist, on trouve qui ? C’est très varié. Des maîtres Ka, bien sûr. Chaben, Loyson, Konkèt, Sergius… Des groupes de Gwoka comme Poukoutann’, Kannida, Indestwas Ka, Krèy, Horizon, Milflè… Beaucoup de jazzmen, de solistes, de latin jazz et de manouche, Reinhart, Camillo, Tatum, Jordan, Youssef, Zadeh…

Des valses vénézuéliennes, de l’Inti Illimani, des chants napolitains, Youssou N’Dour, Salif Keita, Djélimady Tounkara, du rap de I Am, du Brassens… Beaucoup de rétro zouk, mais ça c’est vital ! Rotin, Zouk Look, St Eloi, Lefel, Kassav’. Les rois de la soul : Otis Redding et Steevie Wonder. Et puis Bellafonte, Makéba, Nina, Ella, Billie… Il y en a trop, je vais plus m’arrêter !

Ton artiste préféré ? J’ai eu la chance d’aduler des percussionnistes auprès desquels j’ai grandi. Certains ont même été mes maîtres. Pour leur technique, leur précision, leur inspiration, leur minutie dans la façon de traduire les pas des danseurs, mes stars quand j’étais ado n’étaient pas des Jackson ni des Boys band mais des markeurs comme Vincent Blancus, Henry Délos, Armand Achéron, Marcel Iskaye, Eneidge Fila… Difficile de trancher la préférence. Ils ont tous été géniaux dans leur art.

Ton repas préféré ? Le repas parfait commence toujours avec du BON boudin de Guadeloupe !

Un voyage mémorable ? La tournée Béninoise que nous avons faite en juillet 2014 avec les Fanm Ki Ka. J’avais l’impression de retrouver une partie de moi. Beaucoup de souvenirs d’enfance sont revenus. J’ai grandi au Congo avant d’arriver en Guadeloupe, alors ça a été comme un pèlerinage pour moi.

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? La culture Mandingue, parce qu’ils ont réussi à conserver une richesse incommensurable et une mémoire vivante à travers les millénaires. Les cultures afro-caribéennes (j’y inclus l’Amérique latine) dans leur ensemble, chaque fois que j’en découvre une, j’y retrouve quelque chose de nouveau et de familier à la fois.

La méditerranée antique me fascine aussi, elle a été un bouillon effervescent de cultures africaines, arabes, grecques, turques, qui se sont mélangées, digérées, appropriées les unes les autres. Je ne comprends pas qu’on fasse encore croire à nos enfants que « l’occident » soit né dans l’antiquité méditerranéenne, cette zone était tout sauf occidentale. On ferait une bien meilleure prise à montrer que c’est parce qu’elle a été une zone d’échange intense que la méditerranée de l’époque a fait de tels bonds en avant.

Des habitudes bizarres ? Un talent étrange ? Mon nez me démange à la moindre contrariété.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Tout ce que la musique fait passer de magique : toute cette magie qu’on subit sans comprendre, ça nous renforce. Ça me permet de garder foi en nous.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Je ferai ce qu’on fait d’autres artistes guadeloupéens avant moi : une retraite à la Désirade pour y composer, y méditer, prendre le temps de travailler mon instrument et donner le meilleur de moi.


PARCOURS


Quelle a été ta formation ? J’ai commencé par la danse avec Jacqueline Cachemire-Thôle à l’Akadémiduka, j’avais 9 ans. Mon frère a commencé à me former au boula à la maison. A 13 ans, j’ai été au cours de Henry Délos, à 14 ans à celui d’Armand Achéron. En parallèle je me formais sur le terrain, j’allais beaucoup dans les léwòz, aka Man Soso, à la piétonne : j’ai commencé par y jouer du chacha, puis danser, puis bouléyé, puis maké.

Quand as-tu décidé de faire du ka ? Au départ, j’en faisais sans trop de conviction. Mon frère avait besoin d’un boula pendant qu’il marquait : c’est donc moi qui m’y collais. Ça fait un peu cliché mais à 12 ans, je me suis cassé le bras droit. Au moment où je me tenais le bras, je me rappelle avoir pensé « je ne jouerai plus jamais », c’est là que j’ai compris qu’en fait ça m’était vital. On venait de m’enlever la broche que je jouais déjà comme une forcenée.

Avec le gwoka, que cherches-tu à transmettre ? J’aimerais, comme beaucoup, que les guadeloupéens se rendent compte de la richesse infinie qui est la nôtre. Une musique capable de faire tenir ensemble tout un peuple, capable de transmettre jusqu’à une identité qu’on a voulu étouffer durant des siècles, capable de jeux d’improvisation exceptionnels. J’aimerais que tous comprennent et le ressentent. J’ai rencontré énormément de musiciens de tous horizons durant mes études, tous étaient ébahis par les possibilités qu’offre le Ka et la musique qui l’entoure. J’aimerais qu’on prenne le temps de se dire : WAOW ! Sé sa nou yé ! Fò nou mété-y pi douvan !

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Du chemin a été fait, je ne le nie pas. Mais quand je vois la place qu’on propose aux musiciens de gwoka, les cachets parfois indécents, le fait que les gens s’en tapent. Le fait aussi que ça paraisse normal à ces mêmes gens de payer une fortune et de remplir un stade pour un artiste national ou international en vogue, alors qu’il leur est inconcevable de supporter leurs artistes locaux. Je ne tire pas que sur le peuple guadeloupéen, c’est un phénomène mondial. Mais chez nous, il faut aussi compter avec l’aliénation culturelle qui fait encore des ravages.

Comment te vient l’inspiration pour créer des phrases musicales ? C’est sûrement qu’arrivé à un certain point, tout ce qui nous a nourri musicalement s’exprime. Mais ça n’explique pas tout : quelque chose parle en moi. Mes meilleures performances sont celles où « je pense avec mes mains ».

Que défends-tu à travers Fanm Ki Ka ? As-tu d’autres projets en cours ? Fanm Ki Ka veut montrer ce qu’est l’âme féminine du Gwoka. Parce qu’il y en a une, et malgré ce que tout le monde pense, elle n’est pas nouvelle. Des témoignages rapportent que beaucoup plus de femmes chantaient dans les léwòz antan lontan, dans certaines régions aussi elles avaient pignon sur rue. Enormément de chansons traditionnelles ont des paroles où une femme s’exprime. Dans l’exécution les femmes ont été là, à un moment, ce moment a été enterré par la profusion d’enregistrements en studio d’où elles étaient exclues. Dans la transmission, elles ont gardé leur rôle. Les mères ont transmis à leurs chanteurs de fils. Fanm Ki Ka travaille en mémoire de ces femmes. En mémoire des maîtres Ka aussi, qui nous ont laissé cette richesse en héritage, en mémoire de nos ancêtres qui n’avaient rien et qui nous ont tout donné. Nous avons une sensibilité différente, une oreille différente, nous ressentons plus intensément certaines choses, et cette façon de vivre le Gwoka est complémentaire aux autres. Nous travaillons à lui donner sa place.

Fanm Ki Ka - Concert à Lakasa 17/01/14

Fanm Ki Ka – Concert à Lakasa 17/01/14

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser ton rêve ? Etre une femme n’a pas toujours simplifié les choses. Etre une fille de métisse qui ressemble plus à une touriste qu’à une guadeloupéenne, non plus. Le plus difficile au début a été d’oublier sa propre apparence physique pour pouvoir se donner de l’assurance. En période d’adolescence ça n’a vraiment pas été du gâteau ! Mais dans l’ensemble, j’ai été soutenue par des gens de valeur : mon père, mon frère, ma sœur, mes amis. Ce soutien m’a protégé. Plus d’une fois.

Quelle est ta plus grande peur ? Qu’on ne voit QU’une femme qui joue. Ok, je ne vais pas faire comme si ma féminité n’était qu’accessoire mais « tu joues bien pour une femme » ça ne m’a jamais semblé être un compliment. J’ai tout fait pour éviter ce genre de condescendance. Je sais que maintenant on entend plus ma musique qu’on ne voit ma plastique. Je travaille à ce que ça dure.Ce n’est pas contradictoire avec Fanm Ki Ka, loin de là. On fait du bon travail d’abord. Tout le reste est secondaire, c’est le travail musical qui prime.

Des projets futurs ? Toujours beaucoup ! Entre les Fanm Ki Ka et le jazz, j’ai quelques compos qui fleurissent. Très bientôt vous m’en direz des nouvelles.


INSPIRATION


Qui est ton modèle dans la vie ? Mon père. Un modèle de force, d’intelligence et d’humilité. Il nous a élevés en nous léguant son amour de la musique, son respect de la personne humaine et ses combats. Je n’ai jamais rencontré d’être humain qui souffre la comparaison avec lui, je suis heureuse qu’il m’ait faite !

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Ceux qui ont réellement marqué notre histoire n’ont pas leurs noms cités dans les manuels. Je serais un de nos ancêtre qui s’est battu pour ne pas craquer, pour gagner ses droits, pour ne pas être ni défaitiste ni blasé.

Je serais mon grand-père qui luttait aux cotés des ouvriers agricoles pour qu’ils gagnent les droits qu’on leurs refusaient, je serais ma grand-mère qui militait pour le droit de vote des femmes guadeloupéennes. Je serais mes grands parents, capables d’élever dans l’excellence douze enfants métisses, malgré le racisme, malgré la guerre, malgré les années de militantisme, malgré la bêtise humaine.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Mes grands-parents, Aristide et Elise Magen, et mon père Alain Magen.

 


MESSAGE


“Ne jamais être blasé, ne jamais laisser personne te blaser. La vie sans rêve, c’est du surplace”

 

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Fè sa fo-w fè pou divini sa-w yé ! Fais ce que tu as à faire pour devenir ce que tu es, personne ne s’y appliquera à ta place. Ne jamais être blasé, ne jamais laisser personne te blaser. La vie sans rêve, c’est du surplace. « Soyons réalistes : demandons l’impossible ! ». Si nos aïeux s’étaient contentés du « possible » nous n’aurions pas le quart de la moitié de nos droits. Pa janmen obliyé sa!

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© Emmeric le Person

Quelle direction devrait-on suivre pour améliorer notre société guadeloupéenne ? Ceux qui ont menés les luttes sur tous les fronts, aussi bien dans la rue que dans l’héritage culturel qu’ils nous ont laissé. Pour qu’il y ait solidarité il faut commencer par se voir comme un peuple à part entière… ça implique prendre conscience de nos richesses, nos ressources, notre énergie à déployer.

Nous avons deux fois plus de travail que d’autres peuples : premièrement parce que nous devons combattre au quotidien l’aliénation culturelle dans laquelle nous avons baigné, et deuxièmement parce que la mondialisation est une forme de conquête coloniale travestie en économie libérale.

Il nous faut puiser et nous inspirer de toutes les solutions que d’autres ont trouvé : plus de réseaux locaux de distribution du producteur au client, plus de médiatisation populaire, plus de bokantaj pour moins de gaspillage, au lieu de courir faire les soldes tous les 3 mois : échangez vos affaires entre copines ! Plus de covoiturage ! Plus d’espace pour nos artistes ! Plus de valorisation de nos artisans ! mais tout ça doit être relayé par nous ! et pour nous ! C’est possible grâce à internet, d’autres pays le font déjà, alors à vos claviers !

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Toutes celles qui s’inscrivent dans ce que j’ai cité ci-avant. Tous ceux qui travaillent dur pour donner le meilleur d’eux-mêmes et qui ne baissent pas les bras malgré la morosité ambiante. Agriculteurs, ouvriers, profs, médecins, commerçants, artisans, artistes… Gardons foi en nous !

Un mot pour la fin ? La ki ni blès tini longan : sé nou ki solisyon a tout pwoblèm annou.