Category: Haïti
Daniella Jacques, Politologue

Politologue, Entrepreneure, Maman, Conférencière, Daniella Jacques rappelle que chacun pose ses propres limites… Rien ne l’arrête.
Lancé en Mars 2016, elle est à la tête de la Chambre de Commerce des Femmes Entrepreneures d’Haïti (CCFEH). C’est une plateforme associative d’entreprises et de professionnelles appartenant à différents secteurs, qui vise à soutenir, favoriser et renforcer la productivité dans le pays par l’accompagnement des femmes dans le domaine de l’entrepreneuriat. Rencontre avec cette haïtienne engagée.

Nom: Jacques  Prénom: Daniella 

Age:  34 ans Couleur: Multi Couleur

Dicton: « Si ce n’est pas pour une bonne cause, c’est pour une bonne leçon » Activité professionnelle : Politologue

Lieu de résidence: Thomassin, Pétion Ville, Haiti

Contacts: Facebook, Twitter (@DanJacPenn)

Prix: 1er prix du concours de droits humains de l’Ambassade Américaine en Haiti (2004) ; JCI 2015

PARCOURS

"J’accompagne des femmes entrepreneures dans la création de leurs entreprises"

Quelle a été ta formation ? Je suis politologue.

Quand as-tu décidé de devenir consultante ? Il y a quelques années j’ai commencé à travailler pour des institutions internationales sur des projets bien spécifiques, et cela m’a permis de beaucoup m’épanouir. J’ai mis mes compétences au service de partis politiques, ministres, femmes candidates. Aujourd’hui j’accompagne des femmes entrepreneures dans la création et le développement de leurs entreprises pour la création de richesse en Haïti. Ainsi, je contribue à faire reculer la pauvreté. 

Avant cet emploi, que faisais-tu ?  Durant plus de deux ans, j’ai piloté au sein du Ministère du Commerce et de l’Industrie, deux projets spécifiques : « Promotion et encadrement de l’Innovation et le « Concours national des Jeunes entrepreneurs innovants ».

Que défends-tu à travers ta position ? Je défends de meilleures conditions de vie pour les femmes en général, les femmes d’affaires en particulier. J’appuie l’organisation du secteur féminin afin d’éradiquer la pauvreté en leur sein. Mon premier métier c’est la politique et mon second, l’entrepreneuriat.

Comment s’est déroulé le lancement de la Chambre de Commerce des Femmes Entrepreneures d’Haïti ? La société civile en général, le secteur privé, le secteur public, les femmes d’affaires de tous les secteurs (qu’elles soient formelles ou informelles) ont reçu avec satisfaction l’arrivée d’une structure de ce genre. Il faut noter que cette structure était une demande des femmes entrepreneures partout sur le territoire haïtien. Aujourd’hui, nous sommes en train de faire le tour du pays pour présenter des séminaires et organiser des formations pour le renforcement des entreprises dirigées par des femmes.

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser tes rêves ? Le plus difficile était de me faire accepter comme jeune mais surtout comme femme. J’ai très mal vécu cette situation mais j’ai su la surmonter car, je me suis toujours dit que le meilleur est à venir pour moi et pour toutes les femmes.

Quels sont les principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Comment les as-tu surmontés ? Il y en a pas mal, après mes études classiques j’ai voulu faire Sciences po mais mon papa voulait que je sois économiste, j’ai acheté tous les livres de débutants en Sciences éco – mais j’en ai profité pour prendre quelques livres politiques aussi, après la première année j’ai dit à mon papa voilà ton année d’économiste maintenant je vais faire ce qui me plaît vraiment. Ce n’était pas facile mais j’ai fini par le convaincre quelques années plus tard avant son décès il était très fier de moi.

Quelle est ta plus grande peur ? Ma plus grande a toujours été l’échec, rien qu’en y pensant j’ai froid au dos, ce qui m’a permis de devenir très exigeante envers moi-même, je fais toujours un kilomètre de plus. Je dors toujours une heure en moins, je refais toujours une dernière lecture…

Des projets futurs ? Je suis du genre « pro active » donc beaucoup de perspectives qu’on aura surement à partager très bientôt.

"Le plus difficile était de me faire accepter comme jeune mais surtout comme femme"

Daniella est :

– Présidente de la CCFEH / Chambre de Commerce des Femmes Entrepreneures d’Haiti
– CEO de Mapou Investment Group SA
– Sénateur de la Jeune Chambre Internationale / JCI
– Fondatrice de Agir Aujourd’hui pour Demain / AGIRAD
– Directrice générale de Tetra Consult
– Membre de l’Association des Consultants Politiques d’Haiti / ACPH

INSPIRATION

Qui est ton modèle dans la vie ? Ma maman.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Sœur Theresa – j’aime sa patience, sa sagesse, son humilité.

Daniella Jacques Talan An Nou
© 1ère édition du Sommet International des Femmes du Numérique en Haïti organisé par la CCFEH

MESSAGE

"N’abandonnez pas si personne ne vous fait confiance"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes haïtiens/caribéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Mes principaux leitmotivs sont : la détermination, la discipline, la constance, la persévérance et l’innovation. Vous avez un rêve, commencez à le rédiger sur un bout de papier, faites confiance à votre intuition, cherchez de l’aide, mais surtout n’abandonnez jamais même si personne ne vous fait confiance, la persévérance peut vous ouvrir beaucoup de portes.

Quelle route déjà tracée, en faveur du développement de la société haïtienne,  devrait-on suivre ? Nos ancêtres nous ont donné la liberté, depuis, les autres générations n’ont pas su faire ce qu’il fallait pour développer le pays. Aujourd’hui nous le disons haut et fort « cette génération ne passera pas sans qu’Haïti ne change » mais ce changement n’est pas l’apanage d’un groupe de personnes de sexe masculin en laissant les femmes de côté – vice versa, pour y arriver toutes les forces vives de notre nation « femmes et hommes » doivent se mettre ensemble en respectant notre devise « l’Union fait la force ».

Un mot pour la fin ? Je remercie Talan an nou de m’offrir cette opportunité de partager une partie du fonds de ma pensée avec les lectrices et lecteurs. Je souhaite du succès à cette initiative.

Daniella Jacques Talan An Nou
© Daniella Jacques

Avant de se quitter, découvrez Daniella plus en détails: 

PORTRAIT

Peux-tu te décrire en quelques mots ? L’une des personnes les plus extraordinaires au monde. C’est tout ce que je peux dire.

Et en un mot ? Entreprenante.

Que fais-tu de ton temps libre ? Avec moi, c’est un peu difficile de parler de temps libre, parce que je travaille toujours et prends beaucoup de plaisir à cela. Sinon, je peux dire que les rares fois que je pourrais considérer comme temps libre, je contemple le beau sourire de mon fils et de mon mari qui sont les personnes qui font le plus palpiter mon cœur. Mes plus grandes bénédictions.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et une situation irritante? En général j’essaye toujours de chercher le bon côté des choses. D’ordinaire, ma première réaction est d’afficher un léger sourire et une profonde respiration, tout dépend de la situation face à laquelle je suis, ma réaction est la même. Parce que le principe pour moi c’est que : « si ce n’est pas pour bonne cause, c’est pour une bonne leçon».

Dans ta playlist, on trouve qui ? Tout type de musique, mais particulièrement du Jazz, de la chanson évangélique et du reggae. On a plein de CD dans la voiture, parce que c’est qui nous permet après une dure journée de boulot de nous relaxer et retrouver plus ou moins un certain équilibre. Je pourrais dire que je ne conçois pas la vie sans musique. Cela dit : elle serait sans rythme, sans douceur et sans plaisir…

Ton artiste préféré ? Je pense que je dirais Lucky Dubbe.

Ton repas préféré ? Homard grillé.

Un voyage mémorable ? Hawaii en 2010.

"Je défends de meilleures conditions de vie pour les femmes "

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? La culture asiatique. J’ai passé trois semaines à Singapour, la gentillesse des gens m’a laissée sans voix.

Des habitudes bizarres ? Un talent étrange ? Je n’ai rien en tête. Mais étrangement, je crois que mon mari m’avait dit une fois, que s’il n’y a aucune porte de sortie, on pourrait chanter.

Dans la vie, qu’est-ce qui est important à tes yeux ? Beaucoup de choses le sont, mais en particulier je crois que c’est « la famille ».

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Je dirais « le sourire » que je vois aux visages des gens (pauvres ou riches, jeunes ou vieux, hommes ou femmes …) malgré des fois, la misère, le manque de responsabilité des élites de mon pays. Mais on voit que l’espoir est là.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Ce serait sans aucun doute de faire le tour du monde avec mon mari et mon fils. Cela aurait été un vrai bonheur !

Daniella Jacques Talan An Nou
© Site internet www.sifnuh.com

Julien Ganthier, Animateur culturel et comédien

Julien Ganthier est le coordinateur de l’association Jeunesse en Développement JEDe. Parallèlement, du haut de ses 31 ans, il anime l’Espace Volontariats de France Volontaires Haïti. Apporter du bonheur aux enfants haïtiens est son oxygène. Originaire de Port-au-Prince, il vit désormais à Aquin. Aujourd’hui, il a formé plus de 5 000 enfants à des activités socio-sportives. Récemment, il a contribué à un projet innovant : « bibliomoto Liv Kap Woule » une bibliothèque mobile qui va parcourir la région d’Aquin. Education, transmission…Rencontre.

Nom: Ganthier            Prénom: Julien Age:  31 ans Couleur: Vert (nature)

Dicton : What you think you are, you become Activité professionnelle : Animateur culturel et comédien

Lieu de résidence : Port-au-Prince

Contact: Facebook de l’association de Jeunesse en Développement, Facebook de Julien

PARCOURS

"Maintenant je forme des jeunes qui eux vont accompagner des enfants dans leur propre village !"

Quelle a été ta formation ? Je suis diplômé de l’école de théâtre Le Petit Conservatoire. J’ai également un certificat d’études en relations internationales. Je n’ai pas été plus loin car on me demandait de porter des cravates, j’ai détesté ça (rires). J’ai reçu une formation en EPS. Je suis aussi formateur en APS activité physique et sportive. Il s’agit d’une formation pour compléter celle en EPS, c’est de la “playdagogie”, pour sensibiliser des enfants à travers les jeux sportifs.

Quand as-tu décidé de fonder l’association Jeunesse en Développement? Je travaille avec des enfants depuis 15 ans ! J’ai commencé à l’âge de 16 ans en tant que bénévole dans une association. Après 5 ans de bénévolat, je découvre l’existence de nombreuses magouilles. En 2009, je lance l’association Jeunesse en développement. Notre première activité se déroule à Pétion-Ville le 18/11/09, en lien avec la bataille de Vertières. Au programme : exposition/conférence-débat et une partie culturelle. Le 12 janvier 2010, jour de mon anniversaire et jour du séisme marque un tournant dans ma vie. J’ai frôlé la mort… J’ai failli mourir, j’étais stressé, cette période a été difficile. Un jour, une amie de ma sœur m’a proposé de m’évader de Port-au-Prince et m’a emmené dans le sud. Arrivé à la ville d’Aquin, ça m’a attristé de voir qu’il y avait beaucoup de jeunes, d’enfants mais qu’il n’y avait aucune activité, ni infrastructures dans la ville. C’est là que je décide de rester et d’implanter solidement l’association…

Parmi ses actions, il y a l’ouverture de deux bibliothèques: une à Aquin et l’autre dans le Plateau central (avec la Fondation Haïti Eco-Verte). Ces bibliothèques ouvertes au grand public sont des espaces loués qu’on a complété avec livres achetés, donnés.. Un autre projet de bibliothèque est prévu pour le mois d’Août, toujours à Aquin, cette fois-ci il s’agira d’une construction de A à Z. En septembre, la bibliomoto Liv Kap Woulé sera lancée officiellement. C’est une bibliothèque mobile qui va parcourir la région d’Aquin. Des ateliers d’écriture, de lecture, des formations, etc. seront donnés. 

Jeunesse en développement a organisé également des séances d’animations dans plusieurs départements et villages, conférences, des activités à partir de rien. Je ne gagne pas beaucoup… Actuellement, des milliers de jeunes comptent sur moi… J’ai déjà formé plus de 5000 jeunes haïtiens à travers les évènements socio-sportifs (moyen pour sensibiliser enfant ET parents). Pour certains parents en Haïti il ne faut pas mélanger les jeux et l’école. Mon rôle est de leur montrer que le jeu est parti intégrante de l’éducation. Je ne cherche pas à mettre sous les feux des projecteurs. Je suis derrière les jeunes pour qu’ils se sentent concernés, responsables. Le premier événement que j’ai organisé, projet JED les timoun, a réuni plus de 1 300 enfants.

En juillet, un forum de jeunesse et développement durable se tiendra à Aquin pour 100 jeunes. Il est né du constat que plus de 50 000 jeunes quittent Haïti pour aller au Brésil, Suriname, Chili. Beaucoup meurent sur les routes. Il y aura un module sur l’entreprenariat, la sensibilisation, le mentorat… Ce forum sera aussi un moyen de lutter contre le déplacement massif vers le chili, d’autres pays etc… car c’est triste. Un des objectifs est que l’année prochaine chaque jeune puisse accompagner et encadrer 10 autres jeunes et que chacun à leur tour puissent accompagner 15 enfants dans leurs villages respectifs.

Que défends-tu à travers ta position ? Que tous les enfants puissent jouir du même droit. En Haïti, il y a 150 000 écoles (des écoles pour les plus pauvres aux plus riches). Mais le système oublie qu’ils sont tous des enfants et qu’ils n’ont pas demandés d’être nés.

jeunesse en développement haïti julien ganthier liv kap woulé bibliomoto

"Le 12 janvier 2010, jour de mon anniversaire et jour du séisme marque un tournant dans ma vie. J’ai frôlé la mort"

Quels sont tes domaines d’expertise ? Animation et formation.

En tant que comédien, que cherches-tu à transmettre ? À la base, j’ai étudié le théâtre pour me rapprocher des enfants et non pour être comédien. Dans la formation théâtre, il y avait des cours de communication, psychologie ce qui m’a été très utile pour me rapprocher de la population. Avant je travaillais uniquement avec des enfants mais la demande est tellement forte que maintenant j’ai décidé de procéder autrement. Maintenant je forme des jeunes qui eux vont accompagner des enfants dans leur propre village !

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser ton rêve ? Monter une bonne équipe (moi, mon épouse Wadline, Jasmine, Junior, Farah, Schneiderson, Eunice…). Aujourd’hui beaucoup pensent en Haïti que dès que tu montes une association, c’est dans le but de gagner de l’argent, de faire du business. Je peux compter sur mon équipe. Si je meurs aujourd’hui, je sais que l’association va continuer de fonctionner.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré pour ta profession ? Quand j’ai annoncé à ma famille que j’allais étudier le théâtre, mes parents ont arrêté de payer mes études. Car pour eux le théâtre ce n’est pas un métier… pour moi, le théâtre est beaucoup plus que ça, c’est une science de la vie. Grâce à ma ténacité, j’ai réussi à leur démontrer la valeur de ces études qui m’ont servi à faire ce que je fais aujourd’hui. Je suis la seule personne de ma famille qui prend des risques énormes. Mon père est décédé et ma mère est très fière de moi.

Et dans ta vie ? À un moment donné je ne pouvais plus payer mes études. Mon père est décédé tôt et ma mère manquait de moyens pour subvenir à tous nos besoins en même temps. Si elle payait l’école, elle ne pouvait pas payer les transports scolaires. Moi ça me suffisait, je faisais avec.Pendant deux années, j’ai marché des kilomètres pour aller au lycée, soit plus de 2 heures chaque jour. Je passais des journées sans rien manger également, faute de moyens. Et heureusement que j’ai vécu cette expérience. Car ça m’a beaucoup aidé à voir la vie d’une autre façon, de voir qu’il y a trop d’indifférence envers les enfants (enfants qu’on vient chercher en voiture privé où il reste des places…

Quelle est ta plus grande peur ? De mourir sans accomplir mon plus grand rêve : arriver à égaliser l’inégalité entre les être humains.

Des projets futurs ? Trop (rires).

"J’ai déjà formé plus de 5000 jeunes haïtiens à travers les évènements socio-sportifs"

INSPIRATION

Qui est ton modèle dans la vie ? Dieuvela Etienne. Il y a quelques années, j’avais suivi un séminaire qu’elle organisait sur le théâtre. Elle avait une telle confiance en moi. C’est une combattante, elle a beaucoup d’audace. Elle m’inspire vraiment !

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Gandhi. Je me retrouve par rapport à la lutte qu’il menait.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? Je n’ai pas beaucoup voyagé dans ma vie. Néanmoins, à travers mes voyages en Afrique, une partie des USA, en France, voir l’inégalité entre les Hommes, la souffrance ça me révolte, ça me frustre mais ça m’inspire à sensibiliser et mobiliser les gens face à ces problématiques.

"Si ma mère payait l’école, elle ne pouvait pas payer les transports scolaires...
Pendant deux années, j’ai marché des kilomètres pour aller au lycée, soit plus de 2 heures chaque jour. Je passais des journées sans rien manger"

MESSAGE

"Il ne faut jamais jamais jamais abandonner"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes haïtiens/caribéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? À tous mes jeunes frères et sœurs caribéens, il ne faut jamais jamais jamais abandonner. Il y a trop de choses à faire pour se laisser entrainer dans la corruption. La création c’est à tout le monde, ils ne peuvent pas nous la voler, heureusement qu’il y a ça.
Le réseautage aussi est important! Heureusement les réseaux sociaux existent il y en a pas mal, autant les utiliser pour faire du réseautage et non des commérages. Il ne faut pas rester bloqué, il faut qu’on s’entraide, qu’on réseaute. S’entraider pour changer est notre slogan à l’association…
En clair: réseautez, ne vous laissez pas avoir, croyez en vos idées.

Quelle route déjà tracée, en faveur du développement de la société haïtienne,  devrait-on suivre ?  L’éducation, c’est ce qui manque en Haïti. On n’a pas d’écoles, on a du business en Haïti. Les gens font du business ici. Si on arrive à avoir une éducation équilibrée, ce sera une réussite pour le pays.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Joel Widmaïer (Directeur artistique du Festival International de Jazz et batteur), Guy Registre Junior (Théâtre, festival quatre chemins)… Ce sont de bonnes actions pour permettre aux jeunes de passer leur frustration.

Un mot pour la fin ? Merci à cette initiative riche et noble. Persévérez dans le projet de Talan An Nou. Ça fait toujours du bien de parler de son association.


Message final aux jeunes : formez-vous, lancez-vous dans le bénévolat. En effet, propose ce que tu sais faire gratuitement, les gens verront de quoi tu es capable. Donner de son temps gratuitement est valorisant et nous ouvre à de belles opportunités. Par exemple : J’occupe un poste à France Volontaires. Il cherchait quelqu’un avec un master. Je n’en avais pas. Mais j’avais 5 années d’expériences de bénévolat…et grâce à elle, j’ai eu le poste !

"Réseautez, ne vous laissez pas avoir, croyez en vos idées"

jeunesse en développement haïti julien ganthier liv kap woulé bibliomoto
Bibliomoto Liv Kap Woulé, bibliothèque mobile qui va parcourir la région d’Aquin. Des ateliers d’écriture, de lecture, des formations seront donnés.

Avant de se quitter, découvrez Julien plus en détails: 

PORTRAIT

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Déterminé, ténacité. Dès que je me lance dans une activité, je vais jusqu’au bout.

Et en un mot ? À travers un animal : fourmi/abeille.

Que fais-tu de ton temps libre ? Je n’ai jamais de temps de libre. (Rires) Même quand je mange, je réfléchis et je travaille.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Je saute de joie.

Et une situation irritante? Ce n’est pas la fin, je réfléchis à de nouvelles stratégies.

Dans ta playlist, on trouve qui ? C’est difficile. Comme je suis dans le théâtre, on se rapproche vers des artistes africains…Musique slow engagée et aussi des musiques Racines d’Haïti.

Ton artiste préféré ? J’en ai plusieurs. Dieuvela Etienne (comédienne) Daniel Marcelin (comédien et mon ancien professeur), Mackenzie Orsel (écrivain haïtien) ça m’aide à m’inspirer. Je me rapproche de tout ce qui m’aide à avancer !

Ton repas préféré ? Riz blanc, sauce pois, touffé légumes (aussi appelé légume haïtien, recette ici).

Un voyage mémorable ? Au Burkina Faso, c’était wololoyyyy (Ndlr : expression utilisée par Julien quand quelque chose le dépasse) c’était en 2015 dans le cadre professionnel.

"Dès que je me lance dans une activité, je vais jusqu’au bout"

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines ? Tibétaine. Pour sa richesse, sa simplicité, la spiritualité. Je rajouterai aussi la culture haïtienne car elle est encore méconnue.

Des habitudes bizarres ? Oui par ex, je ris trop souvent… Un talent étrange ? Sur le plan stratégique oui. c’est de pouvoir faire deux activités différentes.

Dans la vie, qu’est-ce qui est important à tes yeux ? L’être humain.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Le sourire d’un enfant en détresse.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Continuer à aider mon prochain pour que tout le monde soit heureux.

jeunesse en développement haïti julien ganthier liv kap woulé bibliomoto

L’association Jeunesse en Développement en quelques mots :

C’est l’organisation d’un Camp d’été mais pas seulement ! Depuis 2010, installée dans la localité de Jonc Dodin d’Aquin, l’association, composée à la fois de jeunes de Port-au Prince et d’Aquin mène une multitude de projets : promotion du livre et de la lecture, mise en place d’une bibliothèque, soutien scolaire, séances d’animations socio-sportives, caravane théâtrale, évènements culturels, marches pour l’environnement, marche pour le doit des enfants, comédies musicales… Au fil des rencontres, l’association s’est structurée et elle s’enrichit de la contribution de tous, autant des amis étrangers qui viennent apporter une petite pièce à l’édifice, que des jeunes aquinois qui s’investissent au quotidien pour le développement de leur commune. Plus d’infos


Beonard Kervens Monteau, Écrivain, Slameur & Comédien

Beonard Kervens Monteau est un écrivain, slameur, comédien. À 25 ans, il inonde le papier de son esprit poétique à la recherche de “justice, tendresse et générosité”. Né à Port-au-Prince, il a voulu être critique littéraire. Finalement il préfère écrire pour vaincre la mort, notamment! Rencontre avec ce jeune haïtien, ô combien passionné!

Nom: Monteau PrénomBeonard Kervens Age:  25 ans Couleur: J’ai plutôt tendance à être caméléon, mais il me semble que j’ai beaucoup d’affinité avec le rouge.  

Dicton : ni dieu, ni maitre Activité professionnelle : Ecrivain, Slameur, Comédien

Lieu de résidence : Haïti  Contact: Facebook: Beo Monteau, Twitter: @woklobeonard, Instagram: Beo Monteau

PORTRAIT

Peux-tu te décrire en quelques mots ? Je suis un emmerdeur professionnel. J’ai beaucoup de complicité avec le risque. Je pense que je suis très généreux. Je suis un fonceur et je ne suis pas du tout sur de moi. Je me tâte toujours. J’adore l’aventure.

Et en un mot ? Passionner.

Que fais-tu de ton temps libre ? Je le passe surtout à vivre, après il m’arrive de beaucoup lire, de rire et de faire à manger.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Et une situation irritante? Dans les deux cas, j’angoisse. Je suis un écorché vif qui a toujours peur. J’angoisse et quand l’angoisse cannibale me mange les tripes, je finis par vomir et puis, ça va mieux. Je suis content face a la situation positive et pour l’irritante, je me prépare à faire des bonds, ne pas gaspiller ma vie à me morfondre.

Dans ta playlist, on trouve qui ? Il y a un super DJ que je ne me lasse pas d’écouter : Jonas Blue. Après, on trouve un peu de tout sur mon Deezer : Zachary Kibbee, Stevy Mahy, Sylvan Esso, Souleymane Diamanka, Rihanna, Ricky Blaze, PIC, Pharell Williams, Misié Sadik, Leo Ferré, Erol Josué, James Germain, Izolan, Christophe Maé, Beyoncé, les colocs, les sœurs Boulay, Edgar Sekloka, Emeline Michel, les Chainsmokers, Shawn Mendes. Je ne veux pas oublier le « Only for you » de Phyllisia Ross. Finalement je pense que je ne pourrais pas tous les citer, mais de la musique ce n’est pas ce qui me manque.

Ton artiste préféré ? Miss Lauryn, Lauryn Hill. The Miseducation est le meilleur album de tous les temps, passé et à venir. J’ai eu la chance de la voir en concert dans le festival de jazz de Montréal en 2016, Miss Lauryn me fait tout simplement frémir tellement elle est sublime.

Ton repas préféré ? Riz blanc et sauce chili. Je ne sais pas pourquoi. J’ai mangé du riz blanc avec de la sauce de chili chez mon ami Allenby Augustin et depuis c’est mon plat préféré.

Un voyage mémorable ? Je pense à Montréal, l’été 2016. J’étais venu pour deux mois pour me ressourcer finir mon recueil de nouvelles. Je suis reste finalement cinq mois et j’ai l’impression que j’aurais pu rester 40 ans. De mémoire de vagabond, j’ai retrouvé à Montréal quelque chose que je n’ai jamais vu, ni senti ailleurs. Quelque chose de l’ordre de l’impalpable, une magie. J’ai respiré la ville, la littérature, cette curieuse façon qu’ont les langues de s’emmêler, la musique, les gens, les festivals. Et puis cette possibilité de pouvoir se jeter dans le risque.

"Lauryn Hill. The Miseducation est le meilleur album de tous les temps, passé et à venir"

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascines et pourquoi ? J’adore découvrir. Je n’ai pas une culture particulière.

Des habitudes bizarres ? Un talent étrange ? Des habitudes bizarres, voyons, je suis capable de mourir de faim à côté du sandwich qui est là, sur ma table de travail. J’arrive tellement à oublier les besoins de mon corps quand j’écris. Talent étrange : je plais aux chiens, j’établis très vite de très grand rapport de tendresse avec les chiens.

Dans la vie, qu’est-ce qui est important à tes yeux ? La vie, pardi. Il me manque un certain contrôle sur l’espérance de vie. Encore que je suis athée, grâce à Dieu (rires). Je ne crois pas à aucune arrière monde où je vais continuer à vivre avec une robe blanche et une trompette. Je pense pouvoir dire, non merci a n’importe quel quantité de vierges qu’on m’offrirait, alors je brule ma vie par les deux bouts ici avant de redevenir poussière, poussière sans aucun dieu de cacher a l’intérieur. La vie, parce que la mort m’obsède. C’est pour ça que j’écris, pour sauver ma vie et celle de ceux que j’aime.

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Le désespoir n’est pas une mauvaise chose. Je préfère le désespoir à l’espoir, ça vous pousse à essayer de savoir votre limite le désespoir et à le surpasser, une course contre vous-même. Je ne veux pas d’espoir, c’est un beau mensonge qui nous fait stagner.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? J’ai une obsession de la solitude. Une maladie, je dirais. Mon rêve sera d’avoir mon bateau et de partir seul sur la mer pour me redécouvrir, faire la paix avec mes paysages intérieurs. Je pense qu’il y a un prix à payer pour faire un métier qui te rend aussi insupportable. Qui te fait ménager les autres sans arriver a bien les aimer. Il n’y a que la mer comme espace illimité ou le regard se noie, en se perdant pour retrouver sa propre identité.

"La vie, parce que la mort m’obsède. C’est pour ça que j’écris, pour sauver ma vie et celle de ceux que j’aime"

Beonard Kervens Monteau
©Pierre Michel Jean

PARCOURS

"Il y a un recueil de nouvelles qui va sortir bientôt, plus d’une quarantaine de texte de slam"

Quelle a été ta formation ? J’ai étudié les lettres modernes à l’école normale supérieure de l’université d’état d’Haïti.

Quand as-tu décidé de devenir écrivain ? slameur ? comédien ? Quelles sont tes œuvres ? Je ne crois pas que j’en ai eu conscience. Il y a une impossibilité à définir le moment d’un choix, où l’on comprend qu’entre mille autre chose on ne peut faire que celle-là. Je savais ce que je ne voulais pas devenir, mais je ne savais pas ce que je voulais devenir. J’avais une certaine attirance pour l’extravagance et le vagabondage. Ce qui m’intéressait, c’était le sens de la rébellion. J’avais besoin de quitter le code et je me suis mis comme ça à écrire, très tôt, sans ambition, pour remplir un vide.

Un camarade après un cours au lycée, m’avais emmené voir une répétition de la troupe Dram’art et je suis resté travailler sur un récital et ça a été le grand amour avec le metteur en scène Rolando Etienne et Gregory Alexandre. Et à cette même espace de la Bibliothèque Etoile Filante où l’on répétait, l’écrivain Bonel Auguste faisait les «Dimanches en poésie », j’y allais pour dire mes textes un peu bizarre qui empruntait et à ma culture hip-hop et à la poésie conservateur, un mixte bizarre qui plaisait aux gens. Un dimanche, Guezz Eliezer m’a dit que l’on appelait ce que je faisais du slam et on a monte un collectif : Feu Vers, pour sortir le public de sa zone confort.

Il y a un recueil de nouvelles qui va sortir bientôt, plus d’une quarantaine de texte de slam. J’ai travaillé sur plusieurs pièces de théâtre, sur plusieurs spectacles aussi, animé des ateliers d’écriture, des concerts et un long métrage avec le réalisateur François Marthouret, tourné entre Guadeloupe et Haïti. Je pense à plein de chose très varié tel que Slamasutra avec Feu Vers ou la mise en espace d’ « A l’ouest rien de nouveau » de Erich maria Remarque. Je pense à ma collaboration avec Emeline Michel sur le concert « Cœur à Cœur ». Je pense au projet Vwalye, la tournée Nationale et après une autre international, je pense à un Festival en France « Les accroches-cœur d’Angers » avec la brigade d’intervention théâtrale haïtienne (BITH).

Tu voulais être critique littéraire, pourquoi ce changement ? Je pense qu’il y a eu un appel, une envie de donner ce que j’avais, que de rester qu’à légitimer ce qu’écrivent les autres. J’ai répondu à une nécessité qui ne venait pas de moi et qui ne concernait pas que moi. Quelque chose qui tire la parole de moi et qui m’appelle à dire.

Beonard Kervens Monteau
©Gio Casimir

"J’écris pour contrer la mort. Tenter de me sauver, moi et quelques autres. Tuer le pathétique de la disparition des hommes."

Que défends-tu à travers ta position ? Quels sont tes domaines d’expertise ? Je ne défends pas quelque chose de précise. J’écris pour contrer la mort. Tenter de me sauver, moi et quelques autres. Tuer le pathétique de la disparition des hommes. Et il arrive de temps en temps aussi que la littérature face respirer le monde alors je continue.

Te considères-tu comme un porte-parole des jeunes Haïtiens ? Non, je suis une aspirine pour eux le temps d’une chanson, d’un roman ou d’un poème, c’est une part de don. Je n’ai pas une parole, une idée arrêté, un message, je ne suis pas le facteur. Je cherche comme tout le monde une certaine idée de la justice, de la tendresse et de la générosité.

Quels principaux obstacles as-tu rencontré dans ta vie ? Comment les as-tu surmontés ? J’ai le goût des obstacles, le goût du naufrage. Les atmosphères de décadence, d’écroulement, d’apocalypse ne m’a jamais découragé. Cela me donne envie d’être attentif pour le raconter dans un livre. Je suis doté d’un mécanisme psychologique particulier, tout déplaisir, peur, crainte, dette, obligation, se transforme en matière à raconter. C’est chanceux comme cynisme, penser venir au monde seulement pour le raconter aux autres. Je suis d’un narcissisme affreux, expansif, mais quand même généreux, parce que je ne peux pas la fuir.

Quelle est ta plus grande peur ? J’ai peur d’être heureux, de cesser de griffer comme un chat pour de la tendresse. Ce sera finit de moi. Je perdrai la voix et perdre la voix est analogue à être enterré vivant. Je veux encore trainer mes angoisses et n’avoir pas de prédisposition au bonheur. Curieux, quand avec mes deux meilleurs potes, j’ai crée la communauté du bonheur pour faire l’éloge du vivre ensemble.

Des projets futurs ? Me faire un café et attendre la chose inattendu qui façonnera mon avenir. J’attends un magicien, pour me faire lire ce que j’écrirais dans quelques années. Je suis en train d’écrire remplis d’incertitude que je ne veux pas en parler.

"Je savais ce que je ne voulais pas devenir, mais je ne savais pas ce que je voulais devenir. J’avais une certaine attirance pour l’extravagance et le vagabondage. Ce qui m’intéressait, c’était le sens de la rébellion"

INSPIRATION

Vidéo “Debout dans la vie (Beo et Jeh)”

Qui est ton modèle dans la vie ? Je suis assez narcissique pour être mon propre modèle. Un créateur parle de lui-même. Il est obligé de parler seulement de lui-même. Mais en même temps, il y a tellement d’autres voix en moi. Je dois à Brel, à Fellini, à Marguerite Duras, à Tupac et à tant d’autre.

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Je n’ai pas trouvé pour l’instant mais il y a des jours ou j’en ai des tas. Aujourd’hui, je n’ai que des clichés dans la tête.

Quelle est ta principale source d’inspiration ? L’inspiration c’est d’avoir l’envie de faire quelque chose. La source est intarissable. Et je trouve que la vie à toujours beaucoup d’imagination, il suffit de la regarder.

"La vie à toujours beaucoup d’imagination, il suffit de la regarder"

MESSAGE

"Il faut qu’ils se perdent pour retrouver d’autres chemins"

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes haïtiens/caribéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ? Ce serait de leur dire de ne pas être prudent. Il n’y a pas d’intensité sans risque. Il faut qu’ils se perdent pour retrouver d’autres chemins. Qu’ils se jettent corps perdu dans leur tentation impossible sans carte, ni boussole. Seule la prudence les égarera dans leur quête.

Quelle route déjà tracée, en faveur du développement de la société haïtienne,  devrait-on suivre ? Tracée par qui ? Ne m’en voulez pas, je suis un grand pessimiste. Mais je pense à la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal), je pense à Michelle Duvivier Pierre-Louis, je me dis qu’il reste quelque chose, une trace. J’admire beaucoup cette grande dame.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Je pense aux endroits où les copains se rencontrent, je pense à la soupe de la gauche chez Rodolphe Mathurin. Un espace de rencontre avec un dénominateur commun de tendresse

Un mot pour la fin ? Trois petits points de suspension pour laisser tourner et ne pas finir…

Beonard Kervens Monteau
©Sephora Monteau