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Brother Jimmy est un producteur, activiste culturel. Et surtout, présentateur de la mythique émission B.World Connection, qui a d’ailleurs influencé la création de Talan An Nou.

En plus de la célébration annuelle du “Black History Month”, Février 2016 marque ses 20 ans de carrière dans l’Audiovisuel. En exclusivité, il répond aux questions de Talan An Nou. 

« Apa pas an ka soti dè on piti péyi kè an pé pa fè dé gran biten. Annou woté lè «ti é piti» lè nou ka palé. Tu es un citoyen du monde, la planète t’appartient comme elle appartient à tout le monde »

Nom: Brother Jimmy    Couleur préférée: Rouge    Dicton: « Muscle ton cerveau! » – Brother Jimmy

Activité professionnelle: Producteur, Présentateur, Activiste culturel    Lieu de résidence: Guadeloupe

Contact: www.bworldconnection.tv


PORTRAIT


Peux-tu te décrire en quelques mots ? Je suis quelqu’un d’entreprenant et qui ne lâche pas l’affaire.

Et en un mot ? Solide.

Que fait-tu de ton temps libre ? Je n’en ai jamais. Le temps, je l’occupe 🙂 . Sinon, quand je ne travaille pas, on dira: lecture, musique, foot.

Face à une situation positive, comment réagis-tu ? Je suis heureux, je peux même crier de joie. 

Et une situation irritante ? Cela dépend de la situation.

Qui trouve-t-on dans ta playlist ? Impossible de choisir. On dira un catalogue de reggae music avec une tendance pour les chansons conscientes et d’amour. En plus du reggae, j’aime écouter de la soul, du gwoka, du jazz (Dexter Gordon, Thelenius Monk, etc.)

Ton artiste préféré ? J’ai une fascination pour Bob Marley, le lyricist. Ses chansons et ses textes me déchirent la tête car c’est intemporel. D’autant plus que les thèmes abordés sont toujours d’actualité. D’ailleurs, suite à la vague d’attentats survenue en France, on m’a demandé de choisir 3 chansons de Bob:

« Too much trouble in the world » (c’est la réalité); « War » (Discours de Haile Selassie a l’ONU, « Tant que la couleur de peau, les religions feront les différences, il y aura toujours la guerre »); « One love » (C’est l’amour qui amène le bien). Ces 3 chansons résument le monde dans lequel on vit.

Un plat préféré ? Un plat à base d’igname, de madère, de patate douce, mélangées avec du fricassé du lambi.

« Je suis fasciné par toutes les cultures. D’ailleurs, ce sont les autres cultures qui ont suscité chez moi une telle fascination pour la culture noire »

Un voyage mémorable ? Africa Africa Africa! Tous mes voyages en Afrique sont mémorables. Bien sûr, le 1er a été marquant, j’ai même embrassé le sol à mon arrivée. D’ailleurs, j’encourage tous les Noirs à poser les pieds en Afrique ne serait-ce qu’une fois, car c’est le berceau de l’humanité. Tout comme les chrétiens qui vont à Lourdes en pèlerinage, ou les musulmans qui se rendent à la Mecque, les Noirs de la Caraïbe et du monde entier devraient aller en Afrique. Tout Noir qui s’y rend verra un changement s’opérer en lui automatiquement. Quand on va là-bas, il y a toujours un avant et un après. Ce qui est puissant, c’est que même les gens qui ont rejeté l’Afrique toute leur vie, veulent finalement connaître le continent noir sur leurs vieux jours.

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© B.World Connection

A travers ton expérience personnelle, quelle culture te fascine et pourquoi ? Je suis fasciné par toutes les cultures. D’ailleurs, ce sont les autres cultures qui ont suscité chez moi une telle fascination pour la culture noire. Durant mon enfance, j’ai vécu dans un foyer, chaque gars défendait sa culture à fond. Mes potes érythréens, syro-libanais, juifs ou musulmans m’ouvraient sur le Monde. A cette époque, j’étais imprégné par ma culture zouk, gwoka, des morceaux de Kassav et un peu des Aiglons.

En côtoyant d’autres ethnies, cultures et religions, j’ai vu l’immensité de la culture et ça m’a fasciné. De plus, quand j’ai commencé à lire Marcus Garvey, j’ai pris conscience de la richesse de la culture noire, de l’histoire de l’Afrique précoloniale, ainsi que celle des Arawaks. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si mon sound system s’appelle « Karukera Sound System ». Enfin, ma mère qui était originaire d’Haiti me parlait aussi souvent des Arawaks.

Des habitudes bizarres ? J’écris en altitude (rire) [Voir la vidéo ci-dessous, NDLR]! En fait, J’adore écrire et je suis très inspiré quand je prends l’avion et que je suis en plein vol.

 

 

Un talent étrange ? Oui, j’en suis fier mais il ne se voit pas. Mes amis peuvent en témoigner: j’ai des visions, je sens des choses, aussi bien les bonnes que les mauvaises. La plus grosse frustration est quelquefois de ne pas pouvoir changer le cours des événements quand même.

« Je suis naturellement optimiste. Je suis passionné par ce que je fais donc, je cultive toujours l’espoir. Même si des fois c’est dur, l’espoir revient »

Qu’est-ce qui te donne de l’espoir généralement ? Je suis naturellement optimiste. Je suis passionné par ce que je fais donc, je cultive toujours l’espoir. Même si des fois c’est dur, l’espoir revient. Par exemple, B.World Connection a connu de nombreuses galères, j’ai eu le moral à zéro mais je n’ai jamais perdu la foi. Ou encore, quand il reste 15 min de jeu dans un match de foot où mon équipe est en train de perdre à 3-0, je garde espoir.

Si demain tu décidais de tout arrêter pour vivre ton plus grand rêve, tu ferais quoi ? Partir en Afrique et travailler dans une vraie ONG locale ou vivre dans un village à proximité d’un fleuve où on trouverait à boire et à manger. On vivrait du troc, en travaillant et sans internet. Et dire que l’on me traite de « geek ». En fait, j’utilise internet pour mon travail, mes écrits, mes pensées, mes coups de gueule depuis 2009. Avant j’étais anti-facebook et réseaux sociaux.

Tout cela me canalise. Mais des fois, j’ai envie de tout lâcher pour vraiment vivre des relations personnelles, humaines… Beaucoup de personnes me disent qu’ils adorent mes voyages, mais il faut savoir que dans mes voyages, ce qui m’enrichit le plus, c’est de rencontrer des gens. C’est trop bon! Je suis davantage marqué par certaines discussions que par certains monuments visités.

Tournage Jesse Jackson (de gauche à droite): Patrick Laupen (Ingénieur du son), Harold Lombion (Chef opérateur), Laurent Relmy (Conseiller artistique), Jesse Jackson, Brother Jimmy (Présentateur et Producteur), Philippe Mugerin (Réalisateur), Kalil Sarkis (Chef opérateur). © B.World Connection


PARCOURS


Quand as-tu décidé de te lancer dans l’audiovisuel ? Et pourquoi ? Je suis avant tout un militant. Avant que je sois à la TV, je faisais des sound system depuis plus de 10 ans. Aujourd’hui, en ce mois de Black History Month de février 2016, je fête mes 20 ans de télévision. 20 ans déjà, mais mon parcours s’est fait en plusieurs étapes.

Fnac

J’ai commencé par la Fnac. C’est à ce moment que j’ai pris conscience du pouvoir de la communication. Au départ, j’étais magasinier (emballage de CD dans des cartons à livrer dans toutes les Fnac de France). Puis, je suis devenu commercial reggae grâce à mon patron de l’époque qui avait décelé chez moi certaines qualités. Par la suite, on me demandait d’écrire des articles, de passer dans des émissions radios. Cela m’a permis de prendre confiance en moi.

Somalie Sound

Lors de mon poste de magasinier, c’était la famine, la guerre en Somalie. Un reportage sur le sujet m’avait choqué, je ne voulais pas rester sans rien faire. Je me suis associé avec un pote rasta, originaire de Cuba et on a monté un des plus fameux sound system des années 90′, le Somalie Sound System. Lui avait le studio, la salle, moi le carnet d’adresse des médias grâce à la Fnac. J’ai ainsi contacté TF1, Télérama etc… Le jour J, à l’Espace des Peupliers, une salle à Paris d’une capacité de 1 500 personnes, un mec arrive en panique à 21h en pensant qu’il était en retard, avec un look pas « sound system » du tout, mais plutôt lunettes d’intello, blond aux yeux bleus. C’était un journaliste de Télérama. Enchanté par l’événement, il me dit que je devrais penser à bosser dans les médias car je savais transmettre ma passion et vendre mon projet.

« Moi, je voulais continuer à toaster car je me considérais comme un rebelle. D’ailleurs, je le suis toujours (🎤« Rebelle je le suis, rebelle je le reste! ») »

Le sound system avait ramené énormément de monde et les chanteurs tels que Mc Janik ou Jah Mike étaient convaincus eux aussi que je finirais dans la communication. Pour moi c’était inimaginable d’aller à la TV, dans les radios, c’était le système babylone à mes yeux. Moi, je voulais continuer à toaster car je me considérais comme un rebelle. D’ailleurs, je le suis toujours (🎤 « rebelle je le suis, rebelle je le reste! »).

TV – Guadeloupe

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Karukéra Sound System ©blackmanjetaime

En France, on a tous connu Pablo Master. Moi, je suis de l’autre génération « active pacifiste » et un des membres actifs du mouvement qui a permis que les sound system soient légaux et officiels. J’ai ramené la presse, les bourgeois et des gens qui ont contribué à l’ouverture des Sound System.

Je suis arrivé en Guadeloupe en 1995. Alors que le dancehall explosait en France, ici, il était mal vu et « wanted ». C’est la chanson « Mandela » qui marchait très bien et qui a provoqué ma venue. Je l’ai interprété dans l’émission télévisée Partition sur RFO. J’ai décidé de rester en Guadeloupe pour faire des sound system et j’ai monté le Karukéra Sound System. J’ai tout de suite compris que si je voulais que ça explose, il fallait passer par les médias.

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© Antilles Mizik

KSS / BIG UP – Canal 10

J’ai donc créé une émission de radio sur la 106.2. J’avais carte blanche, c’était ma première émission qui s’appelait « KSS », diffusée sur les ondes le samedi après-midi de 14h à 16h. Elle était très écoutée. Et puis, en Février 1996, j’ai franchi le pas, je voulais rajouter l’image aux sons. C’était l’ère des clips, des vidéos.

J’ai passé alors un essai sur la chaine locale Canal 10 et ils ont accepté le concept. L’émission quotidienne BIG UP était née, diffusée du lundi au samedi. Elle a duré 3 saisons sur Canal 10. L’émission était populaire et a marqué plusieurs générations. Humblement, je pense qu’elle a contribué à faire avancer le mouvement. Pourtant, j’ai dû me résigner à l’arrêter car le succès avait l’inconvénient de provoquer chez certaines personnes aussi bien, à Canal 10 que dans le milieu reggae dance-hall, beaucoup d’animosité. Alors pour éviter tout affrontement, j’ai préféré partir. 

Deux semaines plus tard, Liliane Francil, la directrice des programmes de RFO, me relançait pour la 3ème fois pour intégrer sa grille. Avec la garantie de pouvoir continuer à promouvoir le mouvement reggae dancehall et le KSS, j’ai accepté. Voilà comment à redémarrer ma carrière audiovisuelle. J’ai donc commencé à collaborer avec RFO en Septembre 1998.

« Mon émission Réyèl Attitudes sur RFO consistait à inviter les jeunes à venir discuter des difficultés qu’ils rencontraient dans notre société (violence, alcool, sexe, etc.) »

Réyèl attitudes – RFO

Mon émission Réyèl Attitudes sur RFO consistait à inviter les jeunes à venir discuter des difficultés qu’ils rencontraient dans notre société (violence, alcool, sexe, etc.). De plus, des artistes émergents du hip hop/reggae étaient conviés également. Ce fut un succès, l’émission trouva son public, c’était du jamais vu sur les antennes de RFO. Mais à l’époque, le fait de porter des dreadslocks ne faisait pas l’unanimité. La chaine décida alors de changer d’animateur tout en gardant le concept. J’ai été débarqué de l’émission, et j’ai alors proposé alors un autre concept comme je l’ai toujours fait. L’idée c’est alors de sortir des studios pour aller dans la rue. C’était l’émission « Réyèl an Mouvman ». Bingo, au bout d’un mois, son audience était plus forte que celle de Réyèl Attitud qui s’arrêta au mois de Juin suivant alors que Réyèl an Mouvman continua durant 3 saisons, jusqu’en 2001, l’année où je perdis ma mère, au mois d’Aout.

Radio- RFO

logo RFO_4_A cet instant, alors que je pensais quitter RFO, la radio me proposa un créneau. J’ai crée l’émission « Reggae time » qui marcha très bien. Et puis, on me proposa en septembre de remplacer un monument de la radio  Robert Dieupart qui animait l’émission « Pawol de nuit ». On lui avait proposé à son tour une nouvelle émission « Portrait cachés », diffusée dans l’après-midi. J’ai été donc annoncé en grande pompe, mais l’idée ne passait pas. La presse locale me traitait de tous les noms et le public de Robert ne voulait pas entendre parler de moi.

Un comité de soutien de Robert Dieupart fut même créé pour qu’il retrouve sa place, même si celui-ci m’accordait tout son soutien. Mon concept d’émission était alors un talk show, « Les raleurs » basé sur l’actualité. Mon désir était d’entendre mon peuple, de discuter sur tous les sujets d’actualité. Dans la presse locale, on n’enfermait le peuple que dans des faits divers, alors je voulais débattre sur l’actualité locale, nationale et internationale.

L’émission durait 3h, de 21h à 00h. J’avais, comme dans ma précédente émission Réyèl Attitudes, un consultant expert des sujets traités. L’antenne était d’abord fermée puis ouverte aux auditeurs.

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© B.World Connection

Finalement, dès le 1er appel, les auditeurs fidèles de Robert Dieupart m’ont adopté, félicité et encouragé pour la suite. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner, 16 lignes en simultanée. Un outil formidable. A partir de ce jour, et ce pendant 3 saisons, de 2001 à 2003, l’émission a cartonné.

On a traité de grands sujets comme le 11 septembre, ou encore de la crise en Côte d’Ivoire, avec des invités en Côte d’Ivoire et des auditeurs en Guadeloupe. Les Ivoiriens étaient agréablement surpris que la Guadeloupe s’intéresse à eux. Cette émission a duré 3 soirs d’affilés, soit 9h d’émissions sur le sujet. La présidence ivoirienne en fut informée. Et ne voilà t-il pas que je reçu des billets, à l’invitation de la Côte d’Ivoire pour venir visiter le pays. C’est ainsi que j’ai mis les pieds en Afrique pour la première fois.

Comment est né le concept Bworld Connection ? Il est né naturellement. J’avais beaucoup de choses dans ma tête. Cinq années se sont écoulées entre ma première idée et l’émission. Beaucoup d’idées ont d’ailleurs germé de situations qui m’irritaient.

« J’étais révolté mais cela démontrait la nécessité de diffuser une image positive du peuple Noir. De plus, j’étais imprégné de toutes mes lectures de Marcus Garvey »

Prémices

Je me dois de citer par exemple un événement qui a eu un effet déclencheur. Au début des années 2000, l’animateur Ibo Simon était très populaire sur les antennes de Canal 10. Une des ses émissions m’avait choqué, il se frottait avec des produits détergents pour évoquer la honte que lui inspirait les Noirs et sa couleur de peau. J’étais révolté mais cela démontrait la nécessité de diffuser une image positive du peuple Noir. De plus, j’étais imprégné de toutes mes lectures de Marcus Garvey.

Naissance de B.World Connection

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© La 1ère


Dans un premier temps, j’ai soumis mon projet au directeur de RFO de l’époque mais, il n’était pas prêt. 
J’ai ravalé mon projet jusqu’à ma rencontre avec Lilian Thuram en 2001 que j’avais rencontré grâce à son cousin Max Byram. Il était en phase avec ce projet, d’autant plus que l’émission radio les Raleurs venait de s’arrêter. Lilian désirait également stopper les stéréotypes négatifs envers les Noirs et promouvoir des exemples positifs. Il décida de financer le projet, et accepta également que la première émission lui soit consacrée. La 1ère diffusion à la TV eu lieu le 16 Décembre 2003.

B.World Connection est tombé à pic car en 2003 régnait en France la polémique qui prenait de l’ampleur sur la colonisation positive. Ce programme a été une des premières productions audiovisuelles du PAF (paysage audiovisuel français) à dénoncer cette vision et pensée de colonisation positive. De plus, nous avons su montrer que B.World Connection n’était pas une émission que pour les antillais, fait par des antillais. Non, c’est une émission pour la diaspora et aussi pour les gens non issus de la diaspora. Car il faut faire un travail d’éducation global: sur les personnes issues de notre peuple mais aussi sur les autres cultures.

Dès la création du programme, ce fut une confrontation pour déconstruire les idées, les préjugés, dénoncer les discriminations. On peut dire qu’après 13 ans, le combat est toujours d’actualité mais on a gagné quelques batailles. De toute façon, on ne peut que gagner. C’est une longue guerre (culturelle, psychologique, idéologique) mais, au final, chaque année les activistes du monde entier, comme nous le faisons nous-même font perdre du terrain à toutes ces pensées discriminatoires.

Une des émissions les plus importantes parmi la centaine que l’on a faite: rencontrer Wyclef aux USA et en créole haïtien. On a montré que « Ti ayisien la kè zot ka mal palé la i konnèt kilti ay, istwa ay »1.

« Je suis très reconnaissant envers Lilian Thuram pour ce qu’il a fait pour cette émission. Je remercie également Firmine Richard et Wyclef Jean car ils ont lancé l’émission »

En nous montrant sa richesse, son message était « Sa ki pli importan sé kilti an nou, langaj an nou… tout riches’ la, ou pa ka méné sa an tonb aw »2. Alow mi sé sa ki pli importan kè moun vwè. Lè an ka pati an ka pati tou sèl avè nanm an mwen3Lilian Thuram avait aussi avait marqué les esprits en disant que la coupe du monde n’était rien à côté de sa rencontre avec Nelson Mandela. Pour reprendre ses mots, il disait: « Jimmy qu’est-ce que c’est une coupe du Monde comparée à 5min passées avec Nelson Mandela ? »

Je suis très reconnaissant envers Lilian Thuram pour ce qu’il a fait pour cette émission. Je remercie également Firmine Richard et Wyclef Jean car ils ont lancé l’émission. Je n’oublie également pas 3 personnes en Afrique : le regretté Joseph Ndiaye (conservateur de la maison des esclaves de Gorée), Cheick Modibo Diarra le navigateur spatial, et l’écrivain activiste Aminata Traoré. Puis, je remercie tous les autres invités et les gens de la Guadeloupe de la Caraïbe, de la Jamaïque et du monde entier qui nous suivent depuis si longtemps.

As-tu conscience de l’impact de tes émissions sur ta communauté ? Oui, on s’en rend compte tous les jours sur le terrain, surtout chez les jeunes et c’est notre grande fierté. Je pense que la communauté adhère car elle s’y retrouve, aussi bien sur le contenu que sur la forme. Maintenant, par rapport aux difficultés que l’on traverse pour faire subsister ce programme, je souhaiterais que cette adhésion se transforme en soutien actif. Après 13 ans d’existence, nous entamons la deuxième ère de B.World Connection. Nous avons calculé que si chaque fan contribuait ne serait-ce qu’à hauteur de 5€ sur notre plateforme de crowfunding, nous pourrions aspirer à une autonomie de production et continuer à assurer sans crainte notre mission que nous considérons d’intérêt public. Ainsi, nous ne dépendrons plus des diffuseurs tv et nous pourrons éviter des situations graves comme l’interruption de programme de 8 mois l’année dernière, ou encore celle que nous vivons actuellement.

Toutes ces épreuves m’ont servi d’expérience et ont augmenté la détermination de notre équipe que je salue. Une équipe soudée qui se bat matin midi et soir, et qui travaille actuellement sur la création d’un nouveau site internet qui sera doté de nouveaux outils. Donc, je le redis, actuellement, la meilleure façon de nous remercier, en plus de regarder nos programmes, c’est de contribuer même avec de petits montants.

D’autre part, je veux continuer à intervenir bénévolement dans les écoles. C’est aussi cela la contribution de B.World Connection. Nous n’excluons pas, comme nous l’avons déjà fait d’aider des étudiants sous forme de bourse et de continuer notre engagement social également sur le terrain.

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Quelle a été ta formation ? Une seule formation: soudeur. A une époque, je voulais devenir soudeur sous marin sur les plateformes pétrolières. A 16-17 ans, mon prof du centre de formation m’avait dit que le salaire était intéressant et la retraite à 35 ans/40 ans… Malheureusement, j’ai eu un accident à la main qui a compromit ce projet. Sinon, je suis un autodidacte.

Avec ton engagement, que cherches-tu à transmettre ? La connaissance, le savoir et la transmission. Car tout au long de ma vie, c’est l’acquisition de connaissance et de savoir qui ont modifié mon comportement. Il n’y a pas plus ignorant que celui qui ne sait pas.

 « S’émanciper pour prendre confiance en soi, pour pouvoir penser par soi-même et commencer à déconstruire certaines idées que le colonialisme et le système t’ont mis dans ton disque dur depuis tout petit »

 

Face à un système qui ne favorisent pas forcément les jeunes Noirs diplômés, où c’est l’argent facile, la corruption qui priment, à part ta connaissance et ton savoir qu’est-ce qui peut te sauver? L’éducation des parents fonctionne aussi mais elle a du mal à résister à la société actuelle. Pourquoi tant de jeunes noirs sont en prison aux USA et ailleurs? Car ils n’ont pas eu la chance d’avoir la connaissance et le savoir. Certains l’ont eues, mais leur mental n’était pas assez fort pour résister aux pièges du système.

Voilà pourquoi je cherche à transmettre. Moi aussi, j’ai pris conscience de mon histoire trop tardivement. J’ai commencé vers 20-22 ans à bien comprendre les choses et à les analyser. C’est quand tu t’émancipes réellement que tu comprends bien, s’émanciper par rapport à ton histoire mais pas seulement, s’émanciper en tant qu’individu… S’émanciper pour prendre confiance en soi, pour pouvoir penser par soi-même et commencer à déconstruire certaines idées que le colonialisme et le système t’ont mis dans ton disque dur depuis tout petit.

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© B.World Connection

Le travail que j’essaie de faire, c’est de transmettre ce que moi j’ai appris à 20-22 ans. Je veux que mes compatriotes, ma diaspora mais aussi le jeune blanc, le jeune asiatique apprennent cela à 7-8 ans. Plus tôt on connaît son histoire, l’histoire universelle, plus tôt on évite certains pièges et certaines erreurs. 

Combien de jeunes te disent qu’ils ont connu l’histoire des Noirs en prison, car ils avaient du temps de lire Malcom X, Lumumba, Steve Biko ou Martin Luther King ? Ils te disent que s’ils avaient lu ça avant, jamais ils se seraient retrouvés en prison. Ils réalisent qu’en fin de compte, il y a des gens qui sont contents de voir des jeunes Noirs rentrer en prison à la pelle. C’est en lisant certains livres qu’ils comprennent ça.

Comment te vient l’inspiration pour trouver des sujets ? La lecture, les personnes rencontrées dans la rue ou encore sur les tournages. La musique a un grand rôle car on écoute de la soul, du jazz, du reggae, beaucoup de musique à textes. Beaucoup d’émissions sont nées comme ça.

Suivant ton expérience, quelle a été la chose la plus difficile à accomplir pour réaliser tes rêves ? Les épreuves de la vie. Tous les jours on a des obstacles. Chaque obstacle que j’ai réussi à surmonter et à éviter m’a permis de grandir. Mes rêves sont liés à des réalisations… En d’autres termes, mes rêves sont plus des objectifs. Comme tout objectif, je fais le maximum pour les atteindre.

Quelle est ta plus grande peur ? De mourir avant d’avoir réalisé certaines choses. Tous les jours je pense à la mort. Depuis que ma mère est morte le 14 Août 2001, j’ai une relation particulière avec la mort. Je n’en ai pas peur, au contraire j’ai tellement envie de vivre que j’ai peur de mourir avant de réaliser certaines choses.

Jesse Jimmy

© B.World Connection

Des projets futurs ? J’en ai énormément dans différents domaines: faire venir en Guadeloupe et ailleurs certaines personnalités, comme on a réussi à faire pour Jesse Jackson. Sa venue a été un plus pour la Guadeloupe et la Martinique. Cela contribue au rapprochement des peuples. On pourra aussi inviter des personnes dans la musique, la culture, ou le cinéma qui peuvent transmettre à la jeunesse. 

Professionnellement, je serai heureux quand je pourrais embaucher un peu plus de jeunes guadeloupéens, les faire voyager à l’international. Je pense notamment aux jeunes qui sont à l’école de l’audiovisuel. J’aimerais faire beaucoup autour du monde audiovisuel, sportif, culturel, éducatif. Nous avons encore beaucoup de chantiers à développer. Nous voulons que tout le monde y contribue, acteurs, citoyens, privés et politiques.

1 « Le petit haïtien que vous médisez, il connaît sa culture, son histoire » (Traduction)

« Ce qui est plus important c’est notre culture, notre language… L’argent, tu ne l’emmènes pas dans ta tombe » (Traduction)

3 Alors, voici le plus important à retenir. Quand je pars, je pars tout seul avec mon âme. (Traduction)


INSPIRATION


« J’en reviens donc aux fondements de B.World Connection, connecter les mouvements car quand les mouvements sont connectés, même si on attaque un homme, et bien, le mouvement continue »

Qui est ton modèle dans la vie ? Principalement nos leaders, mais également ceux en dehors de notre communauté. Je peux citer par exemple Marcus Garvey, Malcom X, Nelson Mandela, Steve Biko, Lumumba ou encore des rois comme Chaka Zulu dans l’histoire de l’africaine précoloniale sans oublier nos héros nationaux Ignace, Delgrès et Solitude qui ont mené les guerres de résistance.

Je rajouterai que j’ai des héros dans chaque époque. Parmi mes modèles, je place les sportifs de haut niveau en tête de peloton. Car leur grand mérite est de savoir résister à la pression même devant 100 000 personnes qui les regardent. Mais pour répondre de façon précise à la question, si je ne devais en citer qu’un modèle, ce serait Marcus Garvey.

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© Goodreads

Si tu étais une personnalité qui a marqué notre histoire, ce serait qui ? Pourquoi ? Pour la Guadeloupe, ce serait Ignace, pour les USA Malcom X, pour l’Afrique Steve Biko et Mandela. Ce qu’il faut retenir concernant toutes ces personnes, c’est que ce sont des individus qui se sont sacrifiés et mobilisés avant tout. Ils ont tout donné pour le collectif, le meilleur d’eux-mêmes pour le collectif. C’est comme dans le sport, par exemple le football. Il faut être le meilleur individu pour pouvoir servir le collectif. Dans la vie c’est pareil.

Tous nos héros se sont d’abord engagés individuellement dans leur combat, car ils avaient leurs convictions personnelles. Ce sont des gens qui ont su fédérer d’autres personnes et diriger des milliers de personnes autour de leurs paroles, de leurs convictions et de leurs projets. Mais c’est aussi ce qui a causé leur perte car ils ont été victimes de leurs succès. En parvenant à fédérer tous ces gens autour d’eux, ils ont laissé une porte ouverte à leurs ennemis qui les ont infiltrés pour détruire leur mouvement de l’intérieur.

Tous ces héros étaient des gens au grand cœur, ils ont été victimes du manque de solidarité au niveau de la base. Ils ont été lâchés par les gens qu’ils avaient eux-mêmes poussés vers l’avant. J’avoue que c’est un trait de notre histoire qui m’interpelle énormément. J’ai l’impression que c’est une leçon d’histoire qui se répète un peu trop souvent concernant le peuple Noir.

Il faut prendre le temps d’y réfléchir et de méditer sur cette situation, et revoir notre façon de travailler ensemble. Nous avons été souvent dans l’attente d’un Messie Noir, du coup les adversaires n’ont plus qu’à éliminer l’idole et le mouvement se détruit automatiquement.

J’en reviens donc aux fondements de B.World Connection, connecter les mouvements car quand les mouvements sont connectés, même si on attaque un homme, et bien, le mouvement continue.

Carolyn Cooper

© B.World Connection


MESSAGE


 

« Il ne faut jamais négliger sa force, sa culture, sa puissance et sa famille »

Que dirais-tu aux jeunes et moins jeunes guadeloupéens pour les motiver et les pousser à vivre leurs rêves ?

Deux choses:

1) Zot ni on manni ka kryé nou ti nèg, ti gwadloupéyen, piti péyi. Apa pas an ka soti dè on piti péyi kè an pé pa fè dé gran biten. Annou woté lè « ti é piti » lè nou ka palé4. Tu es un citoyen du monde, la planète t’appartient comme elle appartient à tout le monde. Pour celui qui est en Guadeloupe, dans les communes ou encore dans les quartiers, je lui dis: tu es peut-être le seul à avoir pensé au projet que tu as en tête. Nul autre que toi ne peut le réaliser, et celui-ci peut changer la face du Monde. Donc, il ne faut jamais négliger sa force, sa culture, sa puissance et sa famille.

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© B.World Connection

2) Avoir la confiance en soi. C’est quoi? On ne peut pas dire:« Allô, Mr confiance en moi, tu peux venir? » On arrive à l’acquérir depuis tout petit en faisant des exercices. Il faut par exemple relever les défis dans des domaines où l’on a des qualités. Nous avons tous un don sur Terre que nous découvrons en faisant ce que nous aimons. Observe ce que tu aimes, fais-le à fond et sans limite. Cette démarche offre de grandes chances de réussite même pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir un excellent bagage scolaire.


« Nous avons tous un don sur Terre que nous découvrons en faisant ce que nous aimons. Observe ce que tu aimes, fais le à fond et sans limite » 

Car évidemment, c’est un atout, mais quand on est animé d’une passion, on peut se sortir de beaucoup de situations. Par exemple, un gars peut exceller dans le basket, ou dans les maths et avoir du mal à s’adapter au système scolaire. Et bien, en vivant à fond sa passion, il s’offre de grandes chances de réussite. Il ne faut jamais se laisser dire qu’on n’est pas capable de faire certaines choses. Au contraire, quand l’on doute de nous, nous devons redoubler d’effort et prouver que l’on a raison. Ce doit être une source de motivation.

La confiance en soi s’acquiert depuis tout petit. Elle nous vient de l’éducation de nos parents. C’est bien de donner des conseils aux jeunes mais en fin de compte, c’est aux parents qu’il faudrait donner des conseils. Ce n’est pas parce que ton gamin ne peut pas être footballeur, ou docteur comme tu l’aurais souhaité qu’il ne faut pas le soutenir. Il faut accompagner nos enfants dans leurs rêves et non les accompagner pour qu’ils réalisent nos propres rêves. Beaucoup de jeunes ont échoué pour ces raisons. Je recueille de très nombreux témoignages de gamins qui vont dans ce sens.

Comme disait le président Barack Obama que nous avons eu la chance de rencontrer avec B.World Connection au Black Caucus à Washington en 2009 et 2015, il y a un accompagnement à faire, il ne faut pas livrer les enfants à eux-mêmes. Il faut s’en préoccuper. Les devoirs ne se feront pas tout seuls en les laissant devant la télé ou la Playstation. Le gamin ne pourra pas se réaliser pendant que nous parents, regardons la télé ou jouons au loto.

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© B.World Connection

Quelle direction devrait-on suivre, en faveur de notre société guadeloupéenne ? La Guadeloupe ne se rend pas compte de tout ce qu’elle perd sur le plan culturel, commercial, politique et à d’autres niveaux. Dans le domaine des échanges, il y a de vrais programmes à mettre en place avec la Caraïbe, l’Afrique et l’Inde. On ne peut pas regarder que vers l’Europe. Jusqu’à maintenant, mais si les choses sont susceptibles d’évoluer, la majorité de la population est d’ascendance africaine.

Alors, comment expliquer la faiblesse des relations avec nos voisins caribéens et nos parents africains? Ce n’est pas utopique de penser le contraire. Pourquoi ne pas mettre une liaison aérienne entre Pointe-à-Pitre et Dakar à seulement 5h en vol direct? Cela pourrait créer un pont entre la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe et toute la Caraïbe en direction de l’Afrique. Vous imaginez tous les échanges commerciaux et culturels qui pourraient se faire. Et ne venez pas nous dire que cette ligne ne serait pas rentable. Avec une vraie volonté politique et culturelle, ce type de projet peut aboutir.

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Il faut se donner le temps et les moyens, car ils existent. Il n’y a qu’à voir toutes les subventions déversées qui ne bénéficient toujours qu’aux mêmes. L’Afrique représente aujourd’hui l’un des plus grands potentiels de développement dans le Monde. Nous devons être les acteurs privilégiés de ce développement et instaurer d’autres rapports basés sur le modèle gagnant/gagnant et en finir avec les pratiques de ceux qui continuent encore aujourd’hui à piller l’Afrique. En clair, nous devons décider en Guadeloupe de notre modèle de développement et non pas laisser d’autres personnes décider pour nous.

Quelles actions positives de compatriotes admires-tu ? Ce que j’admire c’est toute la nouvelle génération. Elle n’est pas en opposition avec l’ancienne. D’ailleurs, j’ai beaucoup de respect pour les anciens qui ont su résister et n’ont jamais arrêter de croire en la jeunesse. Il faut mettre en lumière toutes ces initiatives qui regroupent ces générations autour de projets communs. C’est formidable de voir la transmission s’opérer entres les anciens et les jeunes. On n’en parle pas assez dans les médias. J’ai aussi la grande satisfaction de voir beaucoup de jeunes revenir au pays avec l’ambition de construire leur pays.


« Ce que j’admire c’est toute la nouvelle génération. Elle n’est pas en opposition avec l’ancienne […] Une Guadeloupe qui ne baisse pas les bras, qui lève la tête et se bat est une Guadeloupe qui me plaît dans laquelle j’ai envie de vivre »

Tournage à la Jamaïque (de gauche à droite): Philippe Mugerin (Réalisateur), Orville Taylor (Sociologue jamaïcain), Brother Jimmy (Présentateur et Producteur), David Datil (Ingénieur du son), Kalil Sarkis (Chef opérateur). © B.World Connection

Quand on dit « ayen pa ka fèt an péyi la »5, il faut signaler le travail du CTIG en ce moment. Faire venir en plus des touristes français, des touristes du Canada, des américains, des anglophones. Il faut saluer le travail de personnes comme Willy Rosier ou Sandra Venite. C’est tout cela qui me donne envie de rester malgré les propositions qui viennent d’ailleurs. Quand je sature, que des idées de départ me tiraille, je suis boosté par des gens comme les chanteurs Jomimi, Wozan Monza, le docteur Henry Joseph ou encore la parfumeuse Tessa Whittaker qui a refusé des offres comme celle de Guerlain ou Dior, pour monter son propre projet en Guadeloupe.

Une Guadeloupe qui ne baisse pas les bras, qui lève la tête et se bat est une Guadeloupe qui me plaît dans laquelle j’ai envie de vivre. Mais une Guadeloupe qui est violente, baisse la tête, se laisse aller, gangrener par le chômage, et qui laisse n’importe qui venir dans le pays pour en prendre le contrôle… cette Guadeloupe là m’énerve.

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Un mot pour la fin ? Je soutiens et j’aime tous ceux, toutes classes sociales confondues, qui se lèvent tous les matins en se disant: qu’est-ce que je peux bien faire pour la Guadeloupe, et non, qu’est-ce que le pays va faire pour moi? Ce n’est pas l’argent qui compte, mais l’amour que l’on a pour le pays. Et puis, il ne faut jamais oublier que si tu manques de respect à la Guadeloupe elle te le fait payer. Car la Guadeloupe est un pays mystique, une île dont l’histoire est très forte et ou règne une forte identité.

Et puis, on ne peut pas finir cette interview sans partager mon plus grand souhait. Je voudrais soumettre ce projet au peuple Guadeloupéen. J’aimerais que l’on renomme l’aéroport Pôle Caraïbe. Je voudrais qu’on lui attribue le nom d’une de nos personnalités, un de nos héros. Il faudrait que ce soit un processus consultatif et démocratique, on pourrait soumettre des noms et donner aussi la possibilité d’en proposer. Cela serait un symbole extraordinaire de notre culture pour cet endroit qui est le premier lieu de que les visiteurs voient en arrivant chez nous, et puis ça permettra aussi de fédérer le pays. Vous imaginez: bienvenue à l’aéroport Ignace, Solitude, ou un autre nom, le principal c’est que ce soit le peuple qui choisisse.

4 Vous avez l’habitude de nous appeler petit noir, petit guadeloupéen, petit pays. Ce n’est pas parce que je viens d’un petit pays que je ne peux pas réaliser de grandes choses. Ôtons tous les « petits » de notre langage. (Traduction)
« Rien ne se fait dans le pays » (Traduction)

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Visionnez en exclusivité cette vidéo Rétrospective de Brother Jimmy pour Talan An Nou

 

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BROTHER JIMMY

Contact: http://www.bworldconnection.tv

 

 

Propos recueillis en Janvier 2016

Relecture: Vanessa Tardel & Philippe Mugerin 

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